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40 ans après la disparition du maître du chaâbi: Où sont les disciples d’El Anka?

Il y a 40 ans, Hadj M’hamed El Anka, le pionnier de la chanson Chaâbi partait vers l’autre monde après une vie dédiée à la chanson Chaâbi. Lorsqu’il était professeur au conservatoire d’Alger, il a formé une génération de chanteurs. Mais que sont ils devenus ?

El Hadj M’hamed El Anka, le pionnier du Chaâbi et le rénovateur de ce style appelé autrefois «le Meghrabi» car venant du Maroc a eu beaucoup d’élèves indirects qui apprenaient en écoutant ses disques et ses enregistrements mais aussi, directs, c’est-à-dire ceux qui se trouvaient aux cours qu’il donnait au conservatoire d’Alger. En effet, si la plupart des chanteurs Chaâbi des années 1960-1970 avaient été des élèves indirects du pionnier de la chanson Chaâbi Hadj M’hammed El Anka, des dizaines d’autres ont eu la chance d’avoir été ses élèves directs au conservatoire d’Alger. Lors de l’ouverture de la classe de Chaâbi, le premier à avoir été inscrit fut le chanteur Abdelkader Lazizi. Cet artiste discret devenu tailleur comme plusieurs artistes de renom tels que le virtuose du Banjo et bras droit d’El Anka, Mohamed Tailleur ou le musicien et chanteur Kamel Hamadi, époux de la défunte grande chanteuse Noura ou encore le musicien et comédien Mohamed Ihamichene, a passé 18 ans à suivre les cours du maître au conservatoire. C’est le même cas pour Kamel Ferdjallah qui est connu pour sa sagesse et la maîtrise de la voix et du mandole acquis auprès d’El Anka. Les chanteurs tels que Mehdi Tamache et Hsicene Saâdi qui ont eu la chance d’accéder à une plus grande célébrité à une certaine époque ont également passé plus d’une quinzaine d’années dans la classe du conservatoire à suivre les cours du Cheïkh M’hamed El Anka. Abdelkader Chercham qui l’avait remplacé au conservatoire à une certaine époque et qui a continué à enseigner le Chaâbi, a également passé plus de 15 ans auprès d’El Anka. Il y a eu d’autres élèves qui ont réussi tels que Ahmed Bernaoui, Mohamed Ferkioui et Omar Boudjemia.

Apprentissage

Certains accusent, aujourd’hui, le maître de n’avoir pas formé de chanteur pour le remplacer. Savent-ils qu’El Anka a tenté de donner ce qu’il savait au conservatoire. Et si on l’accuse d’avoir gardé son art pour lui-même, ils se trompent car il aurait pu quand même faire exception en donnant le tout pour son propre fils alors que ce dernier s’est retrouvé au même rang que les autres si ce n’est la maîtrise du piano. Si El Hadj n’a pas eu de remplaçant, c’est tout à fait normal car il est le créateur de ce style qu’on aurait pu appeler «le Ankaoui». Par ailleurs, comme nous le disait si bien le professeur de musique, chanteur et compositeur Saïd Bestandji : «le vol est un péché, mais pour apprendre, il faut voler, c’est autorisé.» Donc, si certains élèves d’El Anka n’ont pas réussi, ce n’est pas la faute au maître qui a lui-même appris «en volant» lorsqu’il côtoyait les Chouyoukhs El Meknassi, Nador et Qhiwdji (le demi frère de Hadj M’rizek et du comédien Rouuiched). El Anka ne cessait d’expliquer à ses élèves l’importance de la mémoire et du travail. Mais, ont-ils tous, suivi ses conseils ? Il faut rappeler quand même que certains de ses élèves tenaient à apprendre et ont continué à prendre des cours en animant des galas et des soirées familiales. Bien que le maître ne donnait pas des cours de solfège puisqu’il n’a jamais fait que l’école traditionnelle, ses élèves savaient qu’auprès du maître, on a toujours quelque chose à apprendre ou quelque secret à découvrir. Si les élèves d’El Anka tels que Youcef Toutah, Mehdi Tamache, Hsicene Saâdi et une dizaine d’autres sont connus sur la scène artistique car ils ont enregistré des disques et cassettes et ont eu le privilège de passer à la radio et à la télévision, d’autres bien que très doués sont restés en retrait au moment où ils avaient la possibilité de se faire connaître. On ne sait pas si cela est dû à une question de choix ou de chance. Il faut dire aussi que ces chanteurs n’ont jamais eu l’idée de remplacer El Anka car ils savent qu’il est irremplaçable.

Concurrence

On sait, par ailleurs, que certains de ses élèves comme le virtuose du banjo qui avait entamé une carrière de chanteur dans les années 1980 en enregistrant à la télévision «Ya Mahla El Djoudi», s’est retiré de la vie artistique pour un motif personnel. Kamel Boufroum qui avait l’une des plus belles voix s’était retiré pour vivre à Annaba. Auparavant, Youcef Benamirouche, un autre virtuose du Banjo et un élève d’El Anka avait mis fin à sa carrière en se retirant dans son quartier Bouzareah. Les élèves d’El Anka ayant réussi à maîtriser aussi bien les instruments de musique que le chant sont si nombreux qu’on ne peut les énumérer. S’ils maîtrisent tous le mandole, notamment Tamache, certains ont choisi d’autres instruments. Si Naguib qui a eu l’occasion d’accompagner El Anka alors qu’il n’avait que 15ans avant de devenir son préféré aux côtés de Mohamed Tailleur, son fils El Hadi a réussi à devenir parmi nos meilleurs pianistes après la disparition de Mohamed Behar et Mustapha Skandrani. El Hadi est également parmi les meilleurs chanteurs passés par la classe de son paternel. Il est également parmi les rares à ne pas l’imiter. Les dizaines d’artistes formés par Hadj M’hammed El Anka ont dominé la scène du Chaâbi à une certaine époque. Depuis le début de la décennie noire, on a constaté leur absence. Ils en sont en partie responsables car la plupart d’entre eux n’essaient pas de progresser. Il n’ y a pas de concurrence comme autrefois, mais les temps peuvent changer.

Bari Stambouli

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