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A trop charger la mule…

Contrairement à ce que l’on pense, la vieillesse a de nombreux points communs avec la jeunesse. Sans passé bien rempli pour l’une ou sans avenir pour l’autre, elles ne vivent qu’au jour le jour. Mais entendons-nous, ceci n’est valable que pour le bas peuple. Pour ce qui est de la «haute», c’est une autre paire de manches. Dépassant la soixantaine plus que pleine, ils ne connaissent de l’Algérie que commissions, conseils, réunions du sérail et bureaux cossus. De la vie du «bas peuple», considéré tempétueux et impétueux, ils n’en savent que ce qu’en disent les journaux. Responsables de haut rang et autres dirigeants politiques, ils s’auto-gargarisent de salamalecs, loin du brouhaha et des tourments de leurs concitoyens. Bien entendu, il faut se garder de verser dans le tmenchir et dénigrer ces notabilités pour ce qu’elles endurent à leur âge de papys, encore sur la brèche. Au moindre petit bobo, c’est un long voyage à l’étranger qui les attend pour des soins prodigués loin de nos services médicaux.
Leur indicible souffrance ne se compare pas à celle de nos patients ordinaires, souvent contraints à un autre voyage, vers l’au-delà celui-là. Non, à bord de l’avion de la dérision, les uns ont de la patience, les autres ne peuvent se la permettre… Pourtant, une immersion dans le réel algérien, ne serait-ce que par intermittence, ne ferait pas trop de mal à ces notables de la haute sphère. Ils y côtoieraient un front social en ébullition avec les multiples rassemblements populaires, sit-in et protestas à répétition. Dans les bureaux cossus, c’est apparemment le moindre de leurs soucis. L’on se souvient, pourtant, d’un Conseil des ministres tenu en 2012, et d’une instruction réactivée à l’endroit de toutes les administrations et entités publiques : mettre fin aux contrats des cadres et travailleurs déjà retraités. Cette mesure, vite tombée à l’eau, visait à dégager certains postes au profit des jeunes. A l’époque, ça aurait pu donner l’impression que les choses bougeaient et que les jeunes étaient au cœur des préoccupations des gouvernants. La conjoncture des exemples à donner n’a certes pas changé et, ce sont, aujourd’hui, les gouvernants en âge de quitter proprement et dignement les manettes qui tiennent toujours au haut du pavé, ô combien poussif.
Quant aux retraités, ceux qui y sont déjà en refusant le «sois sans temps», lié au couperet des soixante ans, ils craignent l’allongement de l’espérance de vie. C’est qu’en bas de l’échelle sociale, les pensions de retraite flirtent et frisent même l’indécence. Chez nous, bien que les us et coutumes insistent sur le respect des anciens et leur prise en charge, on cherche par tous les moyens à les cacher, voire à les exclure de toute dynamique sociale. Par contre, les actifs en âge de raccrocher sont plus que visibles avec leur esprit en panne technique, et tout le monde le sait. Largement dépassés et aux antipodes du progrès ou de l’ouverture d’esprit, ces hommes du sérail ont «de quoi voir venir», matériellement parlant, presbytie mise à part. En sortant des rails politiques ou socioprofessionnels, ils obéiraient et se rendraient à l’évidence de ce que dicte l’intérêt commun. De plus, cela résoudrait, en partie, la problématique socio-économique du pays car, à trop charger la mule, on finit par la tuer…
M. N.

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