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Accord nucleaire iranien: Pékin, Moscou, Londres, Téheran et Berlin contre Washington

Pékin, Moscou, Londres, Paris et Berlin militent pour le maintien de l’accord nucléaire avec l’Iran, malgré le retrait de Washington.

 

Les ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l’accord sur le nucléaire iranien se réuniront vendredi à Vienne pour la première fois depuis le retrait des Etats-Unis de ce pacte en mai, ont indiqué hier Téhéran et Moscou. Lors de cette réunion seront discutées l’ensemble de propositions de l’Europe pour répondre aux garanties demandées par l’Iran après le retrait des Etats-Unis, selon l’agence officielle iranienne Irna.
Cette rencontre, en cours de préparation, doit donner une impulsion qui permettra de continuer un travail énergique pour empêcher la désintégration de l’accord afin de protéger les intérêts des acteurs économiques, a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Riabkov, cité par les médias russes. Nous devons envoyer ce genre de signal aux Etats-Unis afin qu’ils voient à quel point la position des pays participant à l’accord diffère de la ligne de Donald Trump, a-t-il affirmé.
L’accord international sur le nucléaire avait été conclu à Vienne en juillet 2015 entre l’Iran, la Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne, puis validé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. La réunion de vendredi doit se tenir sous l’égide de la Commission de l’accord sur le nucléaire iranien. Présidée par l’Europe, cette instance est chargée d’assurer le suivi de l’application de l’accord. Sa dernière réunion, au niveau des ministres délégués, s’était tenue le 25 mai à Vienne. L’administration de Donald Trump a annoncé le 8 mai le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord conclu sous son prédécesseur Barack Obama. Ce retrait a ouvert la voie à un renforcement des sanctions américaines contre la République islamique d’Iran.
Le président américain a initié le retrait de l’accord et relancé les sanctions contre l’Iran. L’initiative est dénoncée par la communauté internationale qui milite pour le maintien de l’accord qu’ils qualifient d’important. Les Etats-Unis se comportent en gendarmes du monde, nouvel épisode.
Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a énuméré douze conditions pour conclure un «nouvel accord» avec l’Iran, avec des demandes beaucoup plus draconiennes sur le volet nucléaire, la fin de la prolifération balistique et de l’implication iranienne dans les conflits au Golfe. Parmi ces conditions figure son retrait intégral du champ de bataille en coopération avec Damas. Mike Pompeo a demandé le soutien des alliés de Washington, notamment européens, même s’ils les a prévenus : les entreprises qui feront affaire en Iran dans des secteurs interdits par les sanctions américaines seront tenues pour responsables. Une nouvelle fois, les Américains dictent au monde et à leurs alliés ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire.
La France propose que le coût d’éventuelles sanctions financières imposées par les Etats-Unis à des entreprises européennes soit pris en charge par l’Europe, a déclaré le ministre français de l’Economie et des finances, Bruno Le Maire. Le retrait américain de l’accord nucléaire avec l’Iran est dénoncé par de nombreux pays et remet en cause la crédibilité de Washington. Il n’est pas acceptable que les Etats-Unis se placent en gendarme économique de la planète après la décision de Donald Trump de rétablir les sanctions visant l’Iran, a estimé le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire. Il a qualifié le retrait américain d’erreur diplomatique.

Le président iranien dénonce

Le président iranien Hassan Rohani a qualifié hier de pure imagination l’annonce par les Etats-Unis qu’ils allaient empêcher l’Iran d’exporter son pétrole et a dénoncé les sanctions aveugles américaines comme la pire violation des droits de l’homme.
Depuis leur retrait en mai de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, les Etats-Unis ont annoncé le rétablissement de sanctions contre l’Iran et veulent notamment «réduire à zéro» ses revenus tirés de ses ventes de pétrole brut, comme l’a annoncé lundi le directeur politique du département d’Etat, Brian Hook. «Ce sont en fait des propos exagérés qui ne pourront jamais se réaliser», a répondu le président iranien, lors d’une conférence de presse à Berne avec le président de la Confédération helvétique, Alain Berset. «Un tel scénario signifierait de la part des Etats-Unis d’imposer une politique impérialiste en violation flagrante des lois et règlements internationaux», a ajouté M. Rohani. «Il s’agit vraiment de pure imagination, infondée, injuste, qu’un jour, tous les producteurs de pétrole soient autorisés à exporter leur pétrole, sauf l’Iran», a-t-il conclu.
Brian Hook a confirmé lundi le rétablissement de sanctions américaines contre le secteur automobile, le commerce de l’or et autre métaux précieux avec l’Iran dès le 6 août. Il a également annoncé des sanctions contre les transactions liées au pétrole et avec la banque centrale iranienne à partir du 4 novembre. Washington a par ailleurs menacé de punir les entreprises étrangères qui feront affaire avec Téhéran. Le responsable du département d’Etat a ajouté que les Etats-Unis étaient «confiants qu’il existe une capacité mondiale suffisante pour la production supplémentaire de pétrole».
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole et alliée de Washington, a confirmé mardi être prête à augmenter sa production de brut. «Les sanctions aveugles imposées contre une grande nation sont en soi la plus grande violation des droits de l’homme que l’on puisse imaginer», a affirmé le président Rohani devant les journalistes. Il a ajouté que l’Iran et la Suisse étaient «d’accord pour dire que l’accord nucléaire a été vraiment un acquis important et il est dans l’intérêt du monde entier que cet accord soit préservé pour la paix internationale». «Tant que nos intérêts seront respectés dans le cadre de l’accord nucléaire et tant que l’Iran pourra profiter des avantages (prévus par l’accord), nous resterons dans cet accord», a-t-il répété.
Les autres signataires de l’accord – l’Allemagne, la Chine, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, ainsi que l’UE associée au suivi de l’accord – ne cessent de proclamer leur attachement au texte, qu’ils présentent comme une victoire diplomatique en matière de lutte contre la prolifération nucléaire. «Nous sommes tous conscients que le retrait annoncé par les Etats-Unis risque de freiner ou de remettre en cause les progrès réalisés», a regretté M. Berset.
«Du point de vue de la Suisse, cet accord a été un succès sans précédent. Mais il y a aujourd’hui une certaine insécurité que nous souhaitons diminuer», a-t-il dit. Le président de la Confédération helvétique a par ailleurs relevé que la question des droits de l’homme avait été abordée lors de ses entretiens. «Nous avons un dialogue franc et ouvert. Nous souhaitons le poursuivre même quand nous ne sommes pas du même avis», a-t-il dit, évoquant notamment «la position de la Suisse par rapport à la nécessité de reconnaître l’Etat d’Israël».

Mounir Abi

 

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