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Ahmed Tessa, pédagogue, à propos de l’interdiction des sanctions dans les conseils de classe: «Il y aura toujours malaise dans les salles de classe»

Ahmed Tessa, ex-conseiller au ministère de l’Education nationale et expert pédagogue, nous apporte dans cet entretien un éclairage sur l’instruction de Nouria Benghebrit portant interdiction aux enseignants de mettre les mentions avertissement et blâme sur les bulletins trimestriels des élèves.

Le Temps d’Algérie : L’instruction ministérielle numéro 68, publiée le 12 juillet 2018, relative aux conseils de classes dans les cycles moyen et secondaire, interdit formellement aux enseignants de noter sur le bulletin d’un élève la mention avertissement ou blâme. Selon-vous, aura-t-elle des répercussions sur le rendement et le comportement de l’élève au sein de son établissement scolaire et avec ses enseignants ?

Ahmed Tessa : La circulaire en question (numéro 68 publiée le 12 juillet 2018, relative aux conseils de classes dans les cycles moyen et secondaire) part d’une bonne intention. Elle signifie que l’adolescent ou l’enfant est sensible aux JUGEMENTS des adultes, qu’il assimile à des condamnations, et qu’il finit par intégrer en son for intérieur. Ce qui aggrave la chute vers l’échec scolaire et suscite frustration, sentiment de culpabilité et d’auto-dévalorisation. En pédagogie de la motivation, qui est la traduction de l’éducation positive, il n’y a pas lieu de recourir à ce genre de punitions (blâme, avertissement, …). Celles-ci, ne l’oublions pas, remontent au Moyen-âge européen, quand les religieux de l’Eglise géraient l’enseignement/éducation. Elles nous rappellent le bonnet d’âne de l’école française de la première moitié du XXe siècle. Un bonnet qu’on faisait porter pour punir l’écolier ; or, ces blâmes, ces avertissements, relèvent du même état d’esprit. Ce n’est que justice que de les enlever. Personnellement, je revendique cette suppression depuis plus de quarante ans.

Ne pensez-vous pas qu’une telle instruction pourrait augmenter le sentiment d’impunité chez ces élèves, et par conséquent, augmenter le taux de violence au sein des établissements scolaires ?
Maintenant, la question qu’il faut poser est la suivante : que vise-t-on à travers cette suppression ? Un meilleur climat de travail et de meilleures relations au sein de l’établissement ? Je ne pense pas que cette circulaire suffira. Tant qu’il y a la compétition, la sélection, les examens de fin de cycle, la dictature des disciplines scolaires cloisonnées, les méthodes (et les programmes) qui actionnent le couple infernal mémorisation/bachotage). Bref, tous les ingrédients d’un système qui tamise, filtre et sélectionne, il y aura toujours malaise dans les salles de classe. Et le risque de voir un regain de violence au sein des établissements scolaires n’est pas a écarter.

Quelles sont, selon vous, les solutions adéquates pour accompagner ces jeunes élèves dans leur cursus scolaire ?
La motivation interne suscitée en l’enfant est de loin plus efficace que la motivation externe artificielle : une vérité élémentaire que le système éducatif algérien doit mettre en application. Pour ce faire, sont traqués les germes pathogènes à l’origine des maladies scolaires que sont le bachotage, les cours payants (informels), le redoublement, la phobie de l’école, le décrochage avant l’abandon, la violence contre l’institution et ses symboles (enseignants, mobilier, matériel, gestionnaire), la triche (le copiage). L’essentiel consiste à désinfecter le milieu scolaire, le prévenir de ces germes pathogènes. Pas de causes néfastes, donc point de fléau ! Dans ce travail de prévention, les parents sont appelés à jouer un grand rôle, complémentaire de celui de l’école. Ils sont tenus de participer activement aux activités périscolaires et au fonctionnement de l’école.

F. H.

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