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Ammar Kessab : «La création du CNCTD une étape décisive dans l’histoire de l’action culturelle»

Ammar Kessab est docteur en sciences de gestion. Il est expert international en politique et management culturel. Dans cet entretien, il analyse la situation actuelle en Algérie, il nous parle de la meilleure manière que les artistes et intellectuels peuvent contribuer pour une transition ainsi que du lancement du Conseil national culturel de transition démocratique (CNTD).

Entretien réalisé par Arezki Ibersiene

Le Temps d’Algérie : Avec les mouvements de protestations que connaît notre pays, l’Algérie vit des moments décisifs dans son histoire. Comment l’artiste et l’intellectuel peut mieux aider le peuple à réaliser ses aspirations ?
Ammar Kessab : En effet, notre pays vit en ce moment un tournant historique. Jamais depuis l’indépendance, le peuple algérien n’a été autant mobilisé, et surtout uni, pour défendre une même cause, celle du départ du régime en place. Avant que cette prise de conscience collective n’ait lieu, il faut admettre que plusieurs artistes, écrivains et intellectuels algériens n’ont jamais cessé de dénoncer les pratiques autoritaires du régime. D’ailleurs, beaucoup ont en payé le prix fort. Certes, ce n’était pas le cas de tout le monde, mais ce n’est pas grave, car ce qui compte aujourd’hui c’est de regarder vers le futur, pour construire une Algérie meilleure, une Algérie heureuse, progressiste et prospère, qui assume sa diversité culturelle et qui brille dans le ciel des nations. Mais le chemin pour y arriver est très long et ne sera pas facile. Pour ce faire, les artistes, les écrivains et les intellectuels doivent maintenant assumer leur responsabilité entière dans la société. Ils ne peuvent plus dire qu’ils n’ont pas la possibilité de le faire. Ils doivent s’organiser, s’aligner sur les revendications du peuple et passer à l’action. Il ne faut surtout pas faire les mêmes erreurs du post-octobre 1988, c’est-à-dire attendre qu’un nouveau régime ou un ancien régime rafistolé prenne en charge les revendications du peuple. Ils doivent être à l’avant-garde tout de suite pour structurer la société civile, qui doit avoir autant de poids que l’Etat. C’est la seule façon de procéder qui permette d’appréhender positivement l’avenir.

Maintenant que le mur de la peur est brisé, les artistes et intellectuels algériens peuvent-ils enfin parler d’une seule voix de tout leurs problèmes ?
Absolument, comme je l’ai dit, les forces de création de cette nation ne peuvent plus évoquer la censure et le harcèlement pour se taire ou pour ne plus travailler. Le régime est aux abois, il n’est plus que l’ombre de lui-même, et son départ est une question de jours seulement. En plus de la pression des foules à travers les manifestations pacifiques quasi-quotidienne, l’autre pression importante que les artistes, les écrivains et les intellectuels peuvent exercer pour le départ du régime, c’est de créer des collectifs, voire des organismes temporaires pour accompagner cette phase de transition.

Vous êtes un des premiers signataires de l’appel à la création du Conseil national culturel de transition démocratique (CNCTD). Pouvez-vous nous expliquer un peu plus cette démarche ?
Le CNCTD s’inscrit donc dans cette dynamique d’auto-organisation en temps de la transition. Le ministère de la Culture devenant désormais une coquille vide, sans intérêt ni légitimité d’existence – il n’a jamais eu de légitimité pour exister en réalité ! -, une centaine d’écrivains, d’artistes et d’intellectuels algériens, parmi lesquels je citerai Zineb Sedira, Rabia Djelti, Assia Moussei, Said Khatibi, Smail Mehanna, Amin Zaoui, Kamel Daoud et d’autres encore, ont décidé de créer le CNCTD, un organisme indépendant et temporaire dont les principaux objectifs sont :
I) Accompagner notre peuple dans la période de transition démocratique en tant que force de proposition culturelle et économique ;
II) Promouvoir la paix et la tolérance dans la société algérienne à travers les arts et les lettres ;
III) Négocier avec les nouvelles forces politiques et les orienter pendant la période de transition ;
IV) Prendre en charge le chantier des politiques publiques en matière de culture ; V) Participer à la gestion des structures culturelles publiques pendant la période de transition ;
VI) Veiller au respect des principes de la démocratie et des droits de l’Homme. Je crois que la création d’un tel organisme est une étape décisive dans l’histoire de l’action culturelle algérienne.

Sur le plan pratique, comment comptez-vous-y procéder ?
Le CNCTD sera constitué de l’ensemble des membres parmi les intellectuels, les écrivains et les artistes qui ont signé l’annonce de sa création, et qui est consultable sur les réseaux sociaux. A ce jour, plus de 300 membres ont adhéré à l’initiative. Ces membres éliront par voie de vote les 11 membres (dont au minimum 4 femmes) qui siégeront à la tête du CNCTD pour une période maximum de 12 mois non renouvelable. A la désignation de ses 11 membres, le travail commencera pour impulser l’action culturelle indépendante et pour libérer le secteur culturel de la mainmise de l’Etat.
A. I.

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