Home / Actualité / Après le sommet UA-UE à Abidjan, Quelles perspectives pour l’Afrique ?

Après le sommet UA-UE à Abidjan, Quelles perspectives pour l’Afrique ?

Le cinquième sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne (UA-UE) s’est tenu les 29 et 30 novembre 2017 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, avec comme vedette le président français Emmanuel Macron, dix ans après l’adoption de la stratégie commune Afrique-UE, afin de renforcer les liens politiques et économiques entre les deux continents.

L’accent a été mis sur l’investissement dans la jeunesse, 60 % de la population africaine ayant moins de 25 ans. Ont été examinés au cours de ce sommet, notamment la paix et la sécurité, la gouvernance, la démocratie, les droits de l’homme, les migrations et la mobilité, l’investissement et le commerce, le développement des compétences, la création d’emplois, mais également le danger du terrorisme qui est une menace planétaire, dont l’essence est à la fois la mauvaise gouvernance qui engendre à la fois un faible niveau de développement et des inégalités sociales criardes.
Primo, l’Afrique couvre 30,353 millions de km2. De 100 millions d’habitants en 1900, la population de l’Afrique est passée à environ 275 millions dans les années 1950-1960, puis à 640 millions en 1990 et à 1,2 milliard en 2016. Selon les projections démographiques, dans les années 2050, la population de l’Afrique se situera entre 2 et 3 milliards puis quatre (4) milliards en 2100. Mais sept pays regroupent plus de 50 % de la population. Ainsi, le Nigeria pour 2016 à une population de 187 millions, l’Ethiopie 102, l’Egypte 94, la République démocratique du Congo 80, la Tanzanie 55, le Kenya 47, l’Algérie 41, le Maroc 40, le Ghana 28, la Côte d’Ivoire, le Mozambique, l’Angola, le Cameroun entre 23/25, le Niger 20 et le Mali 18 millions d’habitants ; pour les autres pays du Maghreb, la Tunisie 11,3 et la Libye environ 6,3 millions d’habitants . Cependant, il existe non pas une Afrique, mais des Afriques.

Malgré la diversité et les potentialités…

Certains pays, notamment le Nigeria, le Gabon, le Tchad, la République démocratique du Congo, l’Algérie, la Libye sont spécialisés dans le pétrole, le gaz et les matières premières, qui connaissent une forte demande et un prix élevé sur le marché mondial leur permettant une relative aisance financière, mais artificielle en fonction des cours mondiaux et, donc, de la croissance de l’économie mondiale, notamment des pays développés et émergents. A l’inverse, des pays comme le Bénin, le Malawi, l’Ile Maurice, le Swaziland, l’Ethiopie, le Togo, le Mali, qui sont pénalisés dans des produits qui connaissent souvent une détérioration en termes d’échange. Des conflits internes et externes, la corruption d’une caste et le budget des dépenses militaires en Afrique qui dépasse l’entendement humain au détriment de l’allocation des ressources à des fins de développement, accentuent la misère et la famine. Malgré cette diversité et ses importantes potentialités, l’Afrique est marginalisée au sein de l’économie mondiale, mais existe un avenir promoteur comme l’atteste la majorité des rapports internationaux. Selon l’IRES de Paris, l’Afrique représente seulement 1,5% du PIB mondial, 2% du commerce mondial et 2% à 3% des investissements directs étrangers. L’Afrique est le continent dont le taux d’échange intra-communautaire est le plus bas. En effet, alors que le volume des échanges intra-asiatiques et intra-européens se situent respectivement aux alentours de 52% et de 72%, celui des échanges inter-africains peine à franchir la barre des 12/15% selon la Banque mondiale et la commission des Nations Unies pour l’Afrique, les échanges intermaghrébins représentant, également, moins de 3%.
Les raisons sont multiples : le manque de cohérence des politiques en Afrique renvoyant à la gouvernance, dont celles des politiques commerciales, industrielles ou agricoles qui doivent pouvoir réaliser l’objectif de faire du commerce intra-communautaire et de l’intégration de véritables leviers du développement. Par ailleurs, le manque de capitaux, d’infrastructures, des taxes douanières qui coûtent très cher, tous ces problèmes de logistiques associés au manque de compétence des ressources humaines constituent un sérieux frein à la fluidité des échanges (1). Secundo, l’Afrique voit s’échapper chaque année 192 milliards de dollars causés par des flux illicites contre seulement 30 à 40 milliards d’aide au développement, a révélé le 30 novembre 2016 à Dakar, Amath Soumare, président fondateur de Sopel International et président du Centre africain de la Nouvelle économie, CANE Executive.
Ainsi, les dirigeants africains portent une lourde responsabilité devant leur population et doivent favoriser l’Etat de droit, la lutte contre la corruption et les mentalités tribales, la protection des droits de l’Homme et s’engager résolument dans la réforme globale, donc la démocratisation de leur société tenant compte de l’anthropologie culturelle évitant de plaquer des schémas déconnectés des réalités sociales. Le développement de l’Afrique sera profitable à l’ensemble des autres espaces économiques évitant cette migration clandestine avec des milliers de morts. Dans le cas contraire, il est à craindre des crises politiques à répétition. Bon nombre de citoyens africains traversent une crise morale du fait du manque de valeurs au niveau du leadership avec le danger d’une polarisation de la société. Le fossé entre les riches et les pauvres devient de plus en plus grand. L’écart de revenus renforce les inégalités en matière de richesse, d’éducation, de santé et de mobilité sociale.

Adaptation au nouveau monde

Cependant, évitons la sinistrose, malgré des conflits, nous enregistrons récemment une prise de conscience des citoyens africains et de certains dirigeants de l’urgence d’une nouvelle gouvernance et l’urgence de la valorisation de l’économie de la connaissance. Pourtant, l’Afrique est un grand enjeu géostratégique. Les différentes rencontres avec les grands pays sur l’avenir de l’Afrique montrent surtout la rivalité du couple Etats-Unis/Europe – Chine pour le contrôle économique de ce continent vital. L’erreur fatale serait d’opposer en ce XXIe siècle les Etats-Unis et l’Europe qui ont le même objectif stratégique, bien qu’existant certaines rivalités tactiques de court terme, la stratégie des firmes transnationales tendant à atténuer les divergences et uniformiser les relations internationales. Ainsi, l’Afrique, pour peu que les dirigeants dépassent leurs visions étroites d’une autre époque, a toutes les potentialités pour devenir un grand continent avec une influence économique dans la mesure où en ce XXIe siècle l’ère des micro-Etats est révolue et que la puissance militaire est déterminée par la puissance économique. Pour cela, des stratégies d’adaptation au nouveau monde sont nécessaires pour l’Afrique, étant multiples, nationales, régionales ou globales, mettant en compétition/confrontation des acteurs de dimensions et de puissances différentes et inégales. Face aux bouleversements géostratégiques, l’Afrique est appelée à se déterminer par rapport à des questions cruciales et de relever des défis dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils dépassent en importance et en ampleur les défis qu’elle a eus à relever jusqu’à présent. Mais avant tout, l’Afrique sera ce que les Africains voudront qu’elle soit. En résumé, l’Afrique est secouée également par le terrorisme dont l’essence est, certes, le faible développement économique (attention à cette vision unilatérale), mais également la mauvaise gouvernance de certains de ses dirigeants qui marginalisent l’élite qui fuit le pays, consacrant pour la recherche scientifique moins de 0,5% du PIB. L’Afrique, enjeu du XXIe siècle, continent à fortes potentialités doit impérativement aller vers des sous intégrations régionales et revoir sa gouvernance. L’Europe doit avoir une autre conception culturelle loin de l’esprit de domination, vis-à-vis de ce continent si elle veut éviter l’immigration massive, bien que l’ Union Européenne participe en 2016 à 50% de l’aide publique au développement, représente environ 33% des investissements étrangers réalisés en Afrique, 41% de ses exportations, 33% de ses importations et la diaspora transfèrent 36% de fonds. L’Afrique a besoin de revoir surtout sa gouvernance, et d’une vision stratégique face aux défis de la mondialisation.
*Professeur des Universités, expert international

Par le Dr Abderrahmane MEBTOUL*

About Armadex

Check Also

Bensalah réitère son appel au dialogue et assure : «L’Etat et l’ANP ne seront pas parties prenantes»

Il a insisté, dans ce contexte, sur le fait que le dialogue «devra nécessairement se …