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Calligraphie.. Qui se souvient du cahier d’écriture ?

Pour se cacher de leur faiblesse, les mauvais élèves disaient que l’écriture est la science des ânes. Aujourd’hui, tout le monde sait que la calligraphie est un art et on regrette bien l’époque où l’écriture était une matière importante à l’école.

Autrefois, à l’école primaire, on avait tous un cahier d’écriture. Les élèves du cours d’initiation devaient se munir d’un cahier à interlignes, les autres pouvaient se permettre les pages à carreaux. Que ce soit en arabe ou en français les maitres d’école nous apprenaient comment bien écrire. Si à travers cette matière, tous les élèves se dotaient d’une écriture lisible, certains se spécialisaient pour devenir de véritables artistes, c’est-à-dire des calligraphes. C’est vrai que la calligraphie est, comme le chant et la peinture, une manière artistique pour s’exprimer, donc, réservée aux artistes mais autrefois, on apprenait à écrire des la première année de l’école primaire. Les maîtres d’école d’autrefois savaient que dans la vie, tout peut devenir un art. Il y a l’art d’écouter, de parler et de s’exprimer à travers plusieurs moyens et qu’il y a aussi cet art de l’écriture qui existe depuis fort longtemps et qu’on appelle la calligraphie.
La valeur d’un art
En Chine, au Japon et dans tous les pays arabes, on s’est toujours intéressé à la calligraphie. Chez nous, cet art quelque peu délaissé à une certaine époque est revenu en force dans les expositions mais pas dans les écoles. Cet intérêt a mené à la création d’un festival international de la calligraphie organisé à Alger. Plus d’une dizaine de pays dont la Turquie et l’Iran y participent à chaque édition. L’Algérie, à travers ses villes, accueille régulièrement des festivals et expositions à travers lesquels on constate le nombre de calligraphes présents et l’intérêt des visiteurs pour cet art qui est lui-même divisé en plusieurs spécialités. Pour la calligraphie arabe, on trouve notamment El Khett El Arabi (écriture arabe) et El Khett El Koufi dont l’origine est irakienne. Il y a aussi le Meghrabi qui est spécifique aux pays du Maghreb. Le Koufi qui tient son origine de la ville de Koufa dans le sud de l’Irak existe depuis le premier siècle de l’hégire. Le koufi a des règles spécifiques et se dessine à partir de traits géométriques. Ce qui n’est pas le cas pour les genres Neskhi, Diwani, Thoulthi et Meghrabi qui permettent le droit d’innover en donnant une certaine souplesse aux formes et en jouant sur les arrondis. C’est le cousin du prophète Ali Ibn Abi Taleb qui aurait créé le style Neskhi.
Sur la voie des maîtres
Les anciens grands dessinateurs et miniaturistes tels que Omar et Mohamed Racim, Mohamed Bouakkaz (Sfaxi), Mostefa Bendebbagh, Mohamed Temmam, M’hamed Haminoumna, et Abderrahmane Sahouli ont tous pratiqué la calligraphie. Omar Racim était connu pour les dessins décoratifs du Saint Coran qu’éditait au siècle passé la légendaire imprimerie de Mourad Rodossi, à ses belles calligraphies et miniatures ainsi que son appel à la prière dans un style andalou. Il faut rappeler que Omar Racim n’a pas eu le droit d’être mis en avant durant l’époque coloniale pour son nationalisme et sa notoriété d’homme de religion. Mostefa Bendebbagh dont un tableau était exposé dans l’atelier du dernier maître tisserand d’Alger Mohamed Hamlat au village des artistes de Riadh El Feth est également resté à l’ombre à cause de sa modestie. L’artiste était parmi les premiers professeurs de l’association des beaux arts d’Alger qui reste d’ailleurs, à ce jour, l’une des plus actives d’Algérie. Il est dommage qu’on ne rende que rarement un petit hommage à ces grands artistes. A notre connaissance, il n’y aurait aucune institution culturelle, école ou galerie d’art portant les noms de Mostefa Ben Debbagh, Haminouma, ou Sfaxi. Il faut noter que ce dernier a formé le brillant calligraphe Abdelkader Boumala qui active discrètement au village des artistes de Riadh El Feth. Le chanteur et miniaturiste Rabah Driassa est également un bon calligraphe mais a délaissé cet art pour la chanson et la musique.
De père en fils
Beaucoup de calligraphes tels que Reda Khouane ou Ali Ould Ramoul ont hérité cet art de leurs parents. A Médéa, on retrouve non seulement les membres de la famille Ould Ramoul qui sont le plus bel exemple de réussite mais aussi d’autres calligraphes tels que Skander qui ont laissé leurs noms. Mustapha El Haddaoui, Mohamed Bensaid Cherifi qui avait obtenu le prix du Sultan Qabous pour la culture, les arts et la littérature en 2015 sont aussi des artistes qui ont marqué de leurs empreintes la calligraphie algérienne en exposant en Algérie et à l’étranger. Il est à noter que la céramique a encouragé certains calligraphes puisque les gens n’hésitent pas à acheter les vases et divers ustensiles signés par ces artistes. Sur la lignée des anciens calligraphes, on retrouve des artistes tels que Zaphira Yacef qui expose ses œuvres en Algérie et à l’étranger. Les tableaux de Zaphira dédiés au soufisme et aux noms d’Allah sont sublimes. Comme en Iran, en Turquie et dans tous les pays arabes, l’Algérie a eu ses grands calligraphes et elle en aura d’autres, à condition que cette matière retrouve sa place à l’école.
Bari Stambouli

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