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Ce rien qui veut exister…

Généralement, le rien ne sert pas à grand-chose et n’apporte rien de constructif dans une conversation sérieuse. Le rien ne crée pas d’ambiance, mais ce trois fois rien sait provoquer le malaise. Il est alors seul sur la scène et parle à lui-même comme dans une pièce théâtrale. Il prend à témoin la terre entière et c’est le mot «galère» qui lui sert de passe-partout pour essayer de susciter un quelconque intérêt, vu qu’il sait qu’il est moins que rien… Quand il est là, il n’y a pas photo : toute l’Algérie passe au peigne fin et peu de chose échappe au scanner sociologique, politique ou économique. Bien sûr, il a raison sur tout et, faute de contradicteur, la fiction se confond au virtuel à tire-d’ailes. Rien que du blabla, mais le sombre plane sur cette conversation qui n’en est pas une au sens conventionnel du terme. D’ailleurs, le mot «galère» ne pouvait tomber mieux puisque avec son verbe «galérer» en coursives, la possibilité de galérer à voiles ou à rames nécessite autant de galériens que d’Algériens déprimés et désœuvrés. Bref, on a bien compris que ce rien est la galère partout… et pour rien, hélas ! Elle sidère et paralyse, mais elle est irremplaçable dans les esprits fourbes et chafouins à qui il manque toujours dix-neuf sous pour faire vingt. Une hydre à sept têtes, en quelque sorte, qui ne pense qu’à dévorer sa proie. Comprendre par là que l’Algérien lambda est livré à lui-même, lâché par ses responsables, rongé par le fatalisme et ne cessant d’être balle de ping-pong dans le jeu malsain des faiseurs de paradis sur terre est évident, pour ce rien au quotidien. D’ailleurs, ce rien inspire les propos pamphlétaires et autres saillies d’opposants politiques de tous horizons qui sont convaincus que rien ni personne ne peut avoir tout à fait tort, même une horloge arrêtée à raison de deux fois par jour. D’où leur horlogerie détraquée… En somme, la galère se retrouve dans tous les lieux de vie, hormis au cimetière. Elle est dans les rues et les cafés, imposante, fade et cruelle pour des milliers de jeunes désœuvrés, frustrés et jetés dans les bras du désespoir, si ce n’est de la «harga». Elle est aussi omniprésente dans l’administration publique où tout pue l’anarchie, l’incurie, le piston et la «hogra». Elle pointe également dans les marchés où l’aiguille de la mercuriale des prix ne penche jamais vers le bas, quelle que soit la saison. Elle habite en contrat indéterminé au sein des foyers moyens où le pouvoir d’achat se limite à éviter la précarité, en dehors de toute perspective de bonheur, de quiétude ou d’harmonie. La galère a pris également ses quartiers dans les hôpitaux où le calvaire des malades, cancéreux ou pas, est devenu viral à force d’être associé à toutes les sauces médicales débouchant immanquablement sur des mouroirs. La galère colle aussi à ces jeunes qui snobent régulièrement écoles et collèges pour se faire, à l’aide de drogues, les chimères et les illusions les plus folles, faute de n’avoir rien aperçu de concret ou de positif à l’horizon.
Bref, cette galère passe-partout est préparée, telle une sauce au poivron, à base de déceptions et de frustrations, dans cette conversation aux antipodes du rationnel, du bon sens et de la raison. Elle est dans l’errance et l’abandon. Elle sert les incertitudes et les inquiétudes du présent et garde en elle tous les espoirs d’avenir. Tous les chafouins sournois s’y identifient, vu qu’ils sont, eux aussi, moins que rien…
M. N.

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