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Chansons dans les stades: Où sont passées les belles paroles ?

L’époque où les supporters se tenaient sagement dans les gradins et supportaient leur club favori en entonnant de belles chansons semble révolue. Aujourd’hui, les belles paroles sont remplacées par les cris et les insultes.

Les supporters des clubs de football semblent ne plus savoir communiquer que par les cris, les insultes et l’odeur des fumigènes. Le motif pourrait être lié au fait que les chanteurs n’enregistrent plus de succès comme autrefois. Le motif est également lié au fait que les chanteurs des dernières années qui ont tenté d’enregistrer des chansons dédiées au football n’étaient pas à la hauteur puisqu’ils ont écrit des paroles de bas niveau et des semblants de musiques ou plutôt de bruits qu’on retrouve chez la plupart des jeunes chanteurs de Rai ou de Way Way. Hassiba Amrouche, Cheb Lamine, Cheb Hafidh et Cheba Sonya et même le sérieux Houari Benchenet ont tenté d’offrir des chansons pour le football mais n’ont pas vraiment réussi. Il faut dire aussi qu’ à une certaine époque, notamment avant le fameux match Algérie-Egypte, nos chaînes de télévision avaient ouvert les portes à des chanteurs débutants et repassaient à longueur de journée des chansons qui n’avaient aucun lien avec l’art, ce qui a énormément encouragé la médiocrité.

La bonne époque

A notre connaissance, les deux dernières chansons dédiées au football sont Mebrouk âlina Hadhi El Bidaya de Rabah Driassa et Djibouha ya Louled du groupe El Bahara, enregistrées à l’occasion de la participation de l’équipe nationale de football au Mondial de 1982 en Espagne. Bien que du point de vue musical et arrangement, la chanson de Driassa était d’un haut niveau, c’était Djibouha ya Louled qui avait battu le record de l’audimat et la plus reprise par les jeunes dans les stades. A l’époque, bien qu’expérimenté et excellent parolier, Driassa avait fait l’erreur de citer les noms des joueurs dans sa chanson, alors qu’au moment où notre équipe nationale se trouvait en Espagne pour jouer la phase finale de la coupe du monde, la majorité des joueurs cités par Driassa tels que Gamouh avaient été remplacés par d’autres, notamment les professionnels qui jouent dans les clubs français. Par contre, Sadek Djemaoui avait, peut-être sans le savoir, offert au peuple algérien une chanson éternelle en ne citant que les numéros des footballeurs. Le grand artiste Rabah Driassa qui est également un excellent miniaturiste avait déjà fait fureur au début des années 1960 avec sa chanson Attilou Ezzalamit dans laquelle il citait également des joueurs. «Aouadj El Hili Djabha Fel Fili, Heya Khefe, Eblokiha Ou Markilou» disait la chanson. Attilou Ezzalamit passait à l’époque tout le temps à la radio et les jeunes s’arrachaient le disque vinyle 45 tours. En 1982, le défunt chanteur de bédoui Cheikh Djilali Ain Tedles était tombé dans le même piège que Driassa en citant les noms des joueurs dans une chanson qui n’avait pas duré. Par ailleurs, la musique de cette chanson n’était pas assez rythmée pour être reprise dans les stades. Il faut toutefois noter que le fait de citer les noms des joueurs n’est pas forcément une règle pour échouer puisque durant l’époque coloniale, Hadj M’rizek avait cité des joueurs dans sa chanson Ya Lli Bghit Telêb Esport Charek Fel Mouloudia, écrite par un certain Boualem Hsabet de Blida, une chanson restée dans l’histoire de la musique algérienne.

La sagesse

Au lendemain de l’indépendance, Rahma Boualem avait également eu un grand succès avec Baloun Ballouna Wehna Mwalih. Le disque enregistré sur microsillon 45 tours avait été vendu par milliers. Noura avait également eu du succès avec Ya Ryadhi Laâb El Koura. Les fantaisistes Ali Kahlaoui et Kandsi avaient également mis leur talent pour chanter le football. En cette période des années 1960-1970, les chanteurs de chaâbi étaient régulièrement invités à animer les soirées dans les cercles des clubs de football. Said El Ghobrini, Hassen Said, Guerouabi et bien d’autres mettaient en valeur les clubs qu’ils supportaient. Le maître de l’andalou et de hawzi Hadj Mahfoudh avait également dédié une chanson à l’USMBlida et au Mouloudia d’Alger. Il faut dire que beaucoup de chanteurs ne cachent pas leur appartenance aux clubs qu’ils aiment. Abdelmadjid Meskoud défend le CRB tout comme les autres affichent leur amour pour l’USMA ou les trois Mouloudia (Alger, Oran, Constantine). Il est à noter qu’autrefois, les supporters avaient l’esprit imaginatif et entonnaient de petites chansons adorables dédiées à leurs clubs. C’est ainsi qu’on entendait les supporters de Belouizdad chanter «Annoncez les couleurs, CRB la meilleure», et ceux d’El Harrach «Sem Sem Sem Ysemmouha Harrachia». Tout compte fait, si nos artistes se mettaient à enregistrer de belles paroles comme autrefois, les supporters reprendraient leurs succès dans les stades et la sagesse l’emportera.

Bari Stambouli

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