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Clic inquisiteur et impertinent !

Sommes-nous sous l’emprise d’une vaste entreprise de manipulation, de conditionnement, de formatage ? La question n’a pas trait qu’à l’achat du mouton mais il convient de jeter un regard inquiétant sur cette incroyable propension à l’imitation, à la reproduction bête et méchante de pratiques dictées par un monde artificiel. La liste est longue, et contentons-nous d’un arrêt sur l’image reproduite docilement par ceux et celles qui s’adonnent aux selfies. Sur les réseaux sociaux, on ne voit que ça ! En vacances, lors des fêtes de famille ou des réunions entre amis, la folie du selfie ne se pose plus de questions sur la pertinence du procédé. Se faire voir ou faire voir les autres ? C’est le sommet de la plus parfaite illustration du primate devant son miroir,… Tellement accaparés par la technologie, ils ne perçoivent même plus à quel point ils sont pathétiques et grotesques. En mal de clichés spectaculaires, ils ne manquent pas d’air en dévoilant leur intimité. Ô téléphone portable, qu’as-tu fait à ces gogos ? Plus rien ne peut se faire sans ce lamentable et inquisiteur fil à la patte. L’assuétude est telle que l’Aïd el Kébir sera l’occasion de montrer son mouton, son rituel du sacrifice, les étapes de la fête, toutes voiles dehors. Ce portable commande, dicte, impose, contrôle, renseigne sur la bulle échangeant avec tout le pays en oubliant ceux d’en face, à proximité immédiate. Sorte de camisole de force, ce bidule à selfies enferme l’individu dans un environnement artificiel et ennuyeux. Hurler contre cette tyrannie ne sert pas à grand-chose. Les «m’as-tu» sont persuadés qu’ils communiquent en société,… En fait, chacun fait ce qu’il veut de sa vie mais le phénomène est insidieux ; il lave le cerveau, le vide de fond en comble pour les seuls bénéfices du formatage. L’individu est ravalé au rang de mouton de panurge ; il suit «la mode» et cela laisse sans voix ! En vacances, on a pu voir les juilletistes et même les aoûtiens sur des plages touristiques en Tunisie ou en Espagne.
Les gugusses en vadrouille ont montré, ont mis en avant leurs séjours «idylliques». Loin de nous, l’idée de les jalouser mais, quand la pacotille supplante l’authentique, on se demande où est l’intérêt de les voir ingurgiter des boissons alcoolisées ou pas dans des cavernes d’Ali Gaga. Les moquer publiquement serait fort utile, mais ils s’en contre-fichent du moment qu’ils se sont affichés en riches, dans un pays étranger.
C’est, paraît-il, la tendance que de passer ses vacances à l’étranger. Et il faut que les amis, la famille, les collègues de travail le sachent par selfies interposés. Ils sont tellement grisés par leur puissance illusoire qu’ils sont incapables de comprendre l’abrutissement dans lequel ils pataugent, faute d’avoir pensé au tourisme de son propre pays. Il est à révolutionner, à réapprendre ce tourisme. Il faudra penser à y instiller la confiance, le sourire, l’accueil de l’autre avant de s’intéresser aux autres et de s’y prendre en selfie pour espérer épater la galerie des réseaux sociaux. Le constat est certes amer, mais c’est l’illustration de la fuite en avant vers le gouffre d’une société qui ne pense plus qu’à son plaisir égoïste et immédiat. Pour briser cet égoïsme, le rappel à une conscience collective s’impose. Mais refuser de se laisser prendre au jeu des selfies, c’est aller à contre-courant d’un phénomène ayant envahi la planète. Ça n’est donc pas facile, mais il est possible de sortir de cet individualisme forcené dans lequel on veut bien nous enfermer en un clic. Cela est encore possible, n’en déplaise aux réactions méchantes que pourra provoquer cet «arrêt sur image» n’engageant que son auteur, à la veille d’un Aïd se voulant convivial et non pas viral au travers de cette épidémie de selfies,…

M. N.

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