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Contagion de «gilets jaunes» …

Ça n’est pas en bloquant temporairement les aiguilles d’une montre, que l’on empêchera le temps d’avancer, de s’écouler au gré des joies et des peines. Il en est de même pour la contestation en France. Période de fêtes de fin d’année oblige, elle reprendra sûrement, sans état d’âme, aux lendemains des réveillons, des flonflons et des beuveries franchouillardes. A ce moment-là, comment ignorer que le mimétisme social de la fronde, affiliée aux «gilets jaunes», n’a pas eu le tic-tac contagieux. Une contagion qui aura, d’abord, gagné le pays des Pharaons, l’Egypte. Là-bas, plusieurs commerçants ne vendent plus des gilets jaunes, sans autorisation de la police. D’après les importateurs de gilets, les entreprises ont reçu l’ordre, début décembre, de livrer uniquement les compagnies de sécurité, pour éviter que les particuliers ne s’en emparent pour manifester. Il est vrai qu’à la veille du huitième anniversaire de la chute de Hosni Moubarak, en janvier 2011, ça craint une «fawdha» à l’égyptienne, qui en dira long sur le régime d’Al-Sissi, qualifié de policier.
Et une autre grogne sociale, visiblement dans la lignée des «gilets jaunes» bien qu’en rouge, se fait entendre en Tunisie. Poussée par un chômage qui atteint les 15 %, voire 30 % chez les jeunes diplômés, sans oublier l’inflation, la chute constante du dinar tunisien et la hausse du prix des carburants, cette colère couve depuis la mi-décembre, selon un porte-parole interviewé par France 24. «Les gilets rouges» réclament «une vie digne pour les retraités, une véritable stratégie pour l’emploi, une augmentation du SMIC à 600 dinars (contre 450 dinars actuellement), et une diminution du prix des produits de première nécessité», a déclaré ce leader du mouvement, qui compte, pour le moment, 11 coordinations régionales et 67 locales. A ce réseau plus ou moins organisé, s’ajoutent plusieurs pages et groupes Facebook, lancés simultanément avec le même mot d’ordre : «contre la vie chère, l’augmentation des prix et le chômage de masse». Ceci dit, ce mouvement ne bénéficie pas pour l’instant, d’un soutien populaire massif, et se voit déjà remis en cause par d’autres courants sur les mêmes réseaux sociaux, qui l’accusent d’être instrumentalisé par des groupes politiques. Cette mouvance, qui se veut intellectuelle, appelle à travailler pour le changement, à renoncer au chaos, et à maintenir la stabilité. En attendant, la police a saisi 48.000 gilets jaunes et 2.000 gilets rouges à Sfax, le centre économique de Tunisie. Une saisie que le tribunal de la ville a justifiée par la vérification de la légalité de l’importation de ces gilets de sécurité, destinés à des compagnies pétrolières. Comme pour l’Egypte, le maintien de l’ordre français semble avoir déteint sur le tunisien, et même si aucune date n’est précisée pour l’instant, le mouvement maintient son appel à des rassemblements au siège du gouvernement à Tunis, et dans plusieurs autres villes du pays. Un pays qui, après la grève des avocats, des enseignants et des transporteurs d’essence de ces dernières semaines, s’attend à d’autres contestations, avec ou sans gilets rouges. D’ores et déjà, la grève de la mi-janvier, initiée par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), servira de test social, avec le mimétisme des revendications salariales qui court à travers le monde. Et, langues ou gueules de bois de lendemains de fête n’arrangeront pas les contagions de sitôt…

M. N.

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