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D’accord pour pas être d’accord…

L’évidence du statu quo est similaire à l’imbroglio qui caractérise l’éventuelle sortie de crise. En s’accrochant à la tenue d’élections présidentielles, le pouvoir actuel tend les bras à tous ceux qui sont d’accord, pour n’être d’accord sur rien. Et bien que le délai de dépôt des candidatures soit dépassé, le fleuve tranquille des vieilles recettes se fout des urgences. Les dissensions, les divisions et les mésententes, sont inhérentes au pays de la désunion. Et il y a de tout dans ce foutoir ! Des lèche-bottes, des convictions, des idéologies et des mentalités conscientes de la faiblesse humaine, tapie dans des habits renouvelables à l’envie. Arrivé à ce stade, impossible d’y voir clair. L’appel au dialogue direct entre l’armée et le mouvement populaire, signé samedi dernier par Taleb Ibrahimi du haut de ses 87 ans, de Me Ali Yahia Abdenour et du général à la retraite, Rachid Benyelles, s’apparente à une bouée de sauvetage prête à éclairer, un tant soit peu. Mais malgré le ralliement de la majorité des partis politiques, n’est-ce pas là un court-circuit au mouvement populaire ? De fait, le triumvirat réunissant trois profils différents, et autant d’ancrages sociologiques et culturels, peut faire consensus, autant chacun des trois divise par son itinéraire politique. Réuni aujourd’hui pour proposer une solution à la crise politique du pays, le trio forme une sorte de mélange explosif, antinomique avec le pacifique du moment. Et les casseroles ressortent pour venir rappeler les années de braise et leurs accointances, leurs divergences, que ce soit sur l’arabisation effrénée, sur les évènements du 5 octobre 1988, sur la conférence de Sant’Egidio en 1994, sur l’ex-DRS ou sur les généraux «janviéristes»… Tout ça reste en veille dans les esprits, et cela n’arrange sans nul doute pas le terrain politique, miné par d’autres considérations. Aussi, l’ébauche d’un avant-projet de sortie de crise reste en plan. Tâter le terrain afin de négocier et se concerter, dépendra du ballon-sonde lancé par le trio, cité précédemment. Pendant ce temps, les réactions et controverses ne manquent surtout pas. Elles alimentent la rue autant que les réseaux sociaux, véritables tribunaux à ciel ouvert. On y entend un cœur battant pour le changement, et peu réceptif aux derniers développements élaborés ces jours-ci. Là, tout le monde aime à se retrouver. Unanimes pour communiquer la protesta, ils sont d’accord pour dire non à l’ingérence étrangère, à l’époque d’antan, au clientélisme, à l’oligarchie, aux partis scélérats, etc., etc… En fait, ils sont d’accord sur le passé, mais pour ce qui est du présent, bonjour les désaccords ! Chacun voyant midi à sa porte, aucune synthèse ou proposition commune pour ouvrir les portails d’une démarche solidaire, d’une perspective de transition négociée. Tout semble confus et incertain dans ce n’importe quoi, formaté pour durer, du moment où n’importe qui a sa propre vision de sortie de crise. Il y a ceux qui s’empressent à porter casquette, en lèche-bottes patentés, et ceux qui refusent en bloc, toute idée susceptible d’éviter la distorsion entre civils et militaires. Et on en est là entre statu quo et imbroglio. C’est dire que pour sortir de tout ça, chorba-fric, kefta et qalb ellouz seraient rassembleurs et les bienvenus. Sauf que, demain sera un autre triste jour, dans la désunion qui finit par étourdir et abêtir…
M.N

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