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Des tire-au-flanc qui assument…

Au 3e jour, on sent déjà l’essoufflement, le manque d’énergie nécessaire à surmonter l’incessante envie de tabac, de kahwa, de qalb ellouz etc. Pourquoi tout ça. Voyons voir… Ainsi, et sans être mufti de quoi que ce soit, le Ramadhan n’a pas son pareil pour désacraliser le travail, en ce mois dit sacré. Jeûneurs ou pas d’ailleurs, tous se donnent le mot : ne pas trop se fouler ! Non, pas fainéants, juste un peu feignants. De ceux qui feignent, qui font semblant d’être «out», hors champ, jusqu’à l’heure de la chorba… Durant la journée, ça glandouille, ça bulle, ça flemmarde ou carrément ça s’allonge pour des siestes à rallonge. À l’ombre de l’espèce homo sapiens, on a inventé l’homo-ça-pionce ! Pas pour rire, ça fait réfléchir… Non, ce n’est ni un délit, ni une maladie, quoique… Enfin, pas une affection physique en tout cas du moment que les appétits carburent toujours au super sans plomb. Paraît qu’on va consommer des dizaines de millions de quintaux de fruits et légumes et des millions de tonnes de viandes durant ce Ramadhan. Des chiffres, encore des chiffres qui n’expliquent rien à la «regda ouet’menji» durant le Ramadhan. D’ailleurs, l’activité des entreprises voit sa dynamique revue à la baisse. Une baisse «justifiée» pour celles qui programment la maintenance et l’entretien de l’outil de production. Hé oui, ça se maintient et ça s’entretient pour le prochain congé payé… Idem dans les administrations où c’est tout doucement le matin, pas trop vite le soir. Les heures de travail sont réduites à leur plus simple expression et ça tergiverse, retarde, temporise, en un mot, ça remet tout à plus tard. Le futur est le temps verbal que l’on pratique, et demain, le mot préféré à l’oral. Ce penchant que d’aucuns qualifient de tare est plutôt une représentation emblématique de la tribu des nonchalants pendant le Ramadhan. L’autre tribu, celle alerte, vive et hyperactive, existe et, justement, on s’en démarque, les doigts de pied en éventail. Elle est dégoûtante quand elle saigne les portefeuilles ! Elle incarne l’égoïsme féroce et l’intelligence étroite, cette tribu de commerçants à l’affût du gain facile. La paresse, la fainéantise, le glandage sont l’apanage de ces lève-tôt sur les marchés de gros, sur les abattoirs et les lieux de transactions commerciales. Ils redoutent l’inaction et réclament un ordre du jour même pendant les jours fériés. Et, comme s’ils craignaient de se laisser aller à une «fantaisie» nommée charité ou solidarité, ils se bousculent au portillon des mosquées. En fait, ils craignent de se retrouver seuls avec eux-mêmes, ces matérialistes qui la feignent musulmans. Sinon, comment expliquer qu’ils opèrent en nombre pour booster les prix de large consommation ? Ils ont même réussi à faire grimper le prix des mercuriale à travers tout le pays, au niveau de celui du caviar ! Heureusement que la solidarité envers les démunis, ceux qui n’ont jamais vu de caviar de leur vie, est l’une des composantes majeures du tempérament algérien. Oui, on a certes nos défauts, mais cette valeur ancestrale reste ancrée au plus profond du tire-au-flanc. Ce dernier est certes un glandeur, il marche avec le temps des f’tour et des s’hour réunis. Mais il réfléchit au lieu de s’agiter. Zen, il se dit que tout a une fin dans la vie. Une vie qu’il tient à vivre au lieu de la perdre en la gagnant en «saigneur» de son prochain ! Cette philosophie de vie lui convient parfaitement. Loin de culpabiliser, le tire-au-flanc assume ses grasses matinées, ses siestes à rallonge. Il prend son courage à deux mains et, plus que 27 couchers de soleil, ces scintillements évanescents, annonciateurs de clap de fin à la faim et à la maudite envie de cigarette. Saha lef’tour à tous…

Mourad N.

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