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Elle maitrisait l’Imzad: Tabelhout Akhamouk, une grande musicienne s’en va

Il y a une semaine nous quittait une grande dame de la musique algérienne. Sa disparition n’a pas été médiatisée et les hautes instances n’ont pas réagi. Cette artiste n’est autre que Tabelhout Akhamouk, une des dernières maitresses de l’Imzad.

Elle était une des dernieres reines de l’imzad, cet instrument de musique joué exclusivement par les femmes touaregs. C’est sur la page facebook de Mme Farida Sellal, la présidente de l’association Sauver l’Imzad qu’on a trouvé l’information sur la disparition de cette grande dame. Les médias notamment officiels n’ont pas donné l’information car cette musicienne n’a jamais eu la chance d’habiter la capitale comme beaucoup d’autres artistes. Née en 1919 à Tamanrasset et morte le 4 mai dernier dans la même ville, Tabelhout qui est issue d’une famille noble de Touareg, était parmi les cinq reines de l’imzad dont l’association Sauver l’Imzad a réussi depuis sa création au début des années 2000 à faire connaître au public. La défunte Tabelhout qui était la fille de Akhamokh Aguehamma (Amenokhal -grand chef) de l’Ahaggar et la nièce de Dassine, une des reines de l’imzad, a consacré sa vie à cet instrument joué par les femmes du Sahara pour encourager les hommes.

Une grande perte

«Elle était la mère de toutes nos mères, la digne héritière de Dassine. Elle a laissé un grand vide qu’on ne peut combler», a écrit sur sa page facebook, la présidente de l’association Sauver l’Imzad, Mme Farida Sellal, auteure de plusieurs ouvrages sur l’imzad, les Touaregs et le Sahara et qui consacre une grande partie de son temps à la sauvegarde de l’imzad par le biais des activités de l’association qu’elle dirige depuis une quinzaine d’années.
Dans un enregistrement, la chanteuse et musicienne qui maîtrisait à merveille l’imzad, cet instrument à une seule corde, disait qu’elle a appris à jouer auprès de sa tante Dassine, de Tabhat et Houta, d’autres musiciennes très connues dans la région de l’Ahaggar. Elle a elle-même formé d’autres instrumentistes, notamment Dmeyla Edabar et Alamine Khoulan et Khabou. Il faut noter que la lumière sur cet instrument séculaire et les quelques musicienne qui le jouaient encore dans les années 2000 a été mise grâce à l’apport de l’association Sauver l’Imzad. En effet, en 2003, Hadj Moussa Amenokhal, le frère de Mme Tabelhout qui vient de nous quitter avait offert un imzad à la présidente de l’association. Cet acte symbolique avait poussé cette dame à continuer son œuvre qui verra la création de la maison de l’Imzad à Tamanrasset et l’inscription dès la première année, en 2004, d’une quarantaine d’élèves. La maison de l’Imzad ne donne pas seulement des cours de musique. Les élèves y apprennent la fabrication de cet instrument qui serait le père du rbeb et du violon. On y apprend la traduction du Tifinagh vers l’arabe pour comprendre les poèmes des Touareg. Un colloque international sur l’imzad y avait été également organisé. D’ailleurs, en marge de ce colloque, 300 imzad avaient été fabriqués par les élèves de la maison et des participants.

La musique et la sagesse

La maison de l’imzad est régulièrement visitée notamment par les écoliers de la région de Tamanrasset qui retournent avec toutes les informations sur cet instrument exceptionnel dont le son rappelle la grande histoire des Touareg et leur sagesse. Tabelhout Akhamouk avait commencé à s’initier à l’imzad à l’âge de 12 ans auprès de sa tante Dassine. Ses autres tantes jouaient également de cet instrument typique du Sahara algérien. Cet amour pour cet instrument ne l’a plus quittée jusqu’à son décès, il y a une semaine, à l’âge de 98 ans. Mariée à Maghli Idebber qui était chanteur, la défunte aura eu la chance de vivre toute sa vie dans un milieu familial à la fois noble et artistique. La grande dame est partie après avoir laissé son histoire, une histoire pleine de musique, de sagesse et de noblesse.

Bari Stambouli

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