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En attendant le procès du siècle…

Entre le droit et son contraire, vogue la galère d’une justice à deux, trois ou quatre vitesses, sans compter la marche arrière. Et, que l’on ne s’y trompe pas, ceci est valable dans tous les pays du monde, malgré les nombreuses exceptions, qui confirment la règle à géométrie variable… Mais, n’étant ni philosophes et encore moins juristes, contentons-nous d’un profil bas pour regarder cette haute justice et ses annexes, ses dépendances.
Chez nous, voilà que la Cour des comptes renaît de ses cendres. Elle se réveille, après plusieurs décennies, pour se rendre compte de dilapidation de deniers publics, de fraudes fiscales, de surfacturations, d’abus de biens sociaux, de délits d’initié, etc., etc. Ses tiroirs doivent sentir une sacrée moisissure, mais qu’importe, un simple désodorisant fera l’affaire. Et bien que l’on raconte que «l’argent n’a pas d’odeur», il pue par les temps qui courent. Il est même le dénominateur commun à toutes les affaires en cours. C’est lui à qui l’on devrait faire procès, lui, la gangrène du siècle. Lui, qui s’en va puis revient, comme la lumière du jour. Il est lien et intermédiaire dans toutes les transactions de la vie courante, mais il choisit qui doit rire ou pleurer, qui est riche ou pauvre. Qu’il soit fric, blé, «drahem», galette ou money, il décide de tout et règne en maître, attirant tel un aimant. Entre mains sales ou propres, il navigue au gré des vents contraires et des eaux troubles. C’est donc à cet argent, tentant et flambant, que l’on devrait faire le procès du siècle. Ça aurait de la gueule, un procès contre x (…). Ça donnerait à réfléchir, à ceux qui ont en besoin, pour frimer en numéraires et pour réussir à la vitesse du son. Ça serait populaire, et de nombreux boucs émissaires seraient lavés de tout soupçon. Les assoiffés de fortune, sans partage, en seraient pour leurs frais, tandis que les fauchés rentreraient dans les leurs, en sus des leurres. Nous n’en sommes pas là, hélas, tant que «la parole est d’argent et le silence est d’or», selon le vieux dicton. Ce silence prime sur la parole. Il court malicieusement sur ceux qui apprécient les espèces sonnantes et trébuchantes en payant cash, sans laisser de traces. Il couvre pudiquement le clinquant de l’argent, pour préserver l’espoir chez les infortunés qui sont à sec, la plupart du temps. Ce silence est, en fait, complice de toutes les dérives de l’enrichissement illicite. Et la Cour des comptes qui retrouve la parole aujourd’hui, gagnerait à expliquer ses silences assourdissants, durant de longues années.
Ces silences étaient-ils au milieu des océans de cet univers pourri par l’argent ? Mystère et boule de gomme, tant que l’argent restera le nerf de guerre, dynamisant et revivifiant. Quand il n’est pas gagné honnêtement, à la sueur du front, on le cache à l’abri du «mauvais œil» et des innombrables yeux d’envieux. Pour qu’il génère de la richesse, qu’il prospère, pas besoin de comptabilité réelle, ni de coffres forts apparents. Suffit de magouiller et de soudoyer avec du liquide. Et comme l’argent achète tout, inutile de croire que le silence est gratuit. Il a évidemment un prix, celui de la primauté sur la parole donnée, et sur l’honnêteté. Autant dire que le procès du siècle est improbable, encore loin des mirettes du pauvre justiciable…
M. N.

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