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Entre absence de commodités et la loi des délinquants: La face cachée des nouvelles cités

« Il n’est plus question de livrer des cités sans les commodités d’accompagnement et non sécurisées ».

Cette déclaration faite par le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Abdelouahed Temmar, lors d’une récente visite à l’intérieur du pays se veut rassurante quant à la volonté de l’Etat de mettre de l’ordre dans les cités entrant dans le cadre des opérations de relogement menées par le gouvernement en application du programme RHP du président de la République. L’état des lieux, faut-il le dire, est loin d’être reluisant. Du moins pour une bonne partie des sites livrés et quand bien même les efforts consentis pour la réussite de ce programme restent louables. Toutefois, la volonté exprimée hâtivement sur le terrain n’a pas manqué de générer un certain nombre de soucis aux familles toutes heureuses d’habiter un logement neuf, attendu depuis longtemps, mais confrontées sur un autre plan à une autre réalité, celle où le manque s’affiche sur plusieurs clignotants. Obnubilé par « le plan Marshall », le gouvernement s’est vite retrouvé dépassé en avançant sur une voie unique et livrer coûte que coûte un maximum de logements à l’effet d’éradiquer des centaines de bidonvilles qui, telles les plaies d’Egypte, ont amoché le visage d’Alger la blanche.

Le calvaire quotidien

Toutes les nouvelles cités ont connu ou connaissent encore un problème majeur à savoir le manque de commodités. Le calvaire des citoyens à ce sujet dure plusieurs mois. Parfois deux ans et plus. On peut citer Tessala El Merdja, Birtouta, Ain Melha, Sebala, Kheraïcia, Ouled Chebel, Kourifa.
Des cités comptant des milliers de familles privées du necessaire quotidien. Sans commerces, ce qui est le strict minimum, les habitants sont contraints de faire de longues distances pour faire des provisions. Un père de famille avoue avoir passé plus de deux mois à aller chercher du pain à des encablures de chez lui. Ces cités manquent au départ de tout ce dont à besoin le citoyen. Commerces, marché de proximité, ligne de transport, établissements scolaires sont absents. Les parents n’ont d’autre choix que d’accompagner leurs enfants, ceux primaire, à l’école située à deux ou trois kilomètres de la cité. A défaut, certains ont opté pour l’alternative de les garder au niveau de leur école d’origine en les confiant à des proches ou des amis. Faire le marché nécessite pour ces citoyens des déplacements vers le centre-ville avec toutes les contraintes qu’on peut deviner sans oublier les frais supplémentaires.
Quant à se rendre à son lieu de travail c’est toute une expédition, comme le dit un des citoyens de Chaibia à Ouled Chebel. « J’étais soumis à une véritable gymnastique pour rejoindre mon boulot. Cela a duré plus d’une année avant qu’Etusa ne vienne mettre fin à mon calvaire », confie notre interlocuteur. Pour certains sites, la situation a duré plus et les malheureux travailleurs subissaient le diktat des taxis clandestins. Devant ces contraintes, des familles ont confié avoir quelque peu regretté leurs anciens quartiers où tout était disponible. « Question confort, on est évidemment mieux dans les nouveaux logements, mais au vu de toutes les contraintes on ne peut s’empêcher d’avoir quelques regrets pour l’ancien quartier où tout était à notre portée », dira ce père de famille de la cité Chaibia à Ouled Chebel, rappelant tout de même que depuis une année tout est rentré dans l’ordre avec l’ouverture de commerces et la mise en fonction de lignes de transport. Ce n’est pas le cas à la cité 1400 logements à Douéra qui manque presque de l’ensemble des commodités. Les centaines de bénéficiaires de la dernière opération de relogement ont eu en effet la désagréable surprise de le constater. Une cité agréable où les maitres d’œuvre n’ont pas lésiné sur les moyens pour la rendre attrayante. Malheureusement la caractéristique d’une cité dortoir y plane. Le groupe de jeunes rencontrés à l’entrée du site s’empressent d’en parler. « Notre joie de bénéficier de logements neufs n’a pas duré en affrontant une réalité faite d’une absence quasi-totale des commodités nécessaires à notre quotidien. Avant le relogement, des promesses ont été faites de doter rapidement la cité de toutes les nécessités à savoir les commerces, un marché de proximité, une polyclinique, des lignes de transport, des établissements scolaires, etc. Cela fait déjà près de deux mois que nous ne voyons rien venir et continuons à vivre dans l’isolement », dira l’un d’eux.

Quand les gangs se disputent le terrain

Le café le plus populaire d’El Kalitous(Eucalyptus) est plein comme un œuf en cette matinée de début mars. On ne sait si c’est à cause de la pluie, mais à voir tout ce beau monde on croirait que personne ne travaille. A part les trois serveurs dépassés par les commandes. A l’écart, un jeune, pansement à la main et regard absent, tire nonchalamment sur sa cigarette. Nous le tirons de son évasion par « Inchallah labes »( pas trop de mal », histoire de faire causette avec lui. « Tqadrat ya ammou »( c’est le mektoub), répond-t-il avant de se lancer dans une narration au vu de notre regard interrogatif. Mohsen, 23 ans habite le quartier mitoyen à la nouvelle cité de Sidi Hammad qui abrite des centaines de familles issues notamment du bidonville de Hai Erremli à Gué de Constantine. « Il y a quelques jours, raconte-t-il, des jeunes de la nouvelle cité sont venus s’en prendre à mon voisin qui aurait brutalisé un des leurs. L’un d’eux a brandi un couteau à la face du voisin. C’est au moment où j’ai essayé d’intervenir pour calmer les choses que l’agresseur a fait le malheureux geste qui m’a touché à l’avant-bras provoquant une coupure de plusieurs centimètres. Ce n’est pas la première fois que ce genre d’incident se produit ici. Depuis l’arrivée de ces familles, dont certaines il faut le dire sont sans histoires, les lieux connaissent régulièrement des accrochages entre jeunes des deux quartiers ».
El Khezna, Remadnia, deux autres sites de logements sociaux dans la commune des Eucalyptusv sont également montrés du doigt. Depuis deux mois les ceux cités, se livrent le soir venu, des batailles rangées nécessitant à chaque fois l’intervention des forces de l’ordre. « Des délinquants issus des familles récemment relogées s’en prennent à des jeunes des quartiers voisins. Les provocations finissent par des batailles rangées et inévitablement des blessés sont dénombrés. Les agresseurs sont armés de toutes sortes d’armes blanches et sous l’effet de psychotropes, ils s’en sevent sans hésitation. Même les services du maintien de l’ordre sont mis à rude épreuve. Ces derniers, par crainte d’envenimer les choses, évitent de recourir aux méthodes dures », raconte un citoyen voisin des deux cités. Stamboul, Bateau cassé, El Kahla, Si Lakhdar, Ain Melha et bien d’autres cités créées à la faveur du programme de relogement destiné à la capitale constituent des points noirs en matière de sécurité. Une présence d’unités chargées de maintenir l’ordre est nécessaire. Dans les cités dotées de ces structures, le phénomène de violence caractérisé par « le marquage du territoire » par des groupes de délinquants est plus ou moins maitrisable. Ces jeunes, comme le rappellent souvent les psychologues manquent de culture citadine imposant avant tout le respect d’autrui et de ses biens. Ajoutons à cela le phénomène de consommation de la drogue et des psychotropes qui fait ravage dans le milieu des jeunes. Un fléau qui a toujours proliféré dans les bidonvilles et les quartiers défavorisés dont est issue une bonne partie des cités en question.

Ali Fares.

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