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Erigés anarchiquement par les citoyens au mépris des instructions: La «loi» des dos-d’âne

Les instructions des ministères de l’intérieur et des travaux publics sont totalement ignorées.

Au mépris des lois régissant ce volet, la pose de ralentisseurs est, au vu et au su de tout le monde, l’affaire des citoyens. On en veut pour preuve le nombre incalculable de ces dos d’âne qui ponctuent nos routes, au point de constituer de véritables dangers car n’obéissant pas aux normes. Cette pratique interdite par la loi continue pourtant de faire son bonhomme de chemin dans toutes les communes du pays sans qu’élus et autorités locales ne bougent le petit doigt.
Des ralentisseurs ne répondant pas aux normes tant en hauteur, longueur qu’en matériaux composant leur consistance. Ils sont fabriqués de tout ce qui est nuisible aux véhicules et aux conducteurs. De plus, contrairement à ceux placés par les services des travaux publics, ils ne sont pas signalés par les panneaux ou plaques à une distance préalable comme le veut la réglementation. L’absence de signalisation quant à elle reste hautement préjudiciable. Le nombre d’automobilistes victimes de ces traquenards ne se compte pas sur les doigts d’une seule main. Plusieurs d’entre eux ont en fait de sérieux frais, comme l’affirme Mourad, en se rendant une certaine nuit sur la route menant vers Alger Plage dans la commune de Bordj El Bahri. «J’étais parti pour rendre visite à ma tante malade. Avec la route mal éclairée, je suis tombé sur un dos d’âne, plutôt une montagne. Je n’ai pas pu éviter l’obstacle. Résultat de la course : le châssis de ma Golf sérieusement endommagé ainsi que les cardans, sans parler du pot d’échappement. Le tout pour plus de dix millions de centimes. Sans assurance tous risques, j’ai dû, la mort dans l’âme, débourser de quoi régler la douloureuse», raconte l’automobiliste.

Le prétexte des accidents

Il y a quelques années, l’ancienne route reliant Dely Ibrahim à Douéra détenait un triste record en matière de ralentisseurs. Anarchiques, s’entend. On en comptait pas moins d’une vingtaine sur un tronçon de quatre kilomètres, soit un ralentisseur tous les deux cents mètres. Chaque pâté de maisons en avait un en face. La raison ? Très facile à deviner. On parlait à l’époque de deux morts, un enfant et une femme âgée, victimes de chauffards. L’esprit tribal l’ayant emporté sur le bon sens, les habitants des lieux se sont concertés pour la solution radicale de placer des obstacles dissuasifs. Inutile de rappeler à ce sujet que «les ouvrages d’art» ont fait plus de mal que de bien.
Aussi compréhensible que fut la réaction des riverains, l’on ne pouvait dans une certaine mesure se constituer en quelconque représentant de la loi, encore moins des pouvoirs publics. Pendant plusieurs années, les dits ralentisseurs n’ont pas bougé. Il aura fallu la visite d’une autorité de souveraineté dans une localité voisine pour les voir disparaître en seule nuit. Au grand bonheur des usagers.
Le cas n’est évidemment pas unique en son genre quand on sait la quantité de ces bosses érigées sur les routes secondaires de notre beau pays. Autre lieu, même constat. Sur la route reliant Rouiba à Ain Taya, la présence de ces ralentisseurs sauvages ne semble pas déranger outre mesure les autorités locales. A titre d’exemple, à Souachette, connue pour ses vendeurs ambulants en fruits et légumes, on en voit de plus en plus. A en croire des usagers avertis de cette route, les ralentisseurs auraient été installées par ces mêmes vendeurs dans le but d’attirer des clients parmi les automobilistes.
En d’autres termes, on profite d’une décélération pour carrément se mettre sur l’accotement. En fait, il s’agit là d’un subterfuge connu et pratiqué depuis longtemps. On raconte à cet égard que le procédé malhonnête est d’usage sur certains tronçons utilisés par les livreurs de pastèques et de melons. Les maraudeurs campés au bord de la route mettent à profit le moment du ralentissement du véhicule pour en chaparder quelques pièces. Au bout de la journée, le butin peut s’avérer non négligeable.

El Hamiz, royaume des dos d’âne

S’il vous arrive, pour une raison quelconque ou tout simplement par curiosité de faire un tour dans le profond El Hamiz, il faut vous armer de patience et avoir un véhicule tout-terrain. Ceci est un constat dont votre serviteur est témoin. Krimo, un habitant de ce quartier ayant pris avec le temps l’envergure d’une commune, nous a même lancé le défi d’essayer de traverser le lotissement dit Tchina (Les orangers), une appellation datant de l’époque où les lieux étaient garnis de plantations du délicieux fruit, aujourd’hui envahis par le béton.
Un gage difficile à tenir en réalité, puisque la route séparant les constructions de part et d’autre compte une douzaine de ralentisseurs. Un véritable banc d’essai pour les amortisseurs les plus coriaces. En fait, ici, on en trouve tous les cent mètres. Toutes les routes intérieures d’El Hamiz comportent des ralentisseurs anarchiques. Pour justifier cette pratique, les habitants concernés vous répondent à l’unanimité : «On a peur pour nos enfants et les personnes âgées». Ce à quoi réplique un étudiant rencontré sur l’une de ces routes défigurées : «C’est à croire qu’on est sur un circuit de Formule un. Je ne vois pas la raison de dresser des dos d’âne sur une route de mille mètres tout au plus et où les automobilistes ne roulent pas à grande vitesse. En plus d’être pleines de nids-de- poule et de crevasses, ces routes servent généralement les résidents et ne sont empruntées que rarement par les gens de passage». En somme, à El Hamiz, on est au royaume des dos d’âne.

Complaisance des collectivités locales

Livreur de son état, Mohamed n’arrête pas à longueur de journée d’approvisionner les commerces d’alimentation générale les plus reculés. Il emprunte toutes sortes de routes, même impraticables, selon lui. Nids-de-poule, crevasses, pistes, il en voit quotidiennement. Mais ce qu’il craint le plus, c’est les dos d’âne. «On ne les voit qu’une fois dessus», dit-il avec une pointe d’humour, avant d’ajouter : «Les ralentisseurs sont parfois tellement nombreux que la distance séparant l’un de l’autre ne vous laisse pas le temps de préparer le véhicule à l’escalade. Vous devez affronter une série de bosses de chameaux, comme certains les appellent, avec toutes les conséquences pour votre tire. Je ne peux vous cacher personnellement ma souffrance intérieure en passant sur ces ralentisseurs. Mon pauvre fourgon, ma seule fortune, mon outil de travail pour subvenir aux besoins de ma famille en fait les frais. Chaque coup me coûte de l’argent».
Du coup, l’on est saisi par l’interrogation de savoir que font les APC dans des cas pareils ? L’instruction du ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales adressée aux walis, walis délégués, chefs de daira, P/ APC pour la prise en charge de l’enlèvement des ralentisseurs sauvages n’a apparemment pas été suivie d’effet. L’état des lieux dans beaucoup de routes, CW et même des RN traversant des localités est désolant à ce sujet. Cette situation du fait accompli ne saurait s’interpréter autrement qu’un compromis entre élus et citoyens d’un côté, ces derniers se chargent de l’œuvre illégale sous le prétexte fallacieux de réduire les accidents de la route, et de l’autre, le silence des collectivités cachant mal un atout majeur dans le jeu électoral. Sinon qui empêcherait un maire d’envoyer une équipe débarrasser la route d’un tas d’obstacles qui de plus revient cher aux contribuables en dégâts qu’ils causent. En revanche, ces mêmes autorités sont sollicitées pour installer des ralentisseurs aux normes internationales, là où c’est nécessaire. Les ralentisseurs posés depuis quelques mois au niveau du lycée et du CEM de la cité Aadl la Concorde pour mettre fin aux agissements de «motards fous» semant la terreur à la sortie des cours est un exemple à suivre. C’est ce genre d’initiative contrôlée qu’il faut encourager et non celle produite par réaction irréfléchie mais pouvant engendrer des conséquences dramatiques. Un voisin raconte avoir échappé de justesse à une agression, un soir sur la route de Bordj Ménaël, à cause justement d’une panne provoquée par un ralentisseur trop élevé. «Profitant de l’arrêt, trois jeunes s’apprêtaient à m’attaquer. Heureusement que deux automobilistes se sont tout de suite arrêtés pour me dépanner. Mais j’ai eu chaud», se souvient-il.

A. F.

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