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Folklore et manque de créativité pour la Journée du Savoir: Qu’est-ce que «Youm El Ilm» ?

La journée du savoir «Youm El Ilm » est fêtée chaque année en Algérie, le 16 avril, et ce depuis 1971 (en hommage au savant Abdelhamid Ben Badis décédé un 16 avril 1940). Seulement, en Algérie, cette date est loin d’être à la hauteur de sa dénomination, puisque devenue insipide  et folklorique…

 

«Dans l’école algérienne, on fête le 16 avril en demandant aux élèves de préparer un exposé sur la vie d’Abdelhamid Ben Badis. Un fait devenu banal d’autant plus qu’avec internet, des exposés sont déjà prêts et tous les élèves se retrouvent avec le même contenu ! Alors est-ce ainsi que cette journée du savoir doit être fêtée ?», s’est d’emblée insurgé Sid Ali Sekhri, modérateur des rencontres littéraire de la librairie Chaib Dzair à Alger, où s’est tenue, mardi dernier, une rencontre autour de «La journée du savoir».
Le conférencier dira ensuite qu’ailleurs, en Tunisie par exemple, cette journée est fêtée en organisant des rencontres avec des scientifiques et autres hommes de lettres pour débattre des questions autour de la littérature, du savoir ou de la science alors qu’en Russie, la journée du savoir est fêtée depuis 1984, le jour de la rentrée scolaire et où, chaque élève offre symboliquement une fleur à son professeur donnant ainsi un bon augure à l’année scolaire… «En Algérie, et même si on ne fêtait plus la journée du savoir, celle-ci passerait inaperçue vu la banalité à laquelle elle se résume en sus du manque de considération des citoyens…», s’est indigné Sekhri. Avant de poursuivre : «La journée du 16 avril existe depuis 1971, du temps de feu président Houari Boumediène qui l’a instauré en hommage à Abdelhamid Ben Badis. Et depuis, cette tradition se perpétue. Oui ce fut un remarquable penseur qui a consacré sa vie à l’action éducative devant créer, en son temps, les conditions de la renaissance culturelle et de la diffusion des idées nouvelles… seulement on n’a figé cette fête qu’autour d’Ibn Badis, alors qu’on devrait la fêter dans les écoles en invitant des écrivains, historiens, des scientifiques pour discuter du savoir ou en faisant le bilan de nos écoles, de nos universités, des bibliothèques… Les sociétés se développent que par l’accumulation du savoir et l’esprit critique…Déjà pour parler du savoir, faille-t-il d’abord passer par le doute car c’est le doute qui nous pousse au savoir et sans lui le savoir reste figé, dogmatisé. Bien évidement, on ne doute pas de tout, il y a des affirmations scientifiques et religieuses qui ne sont pas négociables, mais il faut néanmoins être à l’écoute du sens, sans préjugé», a-t-il estimé.

Lieux du savoir et élites…

Par ailleurs et dans son intervention, Sekhri s’étendra par la suite sur deux aspects importants du savoir, à savoir les espaces de transmission, à titre d’exemple les librairies, et les élites.
Il dira que pour les librairies, lieu où le savoir se transmet, c’est un espace, un carrefour où toute personnes peut s’y rendre car c’est un lieu où la pensé humaines est exposée et accompagnée de conseils de bons libraires. «Aujourd’hui, la librairie est en danger, car concurrencée par Internet qui selon moi, ne doit être toléré que par les gens qui ont de la culture. Ceux qui n’en ont pas doivent d’abord passer par le livre sur papier car le livre, ça marque. Ça donne du savoir. C’est une confrontation avec un objet et la lecture se construit. Elle a besoin d’être nourri et si la libraire disparaît, c’est alors une bonne partie de l’efficacité du savoir qui disparaît avec», a-t-il souligné. Par ailleurs, Mohamed Balhi, journaliste et auteur, dira que pour la journée du savoir, on devrait se poser des questions constructives, par rapport à la mémoire à l’instar du «pourquoi nous n’avons pas d’élites religieuses et d’élites scientifiques ? pourquoi on n’a pas de lieux de savoir à l’image de la mosquée d’El Quaraouiyne au Maroc, Zitouna à Tunis ou encore Al Azhar en Égypte (créée par les Fatimide-des algériens)…des questions sur les grandes personnalités algériennes encore maintenues à l’ombre comme Ibn Hamza El Maghrebi, Ibn Tachfin qui a fondé en 1320 ‘El Madressa Tachfinia’, équivalent de la Sorbonne aujourd’hui, et qui fut détruite en 1873 par les français… Faut-il rattacher tous cela à la colonisation ? La journée du savoir devrait être une bonne occasion pour débattre de questions importantes… Aujourd’hui, l’intégrisme a éloigné la raison, et le discours religieux globalement a fait fuir la raison. On a chassé la philosophie, l’endoctrinement, on a chassé l’esprit scientifique et la ruralité a aussi chassé le beau. Il faut se réapproprier l’esprit scientifique», dira Balhi.

Sara Boualem

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