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Gestion intégrée des déchets ménagers à Tizi Ouzou.. Une stratégie «assainie» en débat

Quarante communes parmi les 67 que compte la wilaya ne collectent pas les déchets dans les villages, alors qu’à Tizi Ouzou- ville, les camions sont appelés à faire 3 à 4 rotations par jour ; «ce qui est intenable»…

La Grande salle de la Maison de la Culture Mouloud Mammeri a abrité avant-hier, une journée d’information et de sensibilisation sur la nouvelle stratégie nationale de gestion des déchets ménagers. Cette louable initiative de la direction de l’environnement, organisée en étroite collaboration avec l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou a eu un écho considérable auprès de la population locale, vu l’importante affluence du grand public, acteurs locaux, universitaires, société civiles…qui ont pris part à cette journée.
Mme Hamedi Siad Nabila, enseignante à l’université Mouloud Mammeri et principale organisatrice de cette journée portant sur «La politique de l’Algérie dans la gestion des déchets ménagers et assimilés : vers une gestion durable», a insisté sur la consécration du droit du citoyen à un environnement saint, dans l’amendement de la constitution en 2016. L’oratrice reviendra sur l’échec des CET réalisées à coups de milliards, qui se trouvent saturés, et qui devaient ne recevoir, en principe que les déchets ultimes.
«Il fallait penser avant tout au tri sélectif», dira-elle et d’ajouter qu’ «il y a urgence d’appliquer la politique durable. Aujourd’hui, on se rend compte que l’inaction nous coûte plus cher que l’action». Dr Arezki Hammoum, également enseignant à l’université Mouloud Mammeri, a porté sur la proposition d’un schéma communal de la gestion durable des déchets ménagers et assimilés pour la wilaya de Tizi Ouzou. d’emblée, l’orateur soulignera que la commune de Tizi Ouzou, à elle seule, dépense pas moins de 16 milliards de centimes par année pour le transfert des déchets vers le CET, alors que celle d’Azazga dépense plusieurs millions de centimes par an pour effectuer ce transfert, mais mis à part ces deux localités et celle de Tizi Rached, les différentes communes de la wilaya de Tizi Ouzou ne peuvent se permettre ce luxe, du fait, ils ne procèdent pas au ramassage des déchets au niveau des villages qui se trouvent livrés à eux-mêmes.

Un diagnostic alarmant
En effet, 40 communes parmi les 67 que compte la wilaya ne collectent pas les déchets dans les villages, alors qu’à Tizi Ouzou-ville, les camions sont appelés à faire 03 à 04 rotations par jour «ce qui est intenable», soulignera-t-il. Il reviendra sur le choix de la localité de Bouzeguène pionnière en 2014, du fait qu’elle compte 14 associations de protection de l’environnement sur 96 existantes au niveau de la wilaya. Il reviendra également sur la production de déchet au niveau nationale estimé 1.8 kg/hab, qui est de l’ordre de 1.5 kg/hab au niveau de la wilaya de Tizi Ouzou. Revenant sur la nature de ces déchets, il estimera que 60% des déchets sont organiques, 20% recyclables et 20% ultimes (non recyclables à l’image des couches bébés sachets, pots de yaourt…). Cela alors qu’en Europe 20% uniquement des déchets sont organiques. Pour ce, la fraction organique oblige une collecte presque quotidienne, «alors que la collecte mélangée n’est pas adoptée à notre pays», ajoutera-t-il. Revenant sur le programme national de réalisation de 300 Centres d’enfouissement technique (CET) ; 91 seulement ont été réalisés, alors que 73 casiers parmi les 122 se trouvent actuellement saturés du fait de l’inexistence de tri sélectif. Se voulant plus explicite, l’orateur reviendra sur les gaz à effet de serre générés par les déchets organiques qui sont à l’origine de cette saturation.
«La fraction recyclable est directement enfouie, alors que le recyclage représente de l’emploi», dira-t-il avant de revenir sur la problématique de l’inexistence d’assiettes foncières à même de recevoir ces projets. S’agissant des avantages du nouveau système, l’orateur soulignera qu’il ne demande que 100m2 , alors que les déchets sont triés par les producteurs eux-mêmes sans l’intervention de la commune. L’orateur soulignera que cette opération qualifiée à juste titre à son départ d’«une opération kamikaze» du fait que mise à part les déchets organiques destinés au compostage, les déchets en plastique et canettes ont été seulement entreposés en attendant une solution qui viendra d’ailleurs avec la signature d’une convention avec une entreprise d’Akbou «Revaplast» pour les déchets en verre et en plastique, et l’entreprise ALUVERPLAS pour les canettes. Le centre de tri de Taourirt a même permis la création d’un poste d’emploi pour un jeune payé grâce aux cotisations des villageois, ajoutera-il.
Cela alors que Mme Mohand Saïd Ania Thinhinane a présenté une communication ayant pour thème : «La dynamique entrepreneuriale dans le domaine de l’environnement accompagnée par les dispositifs les dispositifs de soutien (ANSEJ, ANDI, ANGEM, CNAC), «Cas de la wilaya de Tizi Ouzou». L’oratrice soulignera que pas moins de 251 entreprises dans le secteur de l’environnement ont été créées à travers les dispositifs de l’Etat dont 68 dans le cadre CNEC et 10 dans le cadre Angem. Pour sa part, Mme Dorbane, également enseignante universitaire, s’étalera sur «la valorisation des déchets, une opportunité pour le développement local : cas des déchets plastiques». L’oratrice soulignera que pas moins de 13 millions de tonnes de déchets sont générés par les habitants chaque année en Algérie avec un taux de croissance de 3% par an. Cela alors que la politique de gestion des déchets est actuellement peu performante avec uniquement 1% de compostage et moins de 10% de recyclage. Elle soulignera également que les CET dont la durée de vie est estimée à 20 ans se trouve réduite de moitié en raison du manque de tri à la source.

Cap sur la gestion durable
La deuxième session de cette journée a été réservée aux acteurs de la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie, à savoir certaines entreprises de récupération et de recyclage de divers matériaux, dont le plastique, le verre, les canettes, les bouteilles d’eau minérale, le carton… Ainsi, interviendra, M. Ferkane directeur général de l’entreprise RivalPlast de recyclage de plastique sise à Akbou, pour dire, d’emblée que cette entreprise, créée après son retour de Belgique, a été qualifiée d’impossible. Cette entreprise qui intervient à travers les wilayas de Béjaïa, Bordj Bou Arriredj, Annaba, Tizi Ouzou et Jijel a collecté au cours de l’année 2018 pas moins de 963 tonnes de déchets 486 tonnes de PHD ; 312 tonnes de plastique, comme elle a organisé une caravane de sensibilisation à Akbou avec 54 partenaires. Le projet de M Ferkane est la réalisation d’une usine à Azazga où une assiette foncière lui a été dégagée, sera lancé dans un mois et comportera, entre autres, un centre de recherche et emploiera 360 personnes. Pour sa part, M Chaoui Hamid ; directeur de l’entreprise ARV «collecte de cartons» compte 203 collecteurs issus des différents dispositifs.
Elle exporte des produits en France et compte réaliser des briques de chauffage qu’elle exportera vers l’Espagne et l’Italie. «Ces briques de chauffage seront également utilisées localement et permettront de réduire la consommation du gaz». L’orateur saisira l’occasion afin de lancer un appel aux P/APC afin de les inciter à créer des centres de transfert comme pour la collecte de déchets afin de procéder à la collecte du carton au niveau de chaque commune afin d’avoir une rente au lieu de payer le transport des déchets vers les CET.
Pour sa part, M. Salah Rachid, directeur de l’entreprise ALUVERPLAS de recyclage du verre et des canettes, ouverte en octobre dernier à Tala Athmane, dira qu’il travaille avec 96 récupérateurs de canettes, dont des chômeurs, retraités…, en attendant le montage de ses machines.
Brahim B.

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