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habiba drias, directrice de la recherche à l’usthb : «L’Algérie a déboursé des sommes colossales…»

L’Etat débourse des budgets colossaux pour le développement de la recherche scientifique sans pour autant être à la hauteur des attentes. Moins de 5 brevets d’invention d’universitaires sont déposés par an. Dans tout pays qui se respecte, la recherche scientifique représente le noyau du développement durable. En Algérie, on est encore loin de ce qu’on peut nommer «recherche scientifique». Dans cet entretien, la directrice de la recherche scientifique à l’université de Houari Boumediene de Bab Ezzouar, Habiba Drias, explique que l’Algérie a encore du chemin devant elle. Il est nécessaire, a-t-elle relevé, qu’elle mène un travail rigoureux pour ses projets.

Quel état des lieux faites-vous du secteur de la recherche scientifique en Algérie ?
Il y a lieu de préciser que le secteur de la recherche scientifique est composé de deux aspects. Le premier est celui de la recherche scientifique fondamentale. Il s’agit de tout ce qui a un rapport avec les publications. Le second est celui de la recherche et du développement. Cet aspect concerne les recherches qui relient les universités au secteur socioéconomique. Pour ce qui est du premier aspect, l’Algérie commence à être visible par ses recherches. Cependant, nous avons beaucoup de travail à faire dans le développement des recherches. L’Etat vient juste de commencer à investir dans ce domaine. Les conventions signées le 18 novembre passé, entre les universités et le ministère de l’industrie n’est que le début. Il est important de signaler qu’il existe des laboratoires qui innovent dans le secteur industriel, mais qui n’arrivent pas à trouver des partenaires économiques pour financer leurs projets.

Pour le développement du secteur de la recherche, les pouvoir publics ont déboursé des sommes énormes, qui n’ont pu apporter un plus au secteur. Peut-on parler d’un échec de la stratégie de l’Etat en la matière ?
C’est vrai que l’Algérie a déboursé des sommes colossales, mais il ne faut pas oublier que la recherche est la prise de risques. C’est pour cela qu’on ne peut pas dire que c’est un échec. Car avec toutes les productions qu’on a faites dans le secteur industriel, on peut dire que l’argent déboursé n’est pas considéré comme un fonds perdu.
La recherche scientifique est l’une des plus grandes priorités dans le développement d’un pays. L’Algérie est à ses débuts en matière de promotion de la recherche scientifique. C’est tout à fait normal qu’elle enregistre des pertes. Une fois l’expérience acquise, toutes ces failles disparaîtront. Il faut dire également que toutes ces dépenses ont permis à notre pays d’équiper ses laboratoires du meilleur matériel de recherche existant dans le monde.

Quelle est l’utilité des centaines de laboratoires ainsi que des pôles techniques qui ont été créés, à l’instar de Sidi Abdellah, qui jusqu’à présent n’ont rien apporté à la recherche scientifique ?
Le problème avec le projet de Sidi Abdellah, c’est le manque d’études du projet. L’Algérie s’est aventurée dans ce projet sans s’être bien informée sur notamment comment construire un pôle scientifique. Dans n’importe quel pôle technique, il est obligatoire d’assurer plusieurs aspects, notamment l’aspect scientifique, entreprise et loisirs. Si on compare le pôle de Sidi Abdellah avec les autres pôles du monde, on remarquera que plusieurs points ne correspondent pas. Par exemple, dans une ville scientifique en Europe, on trouve une université de recherche, plus des terrains de loisir juste à côté. Cette initiative permettra aux visiteurs de venir plus souvent à cet endroit. Alors qu’à Sidi Abdellah, elle a été envahie par le logement, ce n’est plus une ville scientifique.

Quelles solutions proposez-vous pour le développement de la recherche scientifique ?
Il faut avoir plus de rigueur dans ce domaine et donner plus de chances aux nouveaux chercheurs. Tous les chercheurs sont tenus de persévérer dans tous les projets qu’ils entreprennent. Mais aussi notre pays doit émerger et donner plus d’importance à l’élite scientifique.
Prenant pour exemple la Coré du Sud qui grâce à la grande importance accordée à la recherche scientifique, a pu émerger, créant les plus grandes entreprises du monde, à l’instar de Samsung. Ce domaine est vraiment riche et peut faire sortir le pays de sa crise actuelle. C’est pour cela qu’un travail de collaboration doit être entrepris entre le ministère et les laboratoires.

R. C.

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