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«Hadjira, La ferme Ameziane et au-delà…» de Claire Mauss-Copeaux: Témoignage poignant sur un pan de l’histoire coloniale en Algérie

Paru récemment aux éditions Média-Plus (Constantine) à l’occasion du 56e anniversaire de l’Indépendance, «Hadjira : La ferme Ameziane et au-delà…» de l’historienne Claire Mauss-Copeaux est un ouvrage poignant qui révèle encore un pan de torture sur la bouleversante histoire coloniale en Algérie.

L’auteur, connue notamment pour ses travaux sur les événements du 20 août 1955 et sur les appelés en Algérie durant la guerre de libération, n’était pas venue en Algérie pour écrire sur «la ferme Ameziane» car déjà engagée dans l’écriture de trois autres ouvrages sur l’Algérie. En effet, c’est alors qu’elle cherchait des journalistes pour l’aider dans sa documentation, que Claire Mauss Copeaux rencontre Hadjira, dont le mari El Hadi Benazouz, était journaliste. Ce dernier lui lança au court d’un repas que sa femme «était passée à la ferme Ameziane». Une phrase, un déclic, qui engagea alors l’auteur dans l’écriture de cet ouvrage bouleversant.
S’appuyant, donc, sur le témoignage de Hadjira, cette rescapée de la ferme Ameziane à Constantine, l’auteur revient dans son ouvrage sur l’histoire de cette ferme de l’horreur qui fut avec la villa Susini à Alger, l’un des plus importants centres de tortures aménagés par l’administration coloniale durant la guerre de libération nationale. Issue d’une famille favorisée et militante, activant pour l’indépendance du pays, Hadjira est alors une jeune algérienne de 21 ans lorsque au cours d’une nuit de printemps, elle fut raflée chez elle dans le quartier Saint-Jean par une unité de parachutistes, enfermée arbitrairement avec d’autres personnes, puis torturée dans la «ferme Ameziane». Dans le récit qu’offre Hadjira, il n’y a toutefois ni haine ni volonté de vengeance, mais simplement le souci de témoigner au plus près de la vérité et de résister. Hadjira qui dévoile cette part d’histoire qu’elle a subie, raconte dans le livre qu’elle «n’était jamais sûr de ressortir de cette ferme où intimidations des Bérets rouge commençaient au bout de trois ou quatre jours…mes tortionnaires m’ont fait visiter la grande salle de torture où les armes les plus abjectes étaient étalées…La plus infecte était la baignoire remplie d’eau et d’excréments…s’en ait suivi, ma première douloureuse séance de torture dans la ferme Ameziane. J’étais attachée par les poignets et les pieds contre un mur sur lequel était accroché une grande roue, de façon à ce que le courant électrique puisse atteindre tout mon corps…» Témoigne Hadjira dans le livre…

Un lieu, une douleur

S’étalant sur deux hectares, la ferme Ameziane qui est située à la périphérie du quartier Saint-Jean était à l’époque coloniale, un domaine agricole réputé pour ses productions et ses rendements (…). En 1958, la ferme avait été réquisitionnée et transformée par les «forces de l’ordre» coloniales en Centre de renseignement et d’action (CRA). Des militaires et des policiers y interrogeaient les suspects raflés dans la ville et dans la région… . Il est utile de souligner par ailleurs, que «le propriétaire actuel de la ferme, Benhamadi Abdellatif, dont le père y fut également torturé, souhaiterait céder cette ferme aux pouvoirs publics, pour en faire un site ou un musée et le faire classer comme patrimoine national ayant marqué un pan de la lutte de Constantine pendant la guerre de Libération». En outre, et pour revenir a ce récit plein de témoignages vivants et d’émotion, l’auteur offre ici un travail exceptionnel qui restitue une page douloureuse de la ville de Constantine durant la guerre de Libération nationale. Les souvenirs de Hadjira sont retranscris à l’identique. L’historienne Claire Mauss-Copeaux, a publié plusieurs ouvrages sur les mémoires des conflits ou elle y a croisé plusieurs récits puisés des archives, se basant sur des investigations menées sur les deux rives de la Méditerranée. Elle est notamment l’auteur de «La Source, Mémoires d’un massacre : Oudjehane 11 mai 1956» (Payot, 2013 et éditions Média-Plus, 2015) et «Algérie, 20 août 1955. Insurrection, répression, massacres» (Payot et Rivages, 2011 et Média-Plus, 2012). «Hadjira, la ferme Ameziane et au-delà» de Claire Mauss-Copeaux – Edition Média-Plus- 800 DA.

Sara B.

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