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Hors de prix, la dignité…

Alors que le calendrier s’accélère, qu’approche le long tunnel de l’hiver, le mois de novembre se fait un malin plaisir à rallonger les nuits, et raccourcir les jours. De quoi bouleverser les emplois du temps, et vous mettre la tête et le cœur à l’envers. C’est que les nuits, avec ou sans sommeil, portent conseil, parait-il…

Encore une quadrature de cercle qui ne répond pas à la question essentielle : à qui la faute, à quoi imputer la coupable négligence qui donne la honte, l’humiliation de ne pouvoir subvenir aux besoins des siens ! C’est bien simple, tout est hors de prix. Et on ne parle pas de la sempiternelle sarabande des fruits et légumes. Elle, on la danse été comme hiver, et bien malin qui saura saisir la météo de ce marché de dupes, auquel le simple salarié n’a toujours pas trouvé le bon tempo… Encore une quadrature du cercle, ce curieux mois où, en fait, tout se dérobe sous vos pieds. Ces pieds se font alors accusateurs, et attestent de nos origines modestes. La vie est devenue trop chère, et la hausse des prix est à tous les étages, marché couvert ou pas. Alors, que faire à ces mauvais coups portés au portefeuille, à l’insidieuse dégradation du pouvoir d’achat ? Chacun a sous ses yeux la perte de pied, avec le réel de sa modeste condition sociale. Le loyer à payer, les factures de gaz et d’électricité, et tous les travers à l’envers du train de vie normale font mal au moral, et pas que… Il convient de se munir d’une quantité colossale d’aspirine pour résister, ou du moins faire bonne figure. Et qu’annonce l’agenda de ce même mois ? Le barnum de la fête du Mawlid Ennabaoui. Ça va sûrement être la fête aux produits pyrotechniques, pourtant strictement interdits à l’importation, mais pas à la paix des ménages. Les enfants voudront leurs pétards et autres explosifs dangereux, les services de sécurité seront sur les charbons ardents sur les places publiques et au niveau des frontières du pays, et ce, sans compter les services d’urgence des hôpitaux qui seront submergés par des brûlures, des lésions aux mains, aux oreilles et aux yeux des enfants en bas âge et des adolescents. Et derrière cet aspect festif, des parents incapables de dire non à tout ce manège qui tourne autour de milliers de dinars partant en fumée, ainsi que des vies mises en danger..

Qu’importe, faut tout de même sauver la face et se dire que la prochaine paie effacera le supplice des angoisses et des fins de mois difficiles. Oui, ils sont comme ça les gens modestes. Ils évitent de rougir jusqu’aux oreilles, lorsque ils sont surpris en flagrant délit de désargentés. Leur dignité est hors de prix. Elle les empêche de pleurnicher ou de geindre. Faut avaler l’humiliation, faire semblant de n’y prêter aucune importance. Ce mauvais coup porté au porte-monnaie ne saurait entacher l’intégrité et la réputation du travailleur, ne tendant la main qu’à la sueur de son propre front. Et, de fil en aiguille, les souvenirs d’enfance remontent à la surface. C’était quand des propos moqueurs et des boutades vachardes de camarades de classe montaient, à propos d’un orteil dépassant malencontreusement de la chaussette trouée et visible sous la chaussure. Ça arrivait au cours d’une visite médicale, à l’école ou au collège. Il était trop tard, elle avait ridiculisé, cette socquette qui s’était faite gruyère. Mais ce ridicule, cette honte, cette humiliation, pour combien de temps ? Pas pour tout l’hiver, en tous cas…

M.N

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