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Il aura aimé la mer…

Écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, journaliste, essayiste et nouvelliste, Albert Camus aura laissé son empreinte. Le lire, le relire procure et procurera un immense plaisir. Non pas parce qu’il a vu le jour à Dréan (ex- Mondovi) près d’Annaba, mais parce qu’il se présente comme un hymne à la vie et à la nature ! Une nature que nous agressons, souvent, par nos comportements. Une vie que nous mésestimons, couramment, avant l’inéluctable rappel… Pour preuve, c’est dans un roman de jeunesse, intitulé «La mort heureuse», qu’il évoque un bonheur simple, celui d’un bain de mer. Dans un texte lyrique, le nageur est assailli par des sensations contraires qui l’émerveillent. A la chaleur du premier contact, s’oppose le «courant glacé» qui pénètre ses membres et cette sensation nous rappelle celle d’une tête plongée dans l’eau d’annaba ou d’Alger. La sensation visuelle est aussi mise en jeu, on voit «des gouttes d’argent envolées» soulevées par le nageur, on entend «un bruit d’eau clapotant», étrangement clair. La mer et le ciel semblent se rejoindre…
Le nageur prend conscience, dans cette union avec la mer, de son propre corps, il atteint une plénitude de sensations : l’homme perçoit ses mouvements avec une acuité nouvelle, il est conscient de sa force, il éprouve une sorte d’exaltation à sentir la cadence régulière de ses mouvements, il ne peut résister à l’envie d’aller toujours plus vite, il va jusqu’au bout de ses forces, jusqu’à se sentir «merveilleusement las». La joie, le bonheur naissent de la communion avec les éléments. Ce bonheur, cette plénitude permettent d’oublier tout, les contingences du monde, le passé. Ce bonheur devient même une sorte de mystique, une exaltation quasi religieuse. La sensation glaciale qu’éprouve le nageur s’opposant à la brûlure de la mer, on retrouve là les images traditionnelles associées au feu et à la glace, au plaisir et à la souffrance. La plénitude de l’instant se traduit aussi par des images à valeur symbolique, celles du semeur, du laboureur qui récolte une moisson de bonheurs…
Cette plongée dans la mer devient régénératrice, c’est une véritable renaissance. Cette communion de l’homme avec la nature lui permet de se libérer du poids de la vie, de ses soucis, de ses souvenirs, pour retrouver une authenticité. L’homme puise, dans la nature, une nouvelle force, le rajeunissement de tout son être, un espoir qui le régénère. Le nageur ressent aussi la tentation de l’inconnu, le besoin de plonger et de s’effacer dans un monde nouveau comme s’il souhaitait prolonger et éterniser un moment de bonheur. Cependant, cette tentation de s’abandonner à la mer est à peine esquissée et le bonheur, la joie du corps l’emportent sur tout le reste.
Le rire du nageur, à la fin du texte, associé aux dents qui claquent, montre aussi toute l’ambivalence de la vie humaine partagée entre rires et angoisses, entre tourments et bonheurs. Camus est bien l’écrivain de la Méditerranée, l’écrivain de l’humanisme, de l’humanité. Il évoque à la fois, la force et la fragilité de l’homme aimant la mer…
Nous faut-il lire et relire Camus pour nous rendre compte du bonheur à portée, que nous avons en Algérie ? Assurément oui ! Car, entres les tableaux noirs dépeints par les uns et les expertises grises des autres, on en oublie les plaisirs simples que nous procure une baignade rafraîchissante. Sans tabous ni ordre moral d’aucune sorte, nos plages sont ouvertes à ceux et celles qui aspirent à une vie toujours meilleure.
Elles permettent d’oublier tous les soucis, toutes les contingences d’une existence passée à trimer, souvent pour des clopinettes. Et on se prend à rêver de voir un jour, sur nos plages, des femmes et des hommes en couples souriants, allongés sur le sable, un livre à la main,…

M. N.

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