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Il avait dessiné Maqam Echahid: Bachir Yelles fête seul ses 97 ans

Il a consacré sa vie à l’art et à la formation des artistes. Les maquettes du monument Maqam Echahid, du palais de la culture Moufdi Zakaria et d’autres institutions ont été réalisées sous sa direction.

Il est l’un des pionniers des arts plastiques en Algérie. Pourtant, il fête aujourdh’ui ses 97 ans sans la présence ni du ministre de la culture ni d’aucune personnalité culturelle. Lui, c’est Bachir Yelles Chaouche. Bachir Yelles, qui vit actuellement à Constantine, fête aujourd’hui ses 97 ans et près de 80 ans dédiés aux arts plastiques.
Personne, ni le ministre de la culture, ni le directeur de l’école des Beaux-arts, ni aucune association n’a pensé à la célébration de l’anniversaire de cet artiste tombé dans l’oubli de son vivant.
«Si la Tour Eiffel est l’identifiant symbolique de la France, la Statue de la Liberté, celui des Etats-Unis, la Maison de l’opéra de Sydney celui de l’Australie, les pyramides celui de l’Égypte, la Porte de Brandebourg celui de l’Allemagne, Maqam Ech-chahid est l’identifiant symbolique de l’Algérie.Ce Maqam est l’œuvre de Maître Bachir Yelles Chaouch», a indiqué le politologue et professeur Bachir Rouabhia sur sa page facebook. Né à Tlemcen le 12 septembre 1921, Bachir Yelles, dès la fin de ses études secondaires, a rejoint Alger pour s’inscrire à l’école des Beaux-arts où il sera encadré durant quatre années (1943-1947) par les grands peintres (chez Andrée Du Pac et Louis Fernez).
La première est une célèbre orientaliste, et le second, un peintre connu pour avoir décoré l’assemblée nationale d’Alger, le foyer civique (siège de l’UGTA) et dessiné le timbre intitulé La Marianne  d’Alger.
Fernez avait également conçu et dessiné le mobilier du musée national des Beaux-arts d’Alger où une quinzaine de ses tableaux sont aujourd’hui exposés.
Il perce malgré la concurrence
Alors qu’il était encore élève à l’école des Beaux-arts d’Alger, Bachir Yelles participe à la première exposition de peintres et miniaturistes musulmans d’Algérie au Cercle Franco-Musulman d’Alger aux côtés notamment d’Ali-Khodja (neveu de Mohamed et Omar Racim), Abdelhalim Hemche, Mohamed Ranem et Mohamed Temmam.
En 1946, l’artiste commence à faire parler de lui, bien qu’Alger connusse de grands peintres dont Mustapha Bendebbagh, M’hamed Haminoumna, Mohamed Bouakkaz (Sfaxi) et Abderrahmane Sahouli en réalisant une miniature dédiée au savant Abdelhamid Benbadis. Ce tableau avait été reproduit à 5000 exemplaires en héliographie. L’original avait été acheté par l’association des Ulemas, ce qui prouve que les vrais hommes de religion n’ont jamais été contre la pratique de la peinture ni de la musique.L’année suivante, il expose dans sa ville natale Tlemcen et se voit décerner le prix d’honneur, prix des beaux-arts par le Gouverneur général de l’Algérie. Il décidera en 1947 de se perfectionner en allant passer trois ans à l’ école des beaux-arts de Paris.En 1950, il reviendra à Alger où il participe aux côtés de Baya et Orlando Pelayo aux illustrations du deuxième numéro de la revue Soleil de Jean Sénac.
Durant deux années, les services de l’artisanat profiteront de ses services dans l’atelier de dessin avant qu’il ne soit lauréat de deux bourses dont la seconde le mènera à Madrid où il approfondira ses connaissances dans l’art hispano-mauresque à la Casa de Velázquez.

Il mérite un grand hommage

De 1953 à 1958, Yelles se retrouvera de nouveau dans le monde de l’artisanat à Aflou.
Il profitera de ce séjour pour écrire une monographie sur les bijoux du Djebel Amour dont il a calligraphié le texte et dessiné les illustrations. Bachir Yelles et ses enfants garderaient toujours le manuscrit qui n’a jamais été publié. Durant l’époque coloniale, Yelles avait déjà participé à de nombreuses expositions et obtenu des prix. Au lendemain de l’indépendance, il fut désigné premier directeur de l’école nationale des Beaux-Arts d’Alger. En 1963, il sera membre fondateur de l’union nationale des peintres algériens ( UNAP) dont il sera le premier président.
Il participera par la suite à toutes les grandes expositions et interviendra à la réalisation plastique du plan architectural de la mosquée Emir Abdelkader de Constantine. Il a également dessiné plusieurs timbres. Sa carrière est très riche. Plusieurs hommages lui ont été rendus notamment par l’UNAC, l’école des Beaux-arts d’Alger entre 2007 et 2014. Ce grand artiste et professeur mérite bien un hommage à sa hauteur. On aurait dû l’organiser à l’occasion de son 97e anniversaire qu’il fête seul aujourd’hui. Au fait, Bachir Yelles a-t-il reçu la médaille du mérite que décerne le président de la République ?

Bari Stambouli

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