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il est le plus grand compositeur algérien: Mohamed Iguerbouchene n’a pas encore eu l’hommage qu’il mérite

Nous ayant quitté, le 21 août 1966, alors qu’il n’avait que 59 ans, le plus grrand compositeur algérien et l’un des meilleurs du monde à son époque Mohamed Iguerbouchen n’a pas encore eu un hommage à la hauteur de l’homme et de l’artiste qu’il était.

A ce jour, ni un opéra, ni une grande salle de spectacle ne porte le nom de Mohamed Iguerbouche.  Pourtant, l’homme étaient non seulement un très compositeur, chef d’orchestre et musicien mais aussi un nationaliste ce que beaucoup d’algériens ne savent pas car l’homme qui était trop occupé par la création artistique était d’une grand modestie.
L’histoire de sa vie est tellement riche que tous ceux qui s’y sont intéressés ne sont pas encore arrivés à l’écrire.
Mis à part Mohamed Ounougnene qui lui a consacré un ouvrage et quelques articles de journaux , très peu de choses ont été faites en hommage à ce très grand artiste.
L’œuvre de Mohamed Iguerbouchen est tellement riche qu’à ce jour, beaucoup d’enregistrements n’ont pas encore été édités. Durant sa vie notamment après son retour en Algérie, l’artiste était occupé à composer et la plupart de ses enregistrements ont été perdus ou volés.
Né le 19 novembre 1907 à Aït Ouchen, Mohamed Iguerbouchene est arrivé à la Casbah d’Alger alors qu’il était tout petit.
Le voyage de Kabylie vers Alger n’était qu’un premier bond dans la vie du petit génie qui allait voyager à travers plusieurs pays et devenir l’un plus grands compositeurs du 20e siècle.
Reconnu comme un grand compositeur et chef d’orchestre en Europe, Mohamed Iguerbouchene qui avait composé des musiques de films tournés en Algérie, en Europe et à Hollywood avait préféré passer ses dernières années à Alger afin de savourer la joie de l’indépendance et offrir son savoir aux Algériens.
Au fait, comme il l’a affirmé lui-même à Cheikh Mohamed Stambouli ( mon père), c’est Ferhat Abbas qui lui avait demandé de rentrer en Algérie pour servir la révolution. Dans son témoignage, Stambouli raconte qu’alors qu’il était recherché, il avait passé plus de deux mois dans la villa de son ami Iguerbouchene dans sa villa du Beau Fraisier à Bouzareah à Alger avant qu’il ne lui déclare ” ça y’est Mahboub, ton probleme est reglé tu peux désormais sortir “. Il f ut noter que durant cette période les deux artistes ne sont pas restés les bras croisés puisqu’ils ont écrit et composé des dizaines de chansons ainsi qu’une operette. Donc, Iguerbouchene qui était professeur à l’école normale d’instituteurs de Bouzareah et chef d’orchestre à la RTA utilisait ses connaissances pour servir la révolution. Il est souhaitable que d’autres personnes témoignent pour que l’on connaisse ce côté nationaliste de l’ artiste.

La prédiction de cheikh El Mahdjoub

Alors qu’il était tout petit, ses parents, qui avaient peur pour lui à cause peut-être du mauvais œil, l’ont emmené à Médéa chez le wali cheikh El Mahdjoub (grand-père, à la fois, de Mahboub Bati et de Mahboub Stambouli).
Le saint homme qui était connu pour ses prédictions déclara à la vue du bel enfant qu'”il voyagera et sera un homme de valeur”.
Le long itinéraire d’Iguerbouchene montrera qu’El Mahdjoub avait vu juste. Alors qu’il n’a que 12 ans, l’enfant commence sérieusement à apprendre la musique en prenant des cours de solfège et de piano.
Le petit rouquin qui plaisait à tout le monde a attiré l’attention d’un comte et commandant écossais nommé Fraser Ross qui demanda à son père de le lui confier. Après des hésitations, l’enfant fut pris en charge par le comte écossais qui l’emmena avec lui en Angleterre.

Le génie reconnu

Mohamed Iguerbouchene s’inscrit au Norton College puis au conservatoire de l’Académie royale de Londres dans la classe du professeur Levingston. La mémoire, le don et l’amour pour la musique du jeune Mohamed Iguerbouchene ne tarderont pas à donner des résultats.
Cela se passait au début des années vingt. En 1924, le jeune ira à Vienne pour suivre les cours d’harmonie chez le professeur Alfred Grunfeld. Lors de son examen en public, Iguerbouchene est appelé à diriger un orchestre de 80 musiciens.
A la fin du concert, le président du jury lui demande s’il n’a pas remarqué une anomalie et le jeune prodige algérien répondit sous les applaudissements : “Le 4e fil du violon du musicien de la 3e rangée est légèrement désaccordé.”
Le génie d’Iguerbouchene allait le mener à diriger les plus grands orchestres de l’époque.
Le 11 juin 1925, il donne un concert à Bregenz sur le lac de Constance en Autriche, alors que son âge ne dépassait pas 18 ans.
Il y présente deux de ses compositions, la Rhapsodie arabe No 7 et la Rhapsodie kabyle No 9.
En 1928, il présente les Rhapsodies 3, 4, et 5 devant le public de Londres. La même année, venu en Algérie pour assister aux obsèques de ses parents, on lui propose de composer la musique du film Aziza et L’homme bleu tourné au Sahara.
Il collaborera pendant plusieurs années avec la radio anglaise BBC puis l’ORTF où il est appelé à animer une émission hebdomadaire intitulée “Les trésors de la musique”.
En 1937, il coécrit avec Vincent Scotto la musique du film Pépé le Moko de Duvivier avec comme acteur principal Jean Gabin, puis compose la musique de Kaddour à Paris d’André Sarouy.
Il réalisera par la suite une série de concertos, rhapsodies et musiques de chansons. C’est également en 1937 qu’il est admis comme membre de la société des auteurs compositeurs, et c’est lui qui conseillera le chanteur Mohamed Abdelwahab d’y adhérer.

Culture générale

C’est dans cette maison qu’il invitait chaque semaine des personnalités et des universitaires. Les invités d’Iguerbouchene lui posaient des questions de culture générale et il se faisait un plaisir à répondre à toutes leurs questions. A cette époque et jusqu’à la fin de sa vie (le 21 août 1966), il a produit et présenté des émissions radiophoniques dont l’objectif était la vulgarisation de la musique arabe et berbère dans toutes ses diversités.
Il a composé des centaines de musiques pour les chanteurs de l’époque tels que Salim H’lali, Badreddine Bouroubi, Slimane Azem et Bob Azzam. Il a composé les musiques de fond de l’émission “Rachda ouel gouala” de Mahboub Stambouli. Une cinquantaine de chansons, deux opérettes et deux émissions radiophoniques écrites par cet auteur ont été également composées par Iguerbouchene.
Il est à signaler qu’une bonne partie des compositions musicales de Mohamed Iguerbouchene a été plagiée par nos musiciens, et on oublie souvent de le citer lors de la présentation des chansons qu’il a composées. En parallèle à son travail à la RTA, le grand pianiste et compositeur était professeur de musique à l’école normale d’instituteurs de Bouzaréah.

Des lapins dans son bureau

Mohamed Iguerbouchene, dont la plupart de l’œuvre se trouve en Europe notamment en France et en Angleterre, a beaucoup souffert de la jalousie et l’ignorance de son entourage. Un de nos musiciens disait de lui qu'”il n’avait pas des mains de pianiste”. Ce musicien passé par l’école de la routine se croyait plus fort que tous les chefs d’orchestre et critiques d’Europe qui avaient salué le grand talent de celui qu’on avait surnommé Igor. Dans les années 1970, Mahboub Stambouli, qui est allé revoir la maison et le bureau de travail style Louis XVI d’Iguerbouchene à Bouzaréah, est revenu les larmes aux yeux : on y élevait des lapins !

Bari Stambouli

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