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Il est réelu au premier tour et ses prérogatives renforcées: Erdogan, le nouveau sultan

La réélection d’Erdogan, dimanche, fait de lui un hyperprésident, avec des prérogatives renforcées par la Constitution.

Erdogan, réélu dimanche, est, désormais, un président bénéficiant de davantage de prérogatives. Au pouvoir depuis quinze ans, d’abord comme premier ministre, puis comme président, Erdogan, réélu au premier tour, est, pour une majorité de Turcs, le reis, le chef, et nombre d’entre eux approuvent sa dérive autoritaire. Depuis 2002, son parti a gagné toutes les élections, sauf les législatives de juin 2015. D’où son hubris, convaincu qu’il est d’avoir été désigné par Dieu pour remettre la Turquie dans la voie de l’islam et lui rendre sa grandeur passée. Erdogan joue du nationalisme d’une bonne partie de la population comme de ses nostalgies de grandeur ottomane. Pendant des années, M. Erdogan a représenté à l’extérieur du pays un gage de stabilité. Mais ses volte-face, ses brouilles avec l’Europe et sa fuite en avant dans la répression depuis le coup d’Etat raté de juillet 2016 ne cessent d’inquiéter. La grogne sociale l’a incité à appeler les Turcs aux urnes un an avant la date prévue. Cet obstacle franchi, M. Erdogan devient un hyperprésident concentrant la totalité du pouvoir exécutif. Ce renforcement du régime autocratique constitue un nouveau défi. Le renforcement des prérogatives du président turc, applicables dès 2019, bénéficie désormais à Erdogan. Le président turc, confronté à la colère populaire, a initié les élections présidentielle et législatives anticipées pour bénéficier du renforcement des prérogatives dès 2018. Erdogan est un nouveau sultan qui va guider la nation vers sa grandeur retrouvée, dans une nouvelle forme de l’Empire ottoman. Les élites kémalistes ont, selon lui, détruit la Turquie musulmane, l’ont acculturée en faisant un calque de l’Occident. Retrouver sa grandeur avec une Turquie islamiste, orientale, leader du monde musulman. La réelection d’Erdogan n’est pas applaudie par tous. En parallèle au dépouillement du scrutin présidentiel turc remporté par Recep Tayyip Erdogan, des échauffourées ont éclaté en France, dans la commune de Mantes-la-Jolie, entre partisans et opposants du président réélu. Aucun blessé n’est à déplorer. Une cinquantaine de ressortissants turcs se sont affrontés dans le quartier du Val Fourré à Mantes-la-Jolie, selon le journal Le Parisien. Les heurts ont eu lieu pendant la soirée électorale turque, à l’issue de laquelle Recep Tayyip Erdogan a été réélu président dès le premier tour. Témoins de la scène, des habitants du quartier ont rapporté au quotidien de la capitale que certains individus étaient armés de sabres et de bâtons. Pourtant, les échauffourées n’ont engendré ni blessé ni interpellation, l’arrivée des forces de l’ordre ayant rapidement permis de disperser les personnes rassemblées, selon l’AFP. Erdogan est, aujourd’hui, un président aux prérogatives renforcées. Pour la politique internationale, nombre de pays sont peu enthousiastes. Le président turc, Erdogan, combat les kurdes en Irak qui ont dénoncé l’ingérence de la Turquie. Les troupes de la Turquie ont été envoyées en Irak, pour combattre les kurdes, et n’ont pas obtenu l’accord de ce pays. La Turquie occupe Menbij. Une politique hostile que le président Erdogan mène dans la région. La réélection d’Erdogan peut lancer la perspective de la continuité de la guerre contre les kurdes que mène la Turquie.

Muharrem ince reconnaît sa défaite

Le principal rival du président turc Recep Tayyip Erdogan aux élections en Turquie, Muharrem Ince, a annoncé lundi 25 juin accepter sa défaite, lors d’une conférence de presse à Ankara, appelant M. Erdogan à être «le président de 81 millions de Turcs». «Monsieur Erdogan, arrêtez désormais de vous comporter comme le secrétaire général de l’AKP, le parti au pouvoir. Soyez le président de 81 millions de Turcs». Ince, un député pugnace qui a porté les couleurs du Parti républicain du peuple (CHP), le principal parti d’opposition, à la présidentielle, s’était imposé comme le principal rival de M. Erdogan. Selon l’agence étatique Anatolie, il a récolté près de 31% des voix, loin derrière le président sortant, qui l’a emporté dès le premier tour. Il dénonce l’application d’une réforme constitutionnelle voulue par Erdogan qui renforce considérablement les pouvoirs du président. Il a par ailleurs estimé qu’il aurait pu pousser M. Erdogan à un second tour «si les autres candidats de l’opposition avaient recueilli plus de voix». Après avoir remporté les élections législatives et présidentielle, M. Erdogan s’est offert, dans les premières heures de lundi, un symbolique discours de victoire depuis le balcon du siège de son parti, l’AKP, à Ankara. «La Turquie a donné une leçon de démocratie au monde», a-t-il clamé devant plusieurs milliers de partisans qui agitaient des drapeaux et scandaient son nom.
M. Erdogan, qui règne sur la Turquie depuis 2003, d’abord comme premier ministre puis, à partir de 2014, comme président, s’est imposé comme le dirigeant turc le plus populaire, mais aussi le plus polarisateur de ces dernières décennies. Les observateurs ont souligné des conditions très inéquitables avec notamment une couverture médiatique largement favorable au président turc. «Cette élection a été injuste», a déploré M. Ince. Les opposants, qui avaient mobilisé une armée d’observateurs pour surveiller les urnes, ont dénoncé des irrégularités, notamment dans la province de Sanliurfa.

Les réactions internationales

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg a félicité le 25 juin le président turc Recep Tayyip Erdogan pour sa réélection, tout en rappelant les «valeurs fondamentales» sur lesquelles l’Alliance a été fondée : démocratie et Etat de droit. «Je vais féliciter le président Erdogan pour sa réélection en tant que président. Je félicite aussi le peuple turc pour la participation élevée aux élections», a déclaré le Norvégien à son arrivée à une réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense à Luxembourg. La Turquie est en outre un membre important au sein de l’Alliance atlantique de par sa situation stratégique sur son flanc Sud et sa proximité géographique avec la Russie, et joue un rôle clé dans le combat contre Daech. Le président russe Vladimir Poutine a salué le succès du président turc et a appelé à un renforcement des liens entre Moscou et Ankara au cours d’un appel téléphonique. Dans un télégramme de félicitations, il a souligné que «les résultats de l’élection [attestaient] pleinement de la grande autorité politique de Recep Tayyip Erdogan». Un communiqué du Kremlin a fait savoir que la réélection du président turc dès le premier tour témoignait «du large soutien accordé au cap fixé sous sa direction sur les questions sociales et économiques à laquelle la Turquie est confrontée, et au renforcement de la position du pays en termes de politique étrangère». Le rapprochement entre Moscou et Ankara est manifeste. Les deux pays se sont liés par un contrat d’achat de missiles de défense aérienne russes par la Turquie en septembre 2017. La Commission européenne a ainsi fait savoir qu’elle attendait l’évaluation finale de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sur la tenue des élections. «Nous espérons que sous la direction du président Erdogan la Turquie restera un partenaire engagé avec l’Europe sur des sujets majeurs d’intérêt commun, comme la migration, la sécurité, la stabilité de la région et la bataille contre le terrorisme», a déclaré le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, sans plus de commentaires. Seuls les Premiers ministres hongrois et bulgare ont été prompts à livrer leurs commentaires. Viktor Orban a ainsi écrit, dans une lettre au président fraîchement réélu, que «la stabilité de la Turquie [était] une bonne nouvelle pour l’ensemble de l’Europe». «Notre continent est confronté à de sérieux problèmes de sécurité et il est essentiel de les surmonter par une coopération prévisible et efficace avec la Turquie», a-t-il poursuivi. De son côté, le Premier ministre bulgare Boïko Borissov a téléphoné à Recep Tayyip Erdogan et a dit souhaiter travailler avec le président turc.

Mounir Abi

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