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Il y a 75 ans, Rachid Ksentini.. Le plus grand comique algérien

On n’a pas eu l’occasion d’assister à l’un de ses spectacles car il est parti il y a exactement 75 ans, mais on garde jalousement les disques 75 tours que nous ont laissés nos parents et qu’on réécoute pour se distraire et prendre des leçons.

Décédé le 4 juillet 1944, Rachid Ksentini, le pionnier du théâtre comique, reste inégalable, 75 ans après sa disparition. L’Algérie a connu de très grands comédiens notamment Hassan Hassani, Badreddine Bouroubi, Tayeb Abou El Hassan, Rouiched, Kaci Ksentini, Mohamed Touri et Sid Ali Fernandel. Il y’a eu aussi Hadj Abderrahmane (l’Inspecteur Tahar) et son compagnon Yahia Benmebrouk (l’apprenti), Othmane Ariouet qui est toujours parmi nous mais ne se produit plus pour plusieurs raisons et d’autres mais Rachid Ksentini est irremplaçable. Cet artiste complet était comédien, parolier, musicien et chanteur. Il était surnommé tantôt le Molière algérien, tantôt le Charlot algérien et il mérite bien les deux titres puisqu’il écrivait souvent les textes des sketchs qu’il jouait lui même. Comme Chaplin qui aurait pu être un Mozart s’ il s’était consacré uniquement à la musique, Ksentini composait les musiques de ses chansons, les arrangeait et jouait de plusieurs instruments dont le banjo. Comme Charlot, Ksentini pouvait jouer tous les rôles (dramatiques ou comiques. Rachid Ksentini est né le 11 novembre 1887 à Bouzaréah, ce village perché sur les hauteurs d’Alger qui a été le berceau ou le site choisi par de très grands poètes, musiciens et comédiens tels que le maître de la chanson chaâbi Cheikh Nador, le plus grand des compositeurs Mohamed Iguerbouchene et le grand comédien et acteur Hassan El Hassani ( Boubegra).
4 ans dans un cirque américain
De son vrai nom Bir Lakhdar, Rachid Ksentini qui était, des son jeune âge doué pour le rire, a quitté tôt l’école pour apprendre le métier d’ébéniste. Il quitte ce métier pour devenir marin pour une longue période. Durant ses longs voyages à travers le monde, il fera partie d’un cirque américain pendant 4 ans en qualité de clown et voyager à travers plusieurs pays. Il aura même l’occasion de vivre parmi les esquimaux. En 1925, il retourne à Alger et sa rencontre avec Allalou (Ali Sellali) qui venait de créer la Zahia troupe changera sa vie. Il montera sur les planches, aux côtés de Allalou, Dahmoune et Mahieddine Bachtarzi. Au sein de la Zahia troupe fondée par Ali Sellali dit Allalou, il joue le rôle principal dans Djeha, la première pièce en arabe dialectal de l’histoire du théâtre en Algérie. La première présentation de cette pièce a eu lieu le 26 avril 1926 à la salle Le Kursaal qui se trouvait entre la place des martyrs et Bab El Oued). Il faut rappeler qu’auparavant, on jouait les pièces en arabe classique. Ksentini joue également dans Zouadj Bouâaqline et dans d’autres pièces. En 1928, Allalou enregistre chez Columbia un duo avec Dahmoune. Sur le microsillon 78 tours, on peut écouter l’histoire de Seyyad Esbâ. Rachid Ksentini deviendra très vite une star. Il se fera donc des amis et des ennemis. Certains concurrents jaloux iront jusqu’ à payer des spectateurs pour le chahuter. A l’un de ces spectateurs qui lui avait lancé «Faqou», Rachid avait répondu : «Elli faqou Rahou ! (Ceux qui se sont éveillés sont partis)». Un autre jour, alors qu’on lui jetait sur la scène des tomates et des légumes, il sort dans les coulisses et revient avec un couffin, ramasse le tout et dira à ses détracteurs : «Moi, j’ai gagné ma journée. Et si vous étiez intelligents, vous n’auriez pas payé 20 centimes pour venir me voir !»
Mésaventure à Paris
Rachid Ksentini a fait partie de la troupe de Mahieddine Bachtarzi qu’il quittera définitivement après une tournée à Paris. En effet, après avoir été écrasé par une voiture, il fut délaissé par les membres de la troupe qui le croyaient mort. Hospitalisé, il ressortira après six mois. Après une période difficile à Paris, un propriétaire de café algérien lui payera son billet de bateau pour retourner à Alger. Alors que la troupe de Mahieddine était sur scène durant le ramadhan, Rachid qu’on croyait mort, fit son apparition. On lui demandera de monter sur scène. Il acceptera en exigeant un banjo. Ce soir, il ne jouera aucun de ses sketchs mais chantera en s’accompagnant au banjo. A travers cette chanson, il racontera sa mésaventure de Paris tout en dénonçant ceux qui l’ont abandonné et décidera de quitter définitivement la troupe de Mahieddine. Par la suite, il continuera de se produire et enregistrer des disques avec sa compagne Marie Soussan.
Maître de l’improvisation
Rachid Ksentini qui aimait vivre à l’américaine, a agi un jour à la manière des cow-boys. En effet, le jour où le père de sa première femme (sa cousine) était venu en son absence prendre sa fille, Rachid prit deux revolvers et alla à dos de cheval reprendre sa femme. Rachid Ksentini a été sûrement le comédien le plus doué pour l’improvisation. Il était capable de monter sur scène sans avoir préparé aucun texte auparavant. Si cela est contraire aux règles du théâtre, il faut noter que beaucoup de ses pièces, chansons sont écrites dans les règles de l’art car pouvant être rejouées. Ce sont surtout les sujets sociaux qui font la force de Ksentini. La plupart de ses chansons sont toujours d’actualité notamment Dengou Dengou qui décrit les jeunes filles qui allaient nager sur les plages d’Alger, notamment à Padovani et «C’est le chômage» écrite au temps de la grande misère. Rachid Ksentini est parmi ceux qui ont joué un grand rôle contre la montée de certains fléaux tels que l’alcoolisme et le charlatanisme. Avec la pièce Faqou, il aurait eu plus d’effet contre les charlatans que les discours des imams de l’époque qui avaient pourtant lancé une campagne sérieuse, notamment par le biais de l’association des Ulémas. Rachid Ksentini restera le précurseur du rire sur scène et son école verra la naissance de grands comédiens, notamment Mohamed Touri, Sid Ali Houat dit Fernandel, Rouiched et bien d’autres.
L’humour à toute heure
Ksentini qui était largement en avance sur son temps était une star et son humour, aussi bien sur scène que dans la vie est légendaire. Une fois, alors qu’ il plaisantait avec le grand Cadi d’Alger et à la menace de ce dernier qui lui avait déclaré «Attention, mon bras est long» (j’ai des connaissances au pouvoir), Rachid Ksentini avait répondu : «Ah bon, l’ égoût de ma maison est bouché, alors viens le nettoyer !»… Si Ksentini, était Américain ou Européen, il aurait été aussi célèbre que Chaplin et Molière.
Il est regrettable qu’aucune salle de théâtre ne porte son nom. Mis à part la 5e édition du festival du théâtre comique de Médéa qui lui a été dédiée, il n’y a pas eu d’hommage à la grandeur de l’artiste. Même les présidents d’APC de Bouzareah où il est né n’ont jamais pensé à lui rendre hommage. Dommage.
Bari Stambouli

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