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ils cherchent un boulot stable pour arrondir les fins de mois: La deuxième «vie» des retraités

«Le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin» Voltaire (Candide)

Plus de la moitié des trois millions de retraités reconnus par la Caisse a rempilé avec le monde du travail. Ce chiffre, étant bien évidemment de source officieuse, renseigne toutefois sur cette catégorie de «vieux-jeunes ou de jeunes-retraités, selon l’idée du verre à moitié plein ou à moitié vide, ayant renoué avec les anciennes habitudes, celles d’être debout au lever de soleil pour rejoindre son boulot. Une pratique rare dans le temps où le mot retraite rimait avec «le repos du guerrier». Autres temps, autres mœurs, on voit de plus en plus de retraités en quête de job. Pouvoir d’achat au plus bas que jamais, d’un côté, changement dans le mode de vie des Algériens exigeant plus de confort, d’un autre, la pension de retraite ne suffit plus pour finir son mois. Recourir à d’autres moyens pour améliorer ses conditions est un casse-tête quotidien. Pour illustrer cette situation, mon voisin a attiré mon attention sur l’absence depuis quelque temps d’un petit groupe de retraités qui avait «squatté» un petit espace du quartier pour papoter tous les jours jusqu’à midi. Le quatuor de vieux aurait, selon le voisin, trouvé chacun une occupation lucrative. Coursier, aide dans une supérette ou encore gardien de crèche, ils ont tous été casés. «Avec une pension de retraite ne suffisant même pas à tenir quinze jours, ces vieux d’à peine soixante ans auront désormais de quoi joindre les deux bouts», conclut l’interlocuteur non sans ajouter cette remarque : «dans le temps quand on partait en retraite, on avait un pied dans la tombe, aujourd’hui avec le taux de longévité à 76 ans des milliers de retraités se sentent encore aptes à travailler.

Je suis zélé

Abdelaziz, un résident de Bir Mourad Rais a pris une retraite anticipée, il y a cinq ans. Après avoir travaillé comme serrurier- soudeur à l’Opgi durant près de trente ans, il a décidé de faire valoir ses droits à la complémentaire et partir à 50 ans. Mais il a vite fini de constater que sa pension de 30.000 DA n’arrivait pas à répondre aux besoins de sa famille.
«Heureusement, observe-t-il, que j’ai bénéficié d’une prime de départ à la retraite qui m’a permis d’acheter une voiture. Aujourd’hui c’est mon outil de travail en tant que chauffeur de taxi clandestin. Je ne gagne pas des masses mais c’est assez pour combler pas mal de besoins. Deux ou trois clients par jour cela m’aide à améliorer mes conditions, en plus je me sens encore apte à travailler». Pour ammi Ali, 62 ans, il y avait urgence à trouver un job. Le bonhomme qui n’a cotisé qu’une vingtaine d’années s’est retrouvé à l’âge légal de départ à la retraite avec 15.000 DA. Il était chauffeur-livreur de bouteilles d’oxygène dans le secteur de la santé. «Je n’avais pas d’alternative que de dégoter un boulot. La chance m’a souri après avoir été sollicité par un industriel qui avait besoin d’un coursier pour sa famille. Je prends soin du véhicule mis à ma disposition et je travaille pratiquement toute la journée. J’avoue que j’y mets du zèle. Néanmoins cela me permet d’être un peu plus à l’aise financièrement mais en plus de rompre avec la monotonie», dira le sexagénaire. Sa dernière réflexion montre, on ne peut plus clair, l’ennui quotidien du retraité algérien et ce faute de lieux réservés aux gens du troisième âge. Ces derniers n’ont généralement que les cafés ou les trottoirs. Rarement un banc public digne de ce nom. Parler de square ou de parc est, dans beaucoup de quartiers, une vue de l’esprit. Après plus de trente ans de travail souvent pénible, le vieux est recyclé dans les courses quotidiennes. Son temps, il le passe entre faire les emplettes, surveiller ses petits enfants ou dans le meilleur des cas refaire le monde avec ses congénères au coin de la rue.

22, porte-bonheur et déception

Il est 7h de ce matin glacial de janvier. La placette de Bir Mourad Rais où se trouve l’agence d’Algérie-Poste est pleine de monde. Surtout des vieux. Cela se comprend c’est le 22 du mois sonnant le jour de paiement des pensions de retraite. A une heure de l’ouverture, l’entrée de l’agence n’est presque pas visible. Pourtant il y a sept guichets, tous affectés à cette opération. «Le 22 c’est toujours ainsi», dira un vieux appuyé sur sa canne, ajoutant que «c’est un jour porte-bonheur attendu comme le père Noël avec ses petits cadeaux. La joie de palper quelques billets, se faire un petit plaisir personnel, rentrer à la maison avec des présents et être reçu en conséquence contrairement aux autres jours où les mains sont vides et l’accueil tiède». Malheureusement, renchérit un autre vieux, c’est également la déception de savoir que la maigre pension va en peu de jours se rétrécir comme une peau de chagrin. Beaucoup de retraités mènent en effet une vie de misère. Ils sont sur le carreau avant d’entamer la deuxième quinzaine. Ne reste alors que l’ardoise pour terminer le mois mais c’est loin d’être une solution quand on est coincé dans pareil engrenage.

La chance d’être enseignant…

Si Mustapha est connu dans le secteur de Bir Mourad Rais pour avoir été un intraitable directeur de CEM, métier qu’il a exercé avec fierté après avoir enseigné durant de longues années la langue de Molière. A 70 ans, il se sent en forme pour reprendre du service. «J’ai reçu pas mal d’offres, confie l’ancien directeur, y compris de la part de missions diplomatiques qui veulent parfaire leur français ou encore l’appendre à leurs enfants. Mais je préfère la discrétion, me contentant de recevoir chez moi trois lycéens à raison de deux fois par semaine. Leurs familles sont généreuses, ce qui me permet de mon côté d’aider mes enfants mariés». Notre interlocuteur se montre cependant dépité de voir que beaucoup de retraités n’ont, comme lui, cette chance de trouver une source de revenu aussi providentielle. «Dernièrement, dit-il, un ami m’a sollicité pour intervenir auprès d’un industriel. L’ami ne fait pas la fine bouche et accepte toute offre pouvant lui garantir une rentrée d’argent». Selon lui, son pote héberge un de ses fils marié et sans emploi. «En somme mon ami a deux familles à charge, la sienne et celle de son rejeton», dira l’enseignant avec un hochement de tête dévoilant sa désolation. L’on saura dans ce sens que son ami a trimé pendant près de quarante ans pour finir avec une minable retraite. Vraisemblablement il a vécu plusieurs années de petits boulots sans cotiser et sans réussir à mettre le moindre rond de côté. Si jeunesse savait…
Cette catégorie représente, il faut le dire, un pourcentage non négligeable de retraités. Des vieux ayant pénétré la vie active dès leur tendre jeunesse pour se retrouver à la fin de leurs jours tout juste s’ils ne font pas la manche. Ammi Lakhdar en fait partie. Ce septuagénaire qui n’a cotisé pour ses vieux jours que quinze ans, perçoit 12.000 DA. Même pas le Smig. Il n’est pas instruit et ne peut faire que des petits boulots pas trop faciles pour son âge. Père de deux enfants dont l’un est atteint d’une déficience mentale et l’autre encore au lycée, ce septuagénaire est en train de manger sa soupe avec un couteau. «Nous travaillerons pour les autres jusqu’à notre vieillesse et quand notre heure viendra nous mourrons sans murmures et nous dirons dans l’autre monde que nous avons souffert, que nous avons pleuré, que nous avons vécu de longues années d’amertume et Dieu aura pitié de nous». Anton Tchekhov.

A. F.

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