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Ils ont bravé toutes les difficultés.. Sacrés marcheurs du troisième âge !

Fait frappant de ces marches organisées le jour du Seigneur, la présence des personnes âgées, du troisième âge, dont le poids des ans ne semble pas un handicap pour qu’ils disent leur mot.

Les conflits de générations ont de tout temps existé. Sauf pour la bonne cause où jeunes et vieux se côtoient, se soutiennent et scandent les mêmes slogans d’un ras-le-bol face à une bande d’indésirables. Les manifestations pacifiques rejetant le 5e mandat de Bouteflika et de là l’instauration d’une période de transition ont réuni pour le troisième vendredi consécutif, cheveux noirs et cheveux gris. Des citoyens ayant pour point commun seulement la rupture avec un système obsolète, dépassé, au bout du rouleau mais refusant d’abdiquer devant une réalité criante. Vox Populi, Vox Dei.
Fait frappant de ces marches organisées le jour du Seigneur, la présence des personnes âgées, du troisième âge, dont le poids des ans ne semble pas un handicap pour qu’ils disent leur mot. Comme quoi le défi lancé par le système à maintenir au sommet de l’Etat un homme grabataire a fait sortir de ses gonds la grande majorité du peuple. Les vieux ont donc réagi en prenant place au milieu des déferlantes humaines, eux qui d’habitude s’accordent une bonne méridienne après «Salat El Djoumouaâ» (la prière du vendredi).
En ce troisième vendredi, la rue a encore fait le plein. Plus que les deux précédentes. Les artères de la capitale sont pratiquement bouchées par le nombre impressionnant de manifestants. Véritables marées humaines. Et les vieux ne sont pas en reste en répondant présent à l’appel, à l’exemple de Ammi Idir qui, juste avoir pris, comme il le dit, quelques cuillerées de «mesfouf» et une tasse de «leben» (couscous aux petits pois accompagné de petit lait, repas très apprécié des Algériens en cette période de printemps) a vite rejoint la compagnie au niveau de la rue Ferhat Boussaâd (ex-Meissonnier), quartier où il habite. On a du mal à s’entendre avec toutes sortes de bruits mêlés aux cris des manifestants scandant des slogans hostiles au pouvoir. Le vieil homme scrute, les yeux mi-fermés pour mieux voir, un groupe de jeunes dans le feu de l’action. Il lève sa canne tout en criant «Vive la liberté» en signe de soutien et de satisfaction. «Cette scène me rappelle le 11 décembre 1960, à part que Dieu merci, les policiers sont aujourd’hui nos enfants, nos protecteurs. Ils sont issus de ce peuple magique, étonnant par ses sorties mais toujours uni lors des grands moments de son histoire. Je suis fier de voir cette jeunesse manifester pacifiquement contre un système pratiquant la fuite en avant, occultant du coup une réalité désormais bien installée. Une évidence résultant d’une politique menée aveuglément par un pouvoir persistant depuis des années à n’œuvrer que dans son intérêt», dira El hadj Idir dont nous saurons qu’il a été directeur de collège durant plus de trente ans. A 84 ans, il a tenu à assister, à marcher et surtout à joindre sa voix à celle de ces millions de citoyens mus par le désir du changement.

Les youyous de Khalti H’nifa
92 ans, bon pied bon œil, la vieille H’nifa fait partie de la génération ayant vécu la guerre. Plusieurs guerres, même. D’abord la Seconde guerre mondiale, où, en 1942, avec le débarquement américain en Afrique du Nord elle se voit pour la première mâcher une drôle de gomme sucrée offerte par un GI. Elle avait 13 ans certes, mais comprenait bien ce qui se passait. Elle vécut peu de temps après les évènements de 1945 et bien sûr la guerre de Libération nationale. Elle était mariée et avait déjà trois enfants lors du déclenchement en 1954. «Pour moi, raconte-t-elle, ces manifestations me ramènent soixante ans en arrière. Lorsque le peuple tel un seul homme est sorti dans la rue pour réclamer sa liberté usurpée, confisquée durant plus de 130 années de colonialisme barbare. En 1960, on a dit basta à l’administration coloniale. En dehors de la grande liesse de l’indépendance, je ne crois pas avoir vu de telles scènes jusqu’à ces derniers jours. C’est pour cette raison que je tiens personnellement à manifester avec ces jeunes qui me rappellent des souvenirs indélébiles dans l’Histoire de notre chère patrie. Comme l’a si bien rappelée Djamila Bouhired en s’adressant à cette jeunesse plus que jamais décidée à aller jusqu’au bout de sa lutte notre génération a été trahie, elle n’a pas pu préserver son combat contre le coup de force des opportunistes, des usurpateurs et des maquisards de la 25e heure qui ont pris le pays en otage depuis 1962».
Au moment où nous la quittons, la vieille dame lance une série de youyous en disant long sur son état d’allégresse. Selon le témoignage d’un de ses voisins, cette retraitée qui a occupé plusieurs fonctions dans sa carrière à la Grande Poste est connue par tous pour son patriotisme et son sens aigu du civisme.

Le peuple a dit…
Militant du FFS dès sa création, Da Belaïd est considéré dans le quartier de l’Agha où il habite depuis cinq décennies comme une mémoire vive de l’aîné des partis d’opposition, bien qu’il n’apprécie guère le terme au vu de la faiblesse d’action dont se caractérise cette même opposition. Cependant, l’octogénaire ne cache pas son immense plaisir en voyant cette grande foule occuper les rues et placettes de la capitale. Dans un geste original de solidarité avec les manifestants contre l’ordre établi, il traîne un petit caddy, servant d’habitude aux petites courses familiales, rempli de bouteilles d’eau minérale qu’il distribue aux passants avec en prime une bonne note d’encouragement accompagnée d’un sourire aussi généreux que son cœur. «Cela fait longtemps que j’espérais des moments pareils», dit-il et d’ajouter : «Je craignais de partir avant de voir le peuple algérien s’unir pour la plus belle cause, en l’occurrence la dignité. Aujourd’hui, à l’automne de ma vie, une vie tourmentée et ponctuée de brimades et d’intimidations de la part d’un système ayant fait siennes les richesses de ce pays, oubliant le peuple et ses sacrifices durant la glorieuse Révolution de Novembre 1954. A présent, le peuple a parlé pour dire ça suffit, on vous a assez vus». Il marque une halte pour admirer une scène insolite, mais ô combien significative et touchante à la fois. Celle où sont réunies quatre générations d’une même famille. Une mamie, son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils, tous enveloppés de l’emblème national. «Regardez, admirez, comme c’est beau. C’est cela l’Algérie», s’exclame le vieil homme en nous remettant une bouteille d’eau avant de continuer sa marche.

Flic story
Voulant rester dans l’anonymat, ce vieux rencontré à la Grande Poste, l’épicentre du «hirak» , l’euphémisme du mouvement populaire est un ancien policier. Sa carrière, il l’a passée essentiellement au niveau de la sûreté de la wilaya d’Alger ou au Central, comme continuent à l’appeler les nostalgiques. De son époque, les marches, de quelque nature qu’elles fussent, étaient interdites. «Me voilà encore en vie pour assister aux plus grands rassemblements revendicatifs que l’Algérie ait connus depuis son indépendance. Je ressens comme une fierté d’être aujourd’hui ici. Mon fils est également dans ce corps comme officier et tout ce que je lui ai légué en conseils, c’est d’être juste dans son travail, d’éviter les abus car la «hogra» est la pire des pratiques. J’ai vu des cas de dépassements et cela m’empêchait de dormir. Ce peuple n’est pas sorti dans la rue pour rien.
L’oppression et le mépris conduisent à ce genre de situation. J’espère que le «nidham» en tire actuellement les leçons», confie l’ancien flic à l’orée de sa vie. Pour notre part, nous témoignons qu’encore une fois, la marche de ce vendredi 15 mars dans le centre de la capitale a été revêtue d’un sens aigu de civisme. Un respect total entre les marcheurs et les forces de l’ordre. A la prochaine peut-être.
Ali Fares

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