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Immolation par le feu: Un nouveau mode de protestation inquiétant

En 2011, le phénomène de l’immolation par le feu a fait des ravages en Algérie. En 2018, ce mode de protestation revient et interpelle.

èEn l’espace de trois jours seulement, deux immolations ont été enregistrées. Le premier est un étudiant de 19 ans de la commune de Sidi Akkacha, au nord de la wilaya de Chlef, qui s’est aspergé d’essence avant de se laisser brûler. Le deuxième est un père de famille qui a tenté de s’immoler au siège de l’APC de Chbaita Mokhtar à El Tarf. La victime a eu ce geste comme dernier recours de protestation contre son exclusion de la liste des bénéficiaires de logements. Le retour de ce mode de protestation inquiète. En 2011, dans le sillage du printemps arabe déclenché suite à l’immolation du tunisien Bouaziz, une vague d’immolation a soufflé sur l’Algérie. Une dizaine de cas ont été enregistrés. Les raisons sont toutes liées à des revendications d’ordre social jamais satisfaites des victimes qui recourent à cet acte ultime de désespoir. Devant le regard ahuri de l’opinion publique, des jeunes s’immolent. La détresse sociale pousse les malheureux à s’immoler par le feu de manière spectaculaire, comme ultime geste pour dénoncer leurs conditions sociales. En 2011, c’était un contexte particulier. L’immolation d’un jeune tunisien a déclenché une dynamique de changement dans toute la région. Son acte était vu comme un acte héroïque devant la hogra des gouvernements et des systèmes politiques. Par imitation, plusieurs jeunes algériens sont passés à l’acte. Un mouvement de panique s’est emparé des pouvoirs publics devant la multiplication des cas d’immolation spectaculaire dans les rues. Mais après le vent du printemps arabe et les dégâts occasionnés dans plusieurs pays, le phénomène a reculé. Aujourd’hui, il reprend de plus belle. Les deux jeunes qui ont tenté de s’immoler ces derniers jours renseignent que le phénomène prend des allures inquiétantes. Et ce ne sont pas des actes isolés. Des cas ont été signalés au mois de février. C’est désormais à l’immolation par le feu que recourent de nombreux citoyens pour dénoncer leurs conditions sociales difficiles. Après l’émeute, la fermeture des APC et autres édifices publics, le blocage des routes et la harga, d’autres modes de protestation contre les maux sociaux apparaissent et prennent de l’ampleur, à telle enseigne qu’en l’espace de trois jours seulement, deux cas ont été enregistrés. La misère sociale et l’absence de perspectives peuvent s’avérer fatales. Les sociologues expliquent ce nouveau phénomène par l´ampleur du désarroi qui mine la société. «La personne qui s´immole par le feu n´attend rien de personne, n´attend rien de la société qui la pousse à l´extrême», avait expliqué une sociologue. Selon elle, ce procédé n´est ni plus ni moins qu´un suicide avec un aspect horrible et spectaculaire quand l´acte se déroule à l´intérieur du siège d´une daïra ou d´une APC. «A travers cet acte de suicide, ils s´adressent aux autorités car ils ne sont entendus nulle part et il n´y a personne pour les écouter», a-t-elle expliqué.

Karim Aimeur

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