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Instruments de musique des virtuoses: Ils méritent un musée

Les instruments de musique ayant appartenu à des célébrités se vendent très cher aux USA et en Europe alors que chez nous, on ne sait même pas quelle est leur valeur et ce qu’ils sont devenus.

Il y a deux ans, la guitare de John Lennon, l’un des quatre Beatles, avait été adjugée à 2, 4 millions de dollars alors que d’autres guitares telles que celles d’Elvis Presley, Eric Clapton ou Jimmy Hendrix ont été vendues entre 500.000 à 1 million de dollars et leur valeur ne cessera jamais d’augmenter. Qu’elles soient de grandes marques telles que Gibson ou Fender, ces guitares électriques doivent leur valeur surtout au fait qu’elles aient appartenu à ces stars et parfois à la dédicace ou signature du musicien ou chanteur auxquelles elles ont appartenu. L’Algérie a aussi eu ses virtuoses et ses grands chanteurs qui maitrisaient des instruments de musique mais on ne sait ce que sont devenus ces instruments ni leur valeur marchande.

Le piano de Piaf

Si on connaît l’histoire du virtuose Mahmoud Ould Sidi Said et qu’on a retrouvé la photo de ce bel homme qui vivait à Blida, on n’a aucune nouvelle de son violon ni de ceux qu’utilisaient les chanteuses Mâlma Yamna et Meriem Fekkaï. Ces instruments se trouvent-ils chez les descendants de ces artistes ? Le maître du violon classique de ces dernières décennies Abdelghani Belkaid est décédé en France et a accompagné des chanteurs dans ce pays, notamment la grande dame de la chanson andalouse Nassima, mais on ne sait pas ce qu’est devenu son violon. En 1959, la grande chanteuse Edith Piaf avait donné un concert au Casino Music hall à Alger et s’était accompagnée elle-même en jouant sur un très beau piano demi queue fabriqué par un grand artisan en bois de rose.
Au lendemain de l’indépendance, le chanteur d’opéra et d’andalou et compositeur Said Bestandji (Hassan Badri) l’avait récupéré et l’a gardé jusqu’à son décès. Les enfants de Bestandji, cultivés et musiciens doivent bien le garder mais on ne connaît pas sa valeur au cas où il serait vendu. Il paraît que Mustapha Skandrani aurait utilisé plusieurs pianos durant sa carrière. Celui de la RTA serait toujours au boulevard des martyrs alors que son piano personnel devrait être bien entretenu par ses enfants.
L’instrument personnel de l’autre grand maître du piano Mohamed Behar qui avait également utilisé celui de la RTA se trouverait toujours en son domicile à Bouzareah. L’histoire la plus triste est celle du piano du grand compositeur Mohamed Iguerbouchene. Quelques années après son décès en 1966, son ami le parolier Mahboub Stambouli, par nostalgie, eut l’idée de visiter sa maison au Beau Fraisier à Bouzareah. Après un petit tour, il demanda à ses descendants s’il pouvait voir le piano du musicien (une chambre indépendante se trouvant dans le jardin). Il retrouva vite le lieu dont la porte était cassée et où l’on élevait des lapins.
Le bureau Louis XVI et le piano de Mohamed Iguerbouchene étaient dans un état lamentable. Son ami quitta la maison les larmes aux yeux. On devrait se demander aussi ce que sont devenues les cithares (qanoun) utilisés par Benoit Lafleur et Boudjemâa Ferguene. Le banjo du virtuose Mohamed Tailleur peut également être vendu aux enchères mais on ne sait pas si un musée ou un collectionneur serait preneur. Il garderait également un bezq (bouzouki mandole) fabriqué par le maître artisan blidéen Mohamed Benaicha. La derbouka de Alilou et celle de Papou doivent aussi être conservées par leurs héritiers et pourraient être mises en valeur, de même pour le tar qu’utilisait le chanteur de chaâbi Hadj M’nouer. La famille de Blaoui Houari a de quoi être fière d’être en possession de sa guitare espagnole et de son accordéon. Ahmed Wahbi a également laissé le luth qu’il utilisait lors de ses nombreux concerts. El Hadi El Anka a, de son côté, la chance d’hériter du mandole fabriqué par Bellido pour son père Hadj M’hamed El Anka. On ne sait pas si les enfants de Mahboub Bati gardent la guitare à pile réalisée par le grand compositeur et le saxo qu’il avait lorsqu’il faisait partie de la première troupe de Jazz d’Algérie en 1940.

Pièces de collection

L’accordéon de Haddad Djilali devrait aussi être retrouvée car elle a accompagné les plus grands chanteurs algériens. On ne sait pas ce qu’est devenue la guitare du plus grand virtuose Moh Sghir. Le dernier des grands compositeurs et virtuoses Badreddine Bouroubi garde toujours sa guitare, une guitare de grande valeur puisqu’elle a appartenu à de très grands artistes. Le violon de Mohamed Mokhtari ne sortira pas de la maison puisque son fils est aussi un virtuose. Une question est à poser : la guitare de Johnny Halliday qui lui aurait été volée lors du concert annulé en 1967 à Alger pourrait-elle être retrouvée et vendue ? En tout cas, tous ces instruments ayant appartenu à ces grands artistes et d’autres ont une grande valeur. On le saura un jour et les collectionneurs vont se les arracher. Au fait, qu’attend-on pour créer un musée de la musique ?

Bari Stambouli

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