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Jalousie en milieu artistique: Quand l’artiste tue l’artiste

Si la jalousie existe partout dans le monde et dans tous les milieux, l’Algérie n’échappe pas à cette règle et tous les coups bas sont permis.

Si certains chanteurs, artistes-peintres ou autres se plaignent du piston pour la programmation, d’autres souffrent des cous bas motivés par la jalousie. La jalousie a toujours été présente dans le milieu artistique en Algérie. A la fin des années1930, certains artistes de dernière catégorie sont allés jusqu’à payer des spectateurs pour huer Rachid Ksentini en plein spectacle. Le plus grand comique qui était plus fort que ses détracteurs avait répondu un jour à ceux qui lui criaient «Faqou» par la répartie devenue célèbre «Elli Faqou Rahou». Une autre fois, Rachid Ksentini a répondu en déclarant à un spectateur qui le huait : «Si tu étais intelligent, tu n’aurais pas payé 20 centimes pour venir me voir.» Le grand compositeur Mohamed Iguerbouchène a également souffert de la jalousie de certains musiciens dont l’un avait osé déclarer que «Iguerbouchène n’a pas les doigts d’un pianiste» Voila le comble de la jalousie. Ce musicien qui ne savait même pas lire le solfège croyait être plus fort que tous ces critiques et compositeurs anglais, suisses, Russes, français et américains qui avaient reconnu le talent d’ Iguerbouchène. Il faut rappeler que Iguerbouchène qui avait toutes les possibilités de revenir en Europe ou d’aller en Amérique, avait choisi de rester en Algérie pour donner des cours à l’école normale de Bouzareah, former et composer des chansons et des musiques pour des émissions radiophoniques dont certaines produites par lui-même.
Est-il normal qu’un compositeur, chef d’orchestre et musicien tel que Mohamed Iguerbouchène ne laisse pas d’ enregistrements télévisé alors qu’ il est mort en 1966. Cette censure est également motivée par la jalousie.

Une certaine censure

Si ce n’est pas la jalousie et la médiocrité qui ont souvent régné à Alger, pourquoi le compositeur et chanteur Saïd Bestandji n’a laissé que quelques rares enregistrements presque interdits à la télévision. Une de ses chansons «Tadj Ezzine» qui a eu le premier prix de la RTA au début des années 1970 n’est plus repassée sur le petit écran. Ce n’est que grâce à Abdelkader Bendamache qu’on a pu écouter, il y a quelques années, les rares chansons enregistrées sur disques de Saïd Bestandji (Hassan Badri.). En 1966, Bestandji qui avait chanté trois chansons sans orchestre sur la scène du théâtre de Bologne en Italie a été filmé en direct sur les trois chaînes RAI, ce qui prouve la reconnaissance des Italiens à ce grand monsieur de la musique qui s’est consacré à la formation jusqu’ à sa mort. Il parait que cette censure sur la qualité est due au fait que ceux qui étaient chargés de la programmation ont souvent été eux-mêmes des chanteurs, compositeurs, auteurs ou réalisateurs, ce qui les aurait mené à barrer la route à leurs concurrents de peur que les spectateurs ne s’habituent à la bonne qualité et finir à l’exiger, ce qui les privera de gagner de l’argent et de se faire un nom. Le chanteur Mohamed Slim a également souffert de cette marginalisation lorsque dans les années 1970, un chanteur concurrent s’est allié avec un ex-cadre de la RTA pour qu’il ne soit plus programmé. Mohamed Slim qui fut parmi nos plus brillants chanteurs des années 1960 a été éclipsé par ces jaloux alors que tout le monde fredonnait ses chants enregistrés au lendemain de l’indépendance, notamment «Ikhwani La Tensaw Chouhadakoum».

L’andalou en a souffert

Les chanteurs andalous ont aussi souffert de cette marginalisation due à une certaine jalousie. Larbi Bensari et son fils Redhoune n’ont rien laissé pour la télévision. Abdelkrim Dali n’a été enregistré que deux ou trois fois et il n’est programmé que les jours de l’Aïd. Les maîtres de l’andalou Hadj Mahfoudh, Dahmane Benachour et Sadek Bedjaoui semblaient interdits de passage à la télévision et leurs rares enregistrements seraient cachés dans les tiroirs des archives de la télévision. Même les enregistrements audio sont rares à la radio. Dans le domaine de la chanson Chaâbie, El Hadj M’ hammed El- Anka n’a laissé que 4 enregistrements et Amar Ezzahi n’aurait été filmé que deux ou trois fois. C’est le même cas pour Cheïkh Bourahla, Boualem Derradji, El- aâchab, Rachid Nouni et tant d’autres.
Il faut dire que le phénomene continue à ce jour. On se demande comment des chanteurs comme Dahmani, Abdelkader Lazizi, Nadia Benyoucef et Nardjess ne sont pas programmés alors que des jeunes Cheb passent à longueur d’années alors qu’ils n’ont à proposer que des reprises ou des collages de paroles sur un semblant de musique couvert par la boite à rythmes. A cause de la médiocrité qui règne, certains chanteurs ont décidé de mettre fin à leur carrière à cause de cette jalousie qui a encore de longs jours devant elle.

Bari Stambouli

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