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Kameleddine Fekhar enterré hier à El Alia, en présence d’une grande foule.. L’ultime hommage au militant

Le souvenir de Kameleddine Fekhar, décédé alors qu’il était en détention, mardi 28 mai, après une grève de la faim qui aura duré plus de 50 jours, est à jamais gravé dans les mémoires.

Il y avait la foule hier, au dernier hommage rendu au militant des droits de l’Homme, Kameleddine Fekhar, au carré des Mozabites du Cimetière El Alia. Le climat était emprunt de deuil et de colère. Sa famille, notamment ses enfants, ses frères et proches n’ont pas quitté un instant le cercueil, couvert du drapeau national et de l’emblème amazigh, et dans lequel est arrivée la dépouille du militant vers midi, à bord d’une ambulance privée. Pour les funérailles de quelqu’un comme Kameleddine Fekhar, la règle que s’appliquent les Ath M’zab qui, généralement enterrent les leurs dans la discrétion et le calme, ne pouvait qu’être brisée. D’abord, parce’ qu’il s’agit d’un militant. Et puis, comme l’a déclaré un jeune activiste militant venu de Tizi-Ouzou, «désormais, Kameleddine Fekhar n’appartient pas seulement aux M’zab, mais à tous les militants de la démocratie, à nous tous qui aspirons à la liberté». «Nous sommes tous des enfants de Tamazgha», a-t-il enchaîné. À leur côté aussi, l’avocat du défunt, Me Salah Dabouz qui, très ému et parfois même les larmes aux yeux, recevait les condoléances des nombreux citoyens, venus rendre un dernier hommage à celui qui s’est sacrifié pour ses positions de principes. Le souvenir de Kameleddine Fekhar, décédé alors qu’il était en détention, mardi 28 mai, après une grève de la faim qui aura duré plus de 50 jours, est à jamais gravé dans les mémoires.
Il suffit de voir l’hommage qui lui a été rendu, déjà lors des marches populaires du 15e vendredi, pour se rendre compte que sa mort a fait de lui un héros de la Révolution dite du «sourire». En l’absence de tout officiel, l’enterrement de Fekhar a drainé par contre beaucoup de militants des droits de l’Homme, acteurs politiques, personnalités nationales, élus et chefs de formations politiques, à l’exception des islamistes. Parmi ceux qui ont tenu à accompagner le militant à sa dernière demeure, l’avocat Mostefa Bouchachi, l’ancien président du RCD, Saïd Sadi, le linguiste Abderezzak Dourari, les militants Saïd Khelil et Ali Brahimi, la veuve du Rebelle Lounes Matoub, Nadia. Il y avait aussi Ali Laskri et Hakim Belahcel du FFS, Mohcine Belabbas du RCD et Fethi Ghares du MDS. Plusieurs députés des deux premiers partis ont été présents, à l’instar de ceux du PT, Ramdane Tazibt et Djeloul Djoudi. Très affaibli, Aouf Hadj Brahim, son co-détenu, a tenu à assister pour un dernier adieu à celui avec qui il a partagé la cellule depuis le 31 mars 2019. à son arrivée devant la dépouille, Aouf n’a pas pu tenir son émotion, et a failli même s’évanouir.
Au milieu du cimetière où a eu lieu la prière sur la dépouille du défunt, un poster géant sur lequel est écrite une de ses phrase : «Je meurs pour que le M’zab vive !» En somme, c’étaient des funérailles beaucoup plus revendicatives, où les présents ont réitéré et scandé des slogans tels que : «pouvoir assassin !» ; «Ulac smah ulac !» ; «Kamel Fekhar, Douwla Ketlatou !» ou encore «Libérez Ath M’zab !» en allusion aux détenus d’opinion encore en prison.
Dabouz à Fekhar : «Nous continuerons ton combat !»
Avant d’emmener Fekhar à sa dernière demeure, porté par des personnes qu’il a désignées dans son testament, Salah Dabouz a prononcé un discours très émouvant, où il a rappelé son parcours avec toutes ses péripéties et les multiples détentions qu’il a endurées. «Reposes en paix, Kamel. Tu es mon ami et mon compagnon de combat. Tu a fais face à l’oppression et la répression avec courage, jusqu’au jour où tu m’as dis ‘’je vivrai avec dignité ou je mourrai’’», a lancé Me Dabouz. Et d’ajouter : «à chaque fois qu’ils tentent de t’affaiblir, tu résistes encore plus. Il ne leur est resté alors que de programmer ta mort». Salah Dabouz passera en revue les fois où a été arrêté Fekhar, après avoir milité au sein du FFS et de la LADDH, avant d’arriver au moment où «ils croyaient t’avoir atteint par ton assassinat». Pour cause, soutient l’avocat : «ils nous ont donné plus de volonté et de courage pour poursuivre ton combat, jusqu’au départ de ce système corrompu.» «Je te promets que nous nous triompherons pour toi», conclut Me Dabouz.
L’enterrement de Kameleddine Fekhar a enfin été une occasion pour les militants, de rappeler qu’il y a encore des détenus d’opinion pour lesquels il faut se mobiliser, à l’instar de Mohamed Baba Nedjar, qui croule sous les verrous depuis 2006. D’ores et déjà, des contacts sont en cours entre des jeunes militants et activistes, pour constituer un Comité pour réclamer sa libération.
Aïssa Moussi

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