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L’architecte designer Feriel Gasmi Issiakhem.. Le liège comme nouvelle tendance au bâti

En faisant plus de recherches, j’apprenais que c’est un arbre qui résistait aux feux de forêts, et avait une grande capacité de s’auto-régénérer. Puis en poussant plus mes recherches, je sus qu’avant la découverte du pétrole en 1945, c’était le chêne liège qui représentait le fleuron de l’économie de l’Algérie.

Entretien réalisé par Kheira Attouche

Rencontrée pour la première fois au Musée des Arts Modernes d’Alger (Mama), lors de l’exposition internationale de design italien, Feriel Gasmi a présenté son œuvre d’une grande innovation. Pleine de créativité et d’imagination, cette designer ne cesse de développer des projets de recherches comme le Suberferki. Lauréate pour son projet, elle est invitée avec Zoubir Hellal, par le ministre de la culture, comme accompagnateurs des designers et architectes à la triennale de Milan (28 mars au 1er septembre 2019). Dans cet entretien, elle tente d’expliquer la nécessité d’élargir la production de liège algérien, un matériau très efficace et d’une grande durabilité pour la construction du bâti.

Le Temps d’Algérie : Quel est votre trajectoire professionnelle ?
J’ai fait partie de la première génération des designers sortantes de l’école supérieure des beaux arts d’Alger (ESBA), puis j’ai poursuivi mes études d’architecture à la faculté d’architecture La Spienza de Rome, en Italie. J’ai été présente dans plusieurs expositions internationales : Milan, Paris, Cologne, St Etienne, Dubai. Je travaille et vis à Alger sur des projets divers (réhabilitations, aménagements, etc.) créatrices de mobiliers.
Tous mes projets s’inscrivent dans une démarche d’auto-suffisance nationale avec les artisans et le savoir faire local. Commissaire des 2 dernières Italian design day au MAMA, j’ai occupé auparavant un poste de responsabilité en tant que chef de projet principal à la Sonatrach, avant de décider de m’en aller pour me consacrer entièrement à mes projets et passions.

Etant lauréate du premier prix avec votre projet Suberferki, à la recherche et à la réhabilitation du liège algérien dans le bâtiment et le design, pouvez-vous évoquer ce projet ?
Oui, bien sûr, en réalité, je travaille sur ce projet depuis plus d’une année, cela s’est imposé à moi sur la base d’un souvenir qui m’a marqué, en 2001. J’avais assisté à un grand incendie de forêt de chênes liège en Kabylie, une région dans laquelle je me rendais régulièrement. Tout était calciné. L’année d’après, tout repoussait et devenait vert.
En faisant plus de recherches, j’apprenais que c’est un arbre qui résistait aux feux de forêts, et avait une grande capacité de s’auto-régénérer. Puis en poussant plus mes recherches, je sus qu’avant la découverte du pétrole en 1945, c’était le chêne liège qui représentait le fleuron de l’économie de l’Algérie. Je vous passe des détails passionnants sur cette matière, mais en terme de durabilité, cette matière remporte toutes les promesses, le projet SUBERFERKI est un projet de revalorisation de cette matière, afin de la réintroduire sur le marché algérien, mais avec la vision d’un designer, avec le quadruple défi : efficacité, modernité, économie, durabilité. Et lorsque le CNERIB, sous le patronage du ministère de l’habitat, l’urbanisme et de la ville a lancé ce challenge de l’innovation dans la construction en décembre 2018, j’y suis allée dans l’idée d’en parler pour sensibiliser les pouvoirs publics sur cette filière. J’ai eu cette belle surprise d’en être lauréate, ce qui prouve que le secteur public s’intéresse de plus en plus au domaine de la durabilité ; ce projet sera accompagné de manière officielle par l’ANVREDET (Agence Nationale de Valorisation des résultats de la Recherche et du Développement Technologique jusqu’à son aboutissement : Prototypes, recherches et développement).

Pensez-vous que l’introduction du liège dans le bâtiment peut révolutionner le mode de penser pour une nouvelle forme de bâti?
Tout a fait, pour la simple raison, que nous n’avons plus le choix, la question environnementale est devenue l’enjeu fondamental sur lequel tous les secteurs travaillent, et pour ce projet, il s’agit d’une idée incrémentale, parce’ que le liège a toujours été utilisé dans l’acte de bâtir depuis la nuit des temps, en Algérie.
Il n’est connu que pour sa fonction d’isolation thermique pour les terrasses, mais aujourd’hui, il est devenu possible, grâce aux dernières technologies, de l’utiliser à chaque étape de la construction (fondations, revêtement de sol, revêtements intérieurs et extérieurs muraux, objets, etc). L’idée principale est de penser à son impact sur l’efficacité énergétique, le rôle de pilier socio-économique dans les villages les plus reculés, l’économie circulaire des matériaux comme le liège dans le bâtiment. Ensuite, l’Algérie est l’un des 7 pays du pourtour méditerranéen qui a la chance de posséder cette richesse.

Ayant été invitée à Tunis en ce mois de janvier, à la première édition Archi Worl Africa pour l’élaboration d’une charte globale impliquant les pays africains, pouvez-vous évoquer les grandes lignes ?
Cette première Edition fantastique a été organisée par la chambre Syndicale des architectes d’intérieurs de Tunis, avec le parrainage de la fédération des architectes francophones d’Afrique FAFA. L’objectif de cette rencontre était d’évoquer le travail collaboratif qui devait être instauré entre architectes et designers, pour aborder le marché africain en termes de futurs projets, afin de créer une plate-forme de circulation en Afrique, avec nos propres compétences et savoir-faire, et ne plus voir les capitaux liés aux grands projets s’enfuir vers d’autres continents. C’est aussi une manière d’enrichir l’Afrique. La finalité étant d’établir un cadre de mise en œuvre pour une collaboration inclusive, multidisciplinaire et transversale continentale.

Quelles seront les thématiques de la rencontre du 21 février 2019 à Paris, qui seront traitées par le sommet mondial du design ?
Paris Design Summit est une très grande manifestation organisée par L’Agence mondiale du Design, qui a pour mission de faire avancer les politiques internationales du Design interdisciplinaire, en mettant en place des lieux de discussion, des outils de gestion de la communauté, et des plate-formes d’échanges intégrées aux grands agendas internationaux, pour développer un monde meilleur grâce au pouvoir du Design. L’objectif étant de faire de la stratégie, un cadre mondial du Design durable, un vecteur de changement important au cours des prochaines années, en partenariat étroit avec les nations unies et ses objectifs de développement durable pour 2030.
Plusieurs thèmes seront abordés : Durabilité et bien commun, nouvelles pratiques collaboratives, nouveaux cadres d’actions, avec 12 sujets phares : Résilience, responsabilité et éthique, outils et innovation, perturbations, enjeux globaux, interdisciplinarité, villes et régions, secteur privé, éducation, culture et design, indicateurs, gestion et enfin politiques. Pour ma part, le projet SUBERFERKI et la réhabilitation d’une friche urbaine en ateliers d’artiste et résidence, ont été demandés par le comité de sélection, et entrent dans le cadre Résilience et Bien commun.
K. A.
Gasmi Feriel Issiakhem, architecte designer d’objets et d’espaces, et commissaire d’expositions.

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