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L’art au féminin: L’audace de ces dames

Sans s’initier à la politique, sans adhérer à une quelconque association ou parti, des femmes ont décidé de suivre une carrière artistique au moment où l’art leur était interdit.

De tout temps, tout comme l’homme, la femme s’est adonnée à l’art, notamment la peinture, la poésie et le chant. Si la femme ne chantait que pour endormir son bébé, depuis longtemps, certaines ont décidé de suivre la trace des hommes en chantant en public. C’était le cas de Djamila El Mougheniya qui a vécu à Baghdad durant l’époque de Ziryab et Ishaq El Mawssili. En Algérie, c’est une certaine Habba qui fut la première à oser entrer dans le monde de la chanson, réservé à l’époque, uniquement aux hommes.
Cette fille de Djelfa fut, en effet, la première chanteuse algérienne à enregistrer un disque (à cylindre en 1910). Face à la réaction des habitants de son quartier, Habba fut obligée de quitter la ville de Djelfa. Cette artiste qui a profité de l’invention d’ Edison avec la sortie du premier phonographe à disque cylindrique, a profité pour enregistrer une chanson au début des années 1900.

La colère
Ce passage au professionnalisme de Habba, lui a valu la colère de tout son village qui aurait décidé de l’extrader de la ville.
Très audacieuse, la chanteuse Habba s’est inspirée de cette réaction pour écrire et chanter une complainte dans laquelle elle raconte ce rejet de sa famille et de tous les habitants de son village. Aujourd’ hui, il n’existerait qu’un seul disque cylindrique de Habba que détiendrait un collectionneur de Djelfa. La deuxième qui est plus connue que Habba est l’Algéroise Mâlma Yamna, la pionnière de la chanson Hawzi. Il faut noter que Yamna qui était fille d’un notable El Hadj El Mahdi, avait ouvert la voie à beaucoup de chanteuses notamment Cheikha Tetma venue de Tlemcen, Meriem Fekkai, dite El Bessekria et Fadhila Dzirya.
Il est à noter qu’aux côtés de ces chanteuses, il y avait également d’autres célébrités qui se sont imposées sur la scène artistique des le début des années 1930 notamment la chanteuse et pianiste Titine, Reinette Daoud dite l’Oranaise et Line Monti.
Il y avait également Marie Soussan qui jouait les sketchs en duo et chantait aux côtés du grand comédien, fantaisiste, chanteur et musicien Rachid Ksentini. D’autres chanteuses ont suivi la trace de Yamna et Fadhila Dzirya dont Latifa qui a enregistré sur disque 78 tours Doum Enhebbek et El Ain Ezzerga, Alice Fitoussi, Noura, Nadia, Thoureyya et Fettouma qui s’est consacrée par la suite au cinéma sans oublier Seloua, la doyenne des chanteuses. Il est à rappeler qu’à la fin des années 1970, Alice Fitoussi qui ne pouvait plus subvenir à ses besoins à cause de la censure due sûrement à ses origines juives (eh oui, les racistes sont parmi nous), a quitté la vie artistique pour devenir voyante à El Biar.

Une poétesse parmi les hommes

Au théâtre, c’est Keltoum qui, à la fin des années 1930 est découverte à Blida par Mahieddine Bachtarzi. Bien que Marie Soussan faisait déjà les beaux jours du théâtre aux côtés de son compagnon Rachid Ksentini et arrêtera sa carrière après la mort du plus grand humoriste algérien, c’est Keltoum qui restera dans l’histoire car elle mènera une grande carrière dans le quatrième art. Dans le domaine de la poésie, il y a eu Cheikha El Mokrania qui s’est fait connaître à Laghouat et plusieurs villes d’Algérie aux côtés de chantres tels que Benguitoune, en écrivant de beaux poèmes au moment où la poésie Melhoun était réservée aux hommes.
D’ailleurs, dans un de ses célèbres poèmes, elle s’était attaquée par de virulentes critiques à son berger qui avait osé la demander en mariage. Il est à préciser que dans les familles algériennes, il y a toujours eu des femmes qui déclamaient des poèmes de leur propre cru. D’ailleurs, les initiés savent bien que certaines chansons célèbres ont été écrites par des épouses de chanteurs sans que leurs noms ne soient cités.

L’art pour s’exprimer

Pour ce qui est de la peinture, les pionnières sont Kheira Flidjani et Baya qui furent les premières algériennes à exposer leurs œuvres. D’ailleurs, Baya fut encouragée par Picasso.
Baya qui était l’épouse du maître de la chanson andalouse Hadj Mahfoudh s’était retirée du monde artistique durant une longue période. On l’ a revue quelque temps avant son décès, il y a vingt ans. Baya a quand même ouvert le champ des arts plastiques aux femmes dont la grande Souhila Belbahar. Quant à Kheira Flidjani, elle est partie à Paris où elle joua des petits rôles dans le cinéma pour financer ses cours de peinture. Après l’indépendance de l’ Algérie, elle est revenue au pays pour une exposition mais ses tableaux ont choqué même les artistes de l’époque qui ne savaient pas encore ce qu’est un Nu. Déçue, la grande artiste est repartie pour terminer sa carrière à New York. Toutes ces artistes et bien d’autres, n’ont pas attendu qu’un chef de parti ou un quelconque responsable politique leur ouvre la porte pour s’exprimer. Elles n’ont pas attendu le 8 Mars pour prouver qu’elles existent et montrer ce qu’elles savaient faire. Elles ont affirmé leur existence et se sont exprimées à travers le meilleur moyen : l’art.

Bari Stambouli

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