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Le chanteur qui a tant souffert

Farid Ali

Il y a 37 ans, Farid Ali, l’artiste dont on ne parle que très rarement nous quittait. A ce jour, le militant, chanteur et compositeur n’a pas eu l’hommage qu’il mérite et, à notre connaissance aucune salle de spectacle ni institution culturelle ne porte son nom.

Comme beaucoup de grands artistes qui ont chanté tout en défendant la patrie contre le colonialisme français, Farid Ali n’a pas eu, à ce jour l’hommage qu’il mérite et reste méconnu du grand public. De la kabylie où il est né le 8 janvier 1910 à Paris en passant par Alger, Farid Ali a marqué son passage par sa sagesse, sa voix et sa musique qu’il composait souvent lui même. En quittant son village de kabylie, Farid Ali, de son vrai nom Ali Khelifi, ne savait peut être pas qu’il allait souffrir durant toute sa vie même si sa voix et ses connaissances artistiques lui permettaient de devenir une véritable star.

L’artiste a laissé sa trace
L’artiste a souffert, mais il n’a jamais baissé les bras puisqu’il a laissé sa trace, par ses actes, ses paroles et ses chansons. Alors qu’il n’avait que 16 ans, il a quitté son village Bounouh (Boghni) pour se retrouver à Alger où il était obligé de travailler comme cordonnier pour subvenir à ses besoins et ceux de ses parents. Après le décès de son père en 1937, le cordonnier qui ne savait pas encore qu’une carrière de chanteur l’attendait, décide de prendre le bateau pour se retrouver en France en quête d’une vie meilleure. Le jeune homme qui n’a pas cessé d’enregistrer depuis sa tendre enfance en kabylie et à Alger, les images laissées par les colonialistes français a rapidement rencontré des algériens qui partageaient ses idées notamment ceux qui, déjà militaient au sein du parti du peuple algérien (PPA). Durant la même période, il rencontra à Paris des artistes tels que Mohamed El Kamel, Amraoui Missoum, de grands compositeurs qui allaient l’encourager et aider à enregistrer ses premiers disques. De son côté, Cheikh Nordine le poussera à s’inscrire à la SACEM (droits d’auteur). Quelques années après, le chanteur vivra quelque peu plus à l’aise financièrement puisqu’il aura son propre commerce (un café), mais cela ne lui changera point les idées de militantisme. La plupart des grands artistes algériens qui vivaient à Paris se rencontraient dans son café pour discuter, parler des chansons, mais surtout de la guerre d’Algérie qui devait tôt ou tard se déclarer. Avant même la déclaration du 1e Novembre 1954, , Farid Ali qui était adhérent du PPA/MTLD passe à l’action en 1951 en participant à un attentat contre un responsable de l’ORTF. Soupçonné et accusé, il est forcé de retourner à Alger puis à Bounouh, son village natal où l’armée française l’arrêta en 1956. Après avoir été torturé et incarcéré, il est libéré en 1957.

Une voix limpide
Sa sortie de prison coïncidera avec la création de la troupe artistique du FLN que dirigeait l’homme de théâtre et militant Mustapha Kateb. Farid Ali partira donc en Tunisie pour participer aux tournées de cette historique troupe à travers le monde.
Il chantera ses succès déjà enregistrés à la radio et sur disques tels que «Elak», «Zhar Oulach», «Miss el Ghourba» et «Anda Telidh» et surtout «Ayemma âzizen ur ttru» qui est la plus connue. D’ailleurs, même ceux qui ne comprennent pas le kabyle sont touchés par cette chanson, notamment son prélude qui laisse couler la voix douce du chanteur comme une eau limpide d’un source des Monts du Djurdjura. Malheureusement, après la joie de l’indépendance, en 1964, le grand chanteur et militant s’est retrouvé à la prison de Berouaghia. Déçu, il repart en France en 1967 avant de retourner de nouveau en Algérie pour animer l’émission Chanteurs amateurs qui passait sur la chaîne II de la radio. Atteint dune maladie chronique (asthme), Farid Ali regagnera en 1977 la France surtout pour un suivi médical. Il rentrera définitivement en Algérie une année plus tard. Souffrant, il ne résistera pas à la maladie et décédera le18 octobre 1981 à l’âge de 71 ans. Le militant qu’était Farid Ali reste parmi les plus grands artistes ayant marqué la chanson algérienne.

Bari Stambouli

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