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Le piston au service de nos détresses

Lu sur Facebook : «Victime d’un accident de la route, un homme s’est retrouvé avec une jambe brisée et œil crevé. Avec ça, on lui a refusé une admission à l’hôpital de Douera». Et au brave internaute de lancer un appel aussi émouvant que pathétique : «Qui peut aider cette personne pour une admission à Douera, Zmirli ou Ben Aknoun ? Au-delà de l’aspect humanitaire, cela risque de nous arriver à nous et à nos proches ; c’est quoi, ce gouffre sans fin ?». Le vaillant internaute est bien évidemment sincère et son élan solidaire, comme tous les élans du cœur rassurent quelque part : la disponibilité des Algériens à se rendre utiles pour leurs compatriotes en difficulté ne fait pas de doute. Il en a toujours été ainsi et cela s’est vérifié dans chaque malheur collectif et dans beaucoup de détresses personnelles. On sait que cette disponibilité à aider s’exprime particulièrement de la manière la plus large et la plus déterminée quand il s’agit de problèmes de santé. Quasiment tous les cas qui ont été mis sur la scène publique ont connu un aboutissement heureux, avec la générosité des humbles, la contribution de quelques nantis et même parfois avec l’intervention de l’autorité publique. Sauf que cette fois-ci, et il a dû certainement y en avoir d’autres, c’est aux… pistonnés que le brave citoyen s’en remet pour aller au secours d’un blessé. Plus grave, ce n’est pas pour un enfant souffrant d’une maladie rare ou un adulte dont le mal a atteint un stade critique qui mettrait sa vie en danger. Ce n’est pas non plus pour une prise en charge à l’étranger ou dans clinique privée locale qui nécessitent des fonds à réunir que l’appel de détresse est lancé. C’est tout simplement pour une… hospitalisation dans une structure de santé publique. A la détresse d’une «santé malade» pour reprendre une formule usée jusqu’à la corde mais qui tient toujours la route, s’ajoute l’horrible arrière-pensée : le piston est non seulement quelque chose de «normal» mais aussi la panacée. Une «solution» comme une autre, sinon la plus efficace de toutes. Et dont ceux qui en ont le pouvoir pourraient être remerciées pour leur philanthropie ! Récemment encore, une télé privée spécialisée dans le… sport invitaient ses auditeurs, entre un sujet sur la blessure de Fawzi Ghoulam et un autre sur le carton de l’Entente en coupe d’Afrique, à un intermède extra-sportif : la détresse d’une femme abattue et en larmes, après avoir appris que son nom n’est pas sortie dans le tirage au sort des heureux admis au pèlerinage. Et cet ancien footballeur, converti en consultant de lancer, après avoir essuyé lui aussi une larme : «Il y a des hommes dans ce pays, je suis sûr qu’il y a un Algérien au bras long qui va obtenir un passeport-hadj pour cette vieille dame» ! C’est sans doute moins grave que pour une admission à l’hôpital, mais l’arrière-pensée est la même : seul le piston peut régler ça !

laouarisliman@gmail.com

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