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Le roi du Maroc prône un dialogue «direct et franc» avec l’Algérie: Mohamed VI change de ton

Le discours prononcé par le roi Mohammed VI à l’occasion du 43e anniversaire de l’invasion du Sahara occidental par le Maroc, a été marqué par un changement de ton à l’égard de l’Algérie, et ce, pour la première fois depuis des années.

Habitué à lancer des attaques frontales contre l’Algérie dans ses discours traditionnels de célébration de la «marche verte» ou de la fête du trône, Mohammed VI s’est voulu cette fois-ci conciliant et a même lancé une initiative envers son voisin de l’Est. Dans son discours prononcé mardi soir, dont une bonne partie a été consacrée à la relation avec l’Algérie, le roi a proposé la relance des relations bilatérales en suggérant la mise en place d’un «mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation» destiné à permettre de régler les différends conjoncturels entre les deux pays, entravant leur développement. «En vertu de son mandat, ce mécanisme devra s’engager à examiner toutes les questions bilatérales avec franchise, objectivité, sincérité et bonne foi, sans conditions ni exceptions, selon un agenda ouvert», a-t-il soutenu. Le rôle de ce mécanisme sera aussi, selon le roi, de contribuer au «renforcement de la concertation et de la coordination bilatérales pour permettre de relever efficacement les défis régionaux et internationaux, notamment ceux qui sont liés à la lutte antiterroriste et à la problématique migratoire», dira-t-il encore. Ainsi, il a annoncé la disposition de son royaume au «dialogue direct et franc» avec l’Algérie. Ce message, qui se veut un geste fort du Maroc envers l’Algérie à quelques semaines de la reprise de pourparlers inclusifs sur le Sahara occidental, n’est dans le fond qu’un «calcul conjoncturel». En effet, entre le renouvellement du mandat de la Minurso, la mission onusienne au Sahara occidental le 31 octobre, et une rencontre prévue à Genève les 5 et 6 décembre entre le Maroc, le Front Polisario, la Mauritanie et l’Algérie, le roi Mohammed VI a décidé de changer de ton vis-à-vis de son voisin, alors qu’il recourt souvent au lobbying international pour tenter de contrer toute démarche algérienne visant à défendre la cause sahraouie. A cet effet, il dira : «Nous réitérons notre engagement à œuvrer main dans la main avec nos frères en Algérie», ajoutant : «Le Maroc est ouvert à d’éventuelles propositions et initiatives émanant de l’Algérie», et ce, «pour désamorcer le blocage dans lequel se trouvent les relations entre les deux pays voisins et frères».

«Sincérité et bonne foi !»

Mais si le ton de son message est passé de l’attaque à celui prônant la voie du dialogue fructueux, il relance l’ancienne-nouvelle position marocaine, selon laquelle l’Algérie demeure partie prenante dans le conflit sahraoui. «Le Maroc est (…) persuadé de la nécessité que (…) les Nations unies tirent partie des leçons et des expériences du passé, et évitent notamment les blocages et les insuffisances qui ont entaché le processus de Manhasset». La diplomatie marocaine a souvent considéré qu’Alger devait assumer son rôle dans les pourparlers, alors que l’Algérie n’était et ne sera présente qu’en qualité d’observateur, comme le stipule la résolution 2440 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en octobre 2018. Il faut dire également que ce discours contraste avec les attaques formulées d’habitude et à chaque occasion, par Rabat contre Alger, l’accusant, entre autres, de chercher à saborder l’avènement d’un Maghreb uni et à menacer la paix et la stabilité de la région. Le souverain marocain a ainsi souligné que depuis son accession au trône, il a appelé «avec sincérité et bonne foi» à l’ouverture des frontières entre les deux pays et à la normalisation des relations bilatérales. Sur cette question, aucun nouvel argument ni garantie sur sa bonne foi n’a été apporté pour convaincre la partie algérienne, soulignant que la position de l’Algérie concernant l’ouverture des frontières terrestres avec le Maroc fermée depuis 1994 est très claire.
Il s’agit notamment de la nécessité d’une «coopération sincère et efficace des autorités marocaines au sujet de trafic de drogue et de la contrebande». En somme, l’appel du roi du Maroc n’est pas fortuit. Il est dicté par une conjoncture sociopolitique difficile. En plus de la grogne du Rif, une situation économique asphyxiante et une posture internationale des plus défavorables, la monarchie doit à tout prix chercher une issue de secours. L’a-t-elle trouvée ?

Fella Hamici

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