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L’école qui interpelle…

L’école, on y a été pour apprendre à réfléchir, à écrire, parler et grandir convenablement. Maintenant, tous paliers confondus, c’est elle qui nous interpelle. Et qu’avons-nous à lui dire, nous les grands, sur ce qui la mine et la ruine au fil des ans ? Cette année, après 15 jours de vacances, elle attend des réponses. Dans un climat de tensions, la grande Dame qui dirige le secteur a essayé de se faire entendre. L’engagement à consacrer le principe du dialogue avec les partenaires sociaux afin de résoudre les problèmes posés a été réitéré. Dialoguer, c’est là où le bât blesse. Avec plus de 8 millions d’élèves et 700 000 fonctionnaires, dialoguer ne serait en effet que pure cacophonie. Les élèves demanderaient la lune, les enseignants pareil, et l’on serait muets devant ce charivari. Mais nous n’en sommes pas là, vu qu’il y a des syndicats pour, en principe, réfléchir et parler à la tutelle. Comme des grands, ils sont en intersyndicale calée sur une plateforme de revendications socioprofessionnelles. Étonnamment, ces revendications se renouvellent chaque année. La liste des exigences est pratiquement la même, avec bien sûr la sacro-sainte menace de grève. Un grand classique en somme pendant que l’école cumule ses mois de vacances avec ces mois de grèves à répétition. Ce cumul, personne n’en parle vraiment, sauf les parents d’élèves qui recourent aux cours particuliers pour combler le vide. Un vide qui a finit par créer une forme de marché informel profitant aux enseignants. Garages, entrepôts, coursives, appartements se sont transformés en «salles de cours», et vogue la galère du niveau d’enseignement. De ça, les syndicats n’en parlent pas. Ça parle plutôt du retrait de la charte d’éthique éducative, signée en 2015. Or, qui dit éthique, pense automatiquement à morale. Et où est cette morale dans la prolifération de ces activités informelles et ses loustics ? Leurs tarifs inaccessibles aux petites bourses, ils s’en lavent les mains. Ils préfèrent plutôt parler de grève et du «retard dans le virement de la prime de rendement», ou encore, celui d’un autre retard, celui du «règlement de la prime de zone». La zone du dialogue constructif, du débat sur l’avenir de l’école et sa mise à niveau leur est impraticable. Plus profitable est de s’insurger et faire beaucoup de bruit autour de la question des salaires et des primes, qui ne relève, pourtant, pas uniquement du bon vouloir de la grande Dame. Bref, l’essentiel étant ailleurs, les syndicats menacent de revenir à leurs anciens réflexes. Des réflexes qui ont laminé l’école et nos souvenirs de jeunesse. Aujourd’hui, l’apprenant est pris en otage, ses parents aussi, et on ne sait quoi dire à cette école. Les réformes, les contre-réformes et les bras de fer incessants entre ministres et sigles syndicaux, depuis des décennies, n’ont pu venir à bout de la triste machine. La culture du dialogue étant battue en brèche cette fois encore, il reste à espérer que le nouveau concept, celui d’un billet thématique du ministère dénommé «Repères en éducation» fera l’affaire. Hebdomadaire, ce billet sera sur différents canaux de communication, presse écrite, radio, TV et réseaux sociaux, afin que tout le monde puisse, enfin, y voir clair. Clarté et transparence, nécessaires au minima de compréhension, feront que nous saurons, alors, quoi dire à cette école qui interpelle. Pour l’heure, on nage en plein conciliabules, après l’appel à la grève lundi 21 décembre prochain…

M. N.

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