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Les délires du jeudi

Pendant toute la soirée d’hier, Safia a pensé à la journée d’aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, c’est le 8 mars, mais surtout parce que Safia est une femme, comme son prénom l’indique. Eh oui, ce ne sont pas les noms de famille qui indiquent qu’on est une femme. Les noms de famille n’indiquent pas non plus qu’on est un homme, mais c’est différent. C’est toujours différent entre une femme et un homme. C’est paradoxal et quelque peu bizarre d’ailleurs, que la femme perde son nom en en prenant un autre une fois mariée. L’homme, lui, garde le sien, tout en le donnant à son épouse. Pourquoi cette entrée en matière alors qu’il est question du 8 mars ? Eh bien, parce que le 8 mars, on peut parler de tout, il suffit juste de coller la date. C’est comme sur Facebook. On peut traiter quelqu’un de tous les noms d’oiseau, le traîner dans la boue, le ridiculiser, le menacer, l’envoyer en enfer… il suffit juste de «liker» sa publication avant et de mettre un «lol», ou un «mdr» flanqué d’un sourire en émoticône à la fin de votre commentaire et le tour est joué, tout rentre dans l’ordre. Dans la soirée d’hier, Safia a bien évidemment pensé à sa demi-journée d’aujourd’hui. Il n’y a plus grand-chose à en penser depuis longtemps, alors elle a pensé à toutes les autres journées entières où elle a été une femme. Elle ne sait pas pourquoi mais elle s’est rappelée ce soir un 7 mars du milieu des années 1970 où la télé diffusait l’image de cinq ou six moustachus en attaché-case à l’aéroport pendant que le journaliste annonçait le départ d’une délégation de… l’UNFA pour un séminaire où… elles devaient représenter… la femme algérienne. Plus de quarante ans après, Safia s’est demandé si les choses ont évolué, avec tous les 8 mars passés depuis. Parce que maintenant, des femmes viennent sur les plateaux de télé pour défendre la… polygamie et «débattre» le seuil de violence tolérable de leurs maris, le nombre de coups permis et les parties de leurs corps qui doivent être épargnés par les bastonnades. Safia a aussi pensé, toujours sans savoir pourquoi, au génial bonhomme de Batna qui respecte tellement les femmes qu’il a pensé à ouvrir un café qui leur est exclusivement réservé. Et ce palace d’une ville de l’ouest qui a aménagé une piscine couverte… pour femmes. Et ces «douctourate» qui refusent la consultation des hommes. Et ces «députées» en mission parlementaire à Bruxelles que leurs collègues mâles n’ont pas quittées d’une semelle pendant tout le séjour, en leur interdisant tout contact sans leur vigilante présence. Bizarrement, Safia s’est mise très tôt au lit, assommée par ces pensées qu’elle n’a pas cherchées. Avant de sombrer dans le sommeil, elle a quand même pensé à une rose rouge écarlate. Elle n’a pas eu le temps de penser au resto mais elle l’a fait au réveil. Elle a fait un long rêve mais elle ne s’en souvient pas. Trop délirant.

laouarisliman@gmail.com

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