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Les nouvelles cités remises en cause: Birtouta asphyxiée de partout

Située sur l’un des plus importants axes routiers de l’Algérie, Birtouta était déjà dès les années 80 et 90 ciblée par les vernis et les «chanceux» bénéficiaires de lots de terrain pour ériger de somptueuses villas dont beaucoup seront par la suite mises en location.

Cette commune choisie ces dernières années pour abriter des projets destinés à l’éradication de l’habitat précaire souffre aujourd’hui d’une saturation à tous les niveaux.
Située sur l’un des plus importants axes routiers de l’Algérie, Birtouta était déjà dès les années 80 et 90 ciblée par les vernis et les «chanceux» bénéficiaires de lots de terrain pour ériger de somptueuses villas dont beaucoup seront par la suite mises en location, d’autant qu’elles comportent au rez-de-chaussée des locaux à usage commercial loués aux sociétés à des prix mirobolants. L’embellie financière de la décennie écoulée a encouragé le gouvernement à puiser davantage dans le foncier de cette commune et lancer à toute vitesse le début d’un colossal programme de relogement dédié à la capitale. Birtouta, convoitée pour sa proximité avec la mégapole, verra en peu de temps se dresser de nouvelles cités, la première en 2010 avec plus de 1600 logements. Telles des champignons, ces dernières ont, comme il fallait s’y attendre, créé un phénomène dont les autorités ont fini par comprendre toute l’ampleur. Il s’agit d’abord d’une surpopulation qui ne tardera pas à manifester ses conséquences. Car ce n’était pas sans créer un certain nombre d’impondérables, objet actuellement de soucis tant pour la collectivité locale que pour la population. Une saturation à tous les secteurs d’activité.

Explosion démographique

L’arrivée de milliers de familles dans cette commune a eu pour premiers effets d’aboutir d’abord à une guerre de clans, née de la confrontation entre jeunes venus de différents quartiers d’une part, et d’autre part avec les locaux ne supportant pas les provocations des «nouveaux». Marquage atavique de territoire et à la triviale, introduction de nouveaux modes de vie, d’autres réflexes et évidemment la délinquance, la toxicomanie et autres vices sont les facteurs, à la moindre friction, déclencheurs de batailles rangées. Une situation devenue préoccupante au regard des autorités. Les choses ne sont rentrées dans l’ordre qu’une fois des unités de la police et de gendarmerie installées. Birtouta vit cependant d’autres problèmes. L’explosion démographique reste le facteur essentiel. Des pères de famille rencontrés sur les lieux avouent à l’unanimité que cette commune est surpeuplée. «On ne sait même pas quel est le nombre d’habitants de Birtouta mais ce qui est certain, c’est qu’il y en de trop», confie ce citoyen vivant ici depuis 50 ans, avant d’ajouter que «dans la rue, les magasins, il y a beaucoup de monde. Même les mosquées affichent complet. Il y a juste une quinzaine d’années, ce problème n’existait pas, mais là c’en est trop». Un autre chef de famille, au seuil d’un café plein comme un œuf, abonde pour sa part dans le même sens, tout en nous invitant de son index à jeter un coup d’œil à l’intérieur de l’estaminet. «C’est pareil partout», dit-il pour confirmer notre avis, et de renchérir : «vous vous rendez compte, les marchands de volailles liquident leur marchandise à 9h. Au-delà il ne rester que les cuisses pour être écoulées à un prix plus élevé». Histoire d’avoir le cœur net, un tour dans la ville nous renseigne en effet sur les propos justes de ce dernier. Devant le magasin du plus ancien patron de la volaille, une chaîne de plusieurs clients grossit toutes les cinq minutes. «C’est pour la qualité de ses produits qu’il est le préféré de tous. En plus, c’est moins cher, car il possède un poulailler et même un abattoir. Toutefois, il faut être patient ou venir tôt», remarque un client. Celui-ci explique aussi que depuis quelque temps, les marchands de la commune sont dépassés. «Des milliers de familles nouvellement installées perturbent le rapport de l’offre et de la demande alors que peu de choses ont été réalisées en matière de commerce de proximité. On aurait voulu avoir un autre marché pour venir en appoint à l’actuel qui ne satisfait pas totalement la demande. Birtouta, qui a vu pratiquement sa population augmenter de moitié, ne dispose que d’un seul marché», soutient le citoyen, avouant faire ses courses à Birkhadem. C’est vrai que c’est là une raison valable pour les habitants de se rabattre vers les marchés des communes voisines comme Douéra, Saoula ou BirKhadem. Du moins ceux qui ont les moyens pour se déplacer.

Manque de transport et classes surchargées

Si la position de la commune sur un axe routier bien desservi est un atout, cela vaut uniquement pour son centre-ville. En revanche, les nouvelles cités, à l’exemple de Chaibia, Sidi M’ Hamed, El Kahla, pour ne citer que ces dernières, sont quasiment isolées en matière de transport. Les habitants, ceux ne possédant pas de voiture, sont soumis à de longues attentes s’ils veulent se déplacer. «Faire le pied de grue durant une heure pour voir arriver un bus, et en plus dans un état repoussant, ce n’est pas la joie», dira à ce propos une dame nouvellement relogée. Alors que nous prenons congé d’elle, arrive un bus reliant la gare ferroviaire. Des voyageurs sortis d’on ne sait d’où prennent d’assaut le véhicule sous les appels au calme du chauffeur. Mais personne ne l’écoutait. En l’espace d’une poignée de minutes, le bus bondé à n’en plus pouvoir démarre, laissant la moitié des gens en train de pester. Finalement, seuls les plus forts ont eu le privilège de prendre place. Sur un autre registre, le secteur de l’éducation souffre plus de cette saturation généralisée. L’arrivée massive des familles issues des opérations de relogement a pesé sur ce secteur. La surcharge des classes fait de cette commune l’une des plus défavorisées de la capitale en matière de rendement scolaire. Les parents regrettent dans ce cadre le recours du ministère de l’Education au système des vacations, arguant ne pas convenir à leurs enfants. Ils pensent même que cette pratique serait à l’origine de la régression du taux de réussite. L’un d’eux affirme à ce propos que Birtouta est l’une des communes de la capitale où ce taux est faible. «Avec des classes surchargées, comment voulez-vous contenir 40 élèves et plus quand les normes parlent de 23 ou 25 élèves par classe tout au plus ? Avec un tel nombre, même les enseignants perdent leur motivation», commente le parent d’élève. C’est ce que confirme une enseignante du moyen par cette observation résumant bien la situation : «Je me sens tout le temps stressée. Maîtriser près d’une quarantaine d’élèves n’est pas facile. Le temps dans ces conditions travaille mal pour notre santé mentale».

Des projets annoncés par l’APC

Conscients toutefois de la situation de la commune asphyxiée de partout, les élus tentent de remédier par un plan de développement. Il touchera dans un avenir proche les agglomérations nouvellement créées comme Sidi M’Hamed et El Kahla qui continuent de vivre dans l’isolement.
Ces cités seront dotées de lignes de transport. Il est question aussi dans un court terme de créer une agence postale pour pallier l’insuffisance du seul bureau existant dans la commune.
Une convention signée entre Algérie Poste et l’OPGI prévoit la mise à disposition par cet office de locaux destinés à abriter une agence. Sur un autre plan, des groupes scolaires sont en voie de livraison, ce qui allégera la tension à ce titre. Actuellement, l’APC est en train de négocier avec l’OPGI la possibilité de reprendre des locaux pour en faire un marché de proximité.

Ali Fares

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