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LES VERTUS IMMORALES DE KEBIR MUSTAPHA AMMI: A la recherche du Nouveau Monde

Paru aux Editions Gallimard, Les vertus immorales de Kébir Mustapha Ammi nous plonge d’emblée au XVIe siècle pour nous raconter, sur fond d’Inquisition, l’histoire du premier Arabe qui s’est retrouvé en Amérique aux environs de 1527. Il a eu un destin extraordinaire.

L’explorateur dont nous raconte l’histoire Kebir Mustapha Ammi dans Les vertius immorales est un guérisseur, un interprète et un érudit. Il traverse d’abord le détroit de Gibraltar, comme les harraga ! «Je suis parti d’une histoire vraie et puis après je me suis livré à mon travail de romancier… Mon héros a dû cacher, bien sûr, qu’il était Arabe et musulman», affirme l’écrivain Kébir Mustapha Ammi à propos de son nouveau roman, lui qui est subjugué par l’aventure. Selon ses propos, son histoire évoque Moumen, un jeune Marocain, qui ne rêve que de courir le monde alors que les royaumes d’Espagne et du Portugal tentent de s’emparer de son pays. Il traverse le détroit de Gibraltar, aux alentours de 1520, à l’âge de dix-huit ans, et cache ses origines pour se rendre jusque dans le Nouveau Monde où l’attend une vie pleine de rebondissements. De nombreux personnages ponctuent sa route : des Espagnols, des Hollandais, des Français, des Anglais…

La morale bafouée

La morale sera souvent bafouée, car il faudra survivre dans des environnements souvent hostiles. Des complots en tous genres seront ourdis contre Moumen qui n’hésitera pas à se livrer, à son tour, à l’infamie pour triompher de ses ennemis. Il se révélera au contact des autres : ce qui était en sommeil trouve, au fil du temps, sa pleine expression et lui permet de s’approcher de lui-même. «C’est ce que traduit l’auteur dans l’argumentaire. L’écrivain à l’imaginaire fécond alimenté par d’innombrables lectures estime que ce roman ouvre une brèche de l’histoire de l’Espagne tout en relatant l’histoire de cet Arabe auquel la bravoure, la ruse et l’intelligence ont permis de surmonter moult obstacles et difficultés liés à ce contexte social et politique néfaste. L’Espagne qui chassait les morisques les empêchait d’aller dans le Nouveau Monde où l’Eglise catholique prenait racine et s’étalait dans ce continent sous la férule des rois catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon.  Ces vertus immorales traduisent ce tumultueux XVIesiècle sur fond de tensions religieuses où les tribunaux de l’Inquisition, le délit de délation et la loi de pureté du sang faisaient rage dans une Espagne intolérante et tyrannique. A ce sujet, l’auteur affirme : «Je voulais, avec Les Vertus immorales, écrire un roman ouvert sur le monde, tisser des passerelles avec l’ailleurs, parler des autres autant que de soi, en évoquant un siècle qui ressemble de manière troublante, par bien des côtés, au nôtre. Et la vertu ? me dira-t-on. Elle n’est en tout cas pas ce qu’on croit, et les vertueux ne sont pas forcément ceux auxquels on pense». Ce livre interpelle sur la liberté, la tolérance et le droit à la différence. D’où cette phrase significative de l’auteur : «Ce roman apparaît ainsi non comme un miroir dans lequel se reflètent les événements du monde, mais un miroir insoumis qui s’interroge et s’efforce de révéler l’image derrière l’image. Ce livre, je le voulais comme un livre sur la liberté d’être et la liberté des autres à être ce qu’ils sont et non pas ce qu’on voudrait qu’ils soient».

Le choc des religions

«De nombreuses questions apparaissent en filigrane qui ne sont pas sans rappeler l’époque que nous vivons. C’est un roman de voyages et d’aventures sur fond de choc des religions !» D’actualité, en ces temps de grandes tourmentes politiques et religieuses, il renvoie à notre siècle d’intolérance, de violence et de cruauté. Notons que l’auteur n’en est pas à son premier ouvrage, lui qui a été fasciné par L’Ile au trésor qui fut l’élément déclencheur pour son entrée dans les belles lettres. Dans sa palette littéraire, il a déjà fait paraître Le Ciel sans détours et Le Partage du monde. Natif de Taza, au Maroc, son père est originaire d’Algérie. Kébir, après son bac, est allé aux Etats-Unis et en Angleterre où il a étudié la philosophie et la littérature anglaise. Fixé actuellement à Paris où il enseigne, il est souvent en voyage…

Kheira Attouche

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