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L’été invincible…

Ils ont un besoin d’exister. Qu’ils se fassent appeler salafistes, wahabistes, djihadistes ou Tartempion-hors de piste, ces barbus obéissent à un seul objectif : le retour au Moyen-âge ! Ils veulent nous imposer leur ”ordre moral”, puisé d’on ne sait quel registre ancestral. Ces dernières années, leur haro aura ciblé les bars et les alcools. Puis vint le tour des plages jugées indécentes en short et en bikini. Des lieux de convivialité où l’on respire, pourtant, entre amis ou en famille … Peine perdue, la bière coule à flots et les plages sont toujours au bord de l’eau. Cette année, les diverses manifestations culturelles et musicales leur sont restées en travers de la gorge. A Ouargla, par exemple, des «prières pacifistes» ont dénoncé la météo infernale, le chômage, la marginalisation territoriale, le mépris de la «houkouma», la hogra, etc.etc. Ce brusque retour de l’épouvantail islamiste ne serait-il pas prémédité, bien huilé ? La question nous vient à l’esprit en pensant aux dernières gesticulations appelant à un consensus national, à une transition politique… Son auteur n’est autre que celui qui, en mars dernier, accusait le législateur de trahir «la spécificité» de la famille algérienne, lors de l’adoption de l’amendement du code pénal sur les violences conjugales. Les signaux en direction des islamistes étaient nombreux. Parmi eux, l’idée de rayer du code de la famille le divorce à la demande de la femme, l’indulgence à l’endroit du marché informel dont les islamistes sont les barons, etc., etc. Tout ça ayant capoté dans la cacophonie, le loup compte s’installer dans la bergerie grâce à l’annulation de spectacles. Leurs desiderata circulent à travers quelques barbes hirsutes. En plein été, saison festive à plus d’un titre, ils découvrent que la «normalité» de leur «ordre moral» ne fait pas recette. La statue de Aïn Fouara, emblème de Sétif, a été rénovée, après qu’un hurluberlu l’a vandalisée en décembre dernier. Ceux qui réclamaient sa mise au musée, loin des yeux chastes, peuvent aller se rhabiller. Classée propriété culturelle nationale en 1999, elle renvoie les obscurantistes à leurs ténèbres ! Et là, un Albert Camus ravive en nous une lumière : «Je redécouvrais à Tipasa qu’il fallait garder intactes en soi une fraîcheur, une source de joie, aimer le jour qui échappe à l’injustice (…). Je retrouvais ici l’ancienne beauté, un ciel jeune, et je mesurais ma chance, comprenant enfin que dans les pires années de notre folie, le souvenir de ce ciel ne m’avait jamais quitté. C’était lui qui pour finir m’avait empêché de désespérer. J’avais toujours su que les ruines de Tipasa étaient plus jeunes que nos chantiers ou nos décombres. Le monde y recommençait tous les jours dans une lumière toujours neuve. Ô lumière ! C’est le cri de tous les personnages placés, dans le drame antique, devant leur destin. Ce recours dernier était aussi le nôtre et je le savais maintenant. Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible». Cette lumière, extraite de son livre intitulé «L’été», décrit, avec lyrisme, la source de joie enfouie en nous. Nous, qui vivons en cette Algérie qui a vu naître ce Camus. Mais on ferme les yeux, parfois, laissant des enturbannés nous pourrir la vie. Grognons, ronchons et donneurs de leçons pseudo-islamiques, ils sont bornés au point de transgresser la nature et ce qu’est l’été. L’été ravit l’être humain et l’emporte dans ses replis de lumières. Il prolonge les jours et nous fait apprécier les nuits étoilées. Il évoque des images de mer étincelante, de vagues miroitantes et de sables aux dorures ondoyantes. Invincible, il fait resplendir, enfin, des parfums, des couleurs, des rayonnements…
Autant dire que la source de joie, cette source de vie qui est en nous incommode ces obscurantistes de tous poils. Ils préfèrent le gris, l’ennui de la malédiction du siècle…

M. N.

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