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Menace sur la gratuité, désengagement de l’Etat, statut des ESP et renoncement aux soins: Loi sanitaire les mises en garde des spécialistes

Le projet de loi sanitaire débattu à l’APN va approfondir les inégalités, augmenter la pauvreté et démanteler les établissements de santé publique, avertissent des spécialistes et des acteurs du secteur.
Lors d’une conférence de presse organisée, hier, au siège de son syndicat à Alger, le président du SNPSP (Syndicat national des praticiens de santé publique), n’a pas été avec le dos de la cuillère pour dénoncer un texte de loi «non consensuel». «Le partenaire social a été exclu des étapes de sa préparation», a déclaré le Dr Lyès Merabet, avant de s’étaler sur la lecture faite par les structures de son syndicat. D’abord la gratuité des soins. Ce slogan tant vanté est en passe d’être enterré avec «l’orientation claire visant le démantèlement de l’établissement de santé publique et la privatisation graduelle du secteur sous couvert de complémentarité entre le public et le privé», critique le conférencier. Le président du SNPSP fera remarquer que dans ce projet (version française), la gratuité des soins n’est citée que dans un seul article (12). Tandis que dans un autre chapitre, pas moins de quatre articles (346 à 349) traitent de «la participation du citoyen aux dépenses de soins». «Une contradiction flagrante», relève le Dr Merabet qui rappelle aussi les dispositions de l’article 66 de la Constitution portant sur le droit des citoyens à une prise en charge médicale, la prévention des maladies transmissibles et la prise en charge des personnes démunies. L’introduction du médecin de famille est certes «saluée» dans ce projet, mais selon le conférencier «il faut d’abord corriger les insuffisances, réformer la sécurité sociale pour parvenir à instaurer les soins à domicile et avoir un meilleur résultat». Idem pour la gériatrie qui nécessite, a-t-il estimé, «l’ouverture de la spécialité dans l’enseignement supérieur» surtout qu’elle touche 10% de la population algérienne. «Avant d’ouvrir une spécialité de chirurgie esthétique l’année prochaine, il faut définir les priorités», a enchaîné le Dr Merabet.

«Code pénal bis» !

Le volet relatif à la pénalisation de l’acte médical est aussi pointé du doigt. A travers ce projet, l’on veut instaurer «un code pénal bis», s’emporte le président du SNPSP qui explique que «plusieurs articles (de 432 à 441) prévoient des sanctions et des condamnations contre le personnel médical et paramédical qui sont du ressort de la justice». Ceci au moment où il est relevé «l’absence totale de rigueur en termes de sanction» contre les auteurs d’actes d’agressions contre les professionnels du secteur à l’intérieur des structures. La loi se limite à un seul passage dans l’article 27. Quant à la création de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, le conférencier y voit «une contradiction avec la réalité, puisque une autre agence existe et est érigée par la loi 13/08 du 20 juillet 2008». De plus, «le budget alloué à la faveur de l’article 235 est colossal comparativement aux missions assignées à l’agence», critique le Dr Merabet. Ce dernier s’est exprimé sur la question du service civil dont l’obligation est maintenue dans le projet. Il soutient que «l’abrogation doit être graduelle, pas dans l’immédiat». Toutefois, «charge à l’Etat de mettre en place les mesures incitatives sur le plan financier, de la prise en charge et des conditions adéquates du travail aux spécialistes», a-t-il ajouté. Pour sa part, Noureddine Bouderba, consultant en questions sociales, s’est montré pessimiste quant aux conséquences de l’entrée en vigueur de cette loi, sur la vie des Algériens. Chiffres officiels de l’ONS à l’appui, il dira qu’elle «aura pour effet de mettre fin à la gratuité de la médecine, d’approfondir les inégalités d’accès aux soins et d’augmenter la pauvreté». Regrettant «le retour en 2018» de maladies qui avaient disparu comme la rougeole et la rubéole, le consultant pense que la volonté de désengagement de l’Etat de la gratuité des soins que l’on trouve dans les articles de 343 à 348, signe «l’arrêt de mort de la gratuité consacrée par l’actuelle loi (85-05) dans son article 22».

Les risques

Une enquête sur la consommation réalisée, en 2011, par l’ONS auprès des ménages, montre qu’hors loyers fictifs, les 80 % de la population les moins aisés consacrent plus de 50% de leurs dépenses à l’alimentation. «C’est dire que l’essentiel des revenus des ménages non riches en Algérie vont aux dépenses de subsistance», conclut Bouderba, ajoutant que «l’extrême précarité du pouvoir d’achat de la majorité de la population ne permet pas à cette dernière de supporter les coûts supplémentaires qu’on veut lui imposer». Bouderba critique enfin «la suppression» par la commission de la santé de l’APN d’articles qui traitent «de la prise en charge sanitaire des migrants, de la femme en détresse et de la suspension de la grossesse en cas de danger». Le consultant n’omettra pas aussi de critiquer «la suppression» par la commission de la santé de l’APN de plusieurs articles qui traitent de la prise en charge sanitaire des migrants, de la femme en détresse, de la suspension de la grossesse en cas de danger et de l’encouragement de l’allaitement maternel.

Aïssa Moussi

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