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Migrations et mobilités

Toute l’Europe n’en finit pas de parler d’immigration, la «bombe à retardement» des fantasmes populistes d’une frange de la classe politique. La Syrie, l’Afrique subsaharienne et les pays de ce côté-ci de la Méditerranée sont dans le collimateur. Et, après la visite, jeudi dernier, en Tunisie, du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, il serait intéressant d’y voir un peu plus clair, au moment où nos voisins tunisiens maintiennent un voile pudique sur le sujet. Déjà en avril 2011, la Tunisie post-Ben Ali accueillait Berlusconi, alors chef de l’Exécutif italien. Le «Cavaliere» croyait avoir conclu un accord : Tunis promettant de renforcer le contrôle de ses eaux territoriales, tandis que l’Italie renverra les charters de clandestins, en échange de quelques permis de travail temporaires. Ou quelque chose comme ça. Plus de sept ans après, la Tunisie mène, cahin-caha, sa transition démocratique avec des partis plus préoccupés par des législatives et des présidentielles en 2019, que par une jeunesse ne pensant qu’à émigrer. Comme un bégaiement de l’histoire, les revendications de cette jeunesse sont les mêmes, et Berlusconi, tout comme Salvini, ne font qu’alimenter les fantasmes et la peur de l’étranger. Comme par hasard, le week-end dernier s’est tenu, à Palerme, le procès de six pêcheurs tunisiens, originaires de Zarzis, ville côtière à deux encablures de la Libye, d’où partent de nombreuses embarcations illégales. Les marins se sont vu désignés comme passeurs, après avoir tracté une barque en détresse jusque dans les eaux territoriales italiennes. L’histoire fut à peine mentionnée, comme un fait divers, dans quelques brèves internationales. C’était au contraire une affaire hautement politique. Et le capitaine de l’équipage sur le banc des accusés n’était pas n’importe quel pêcheur. Il s’agissait d’un sauvetage et non d’une opération de trafic. L’homme, qui risquait quinze ans de prison pour n’avoir pas laissé 14 personnes mourir au large, est aussi un syndicaliste et un leader d’opinion pour la communauté des marins-pêcheurs de Zarzis. Il organise régulièrement des formations au sauvetage en mer, en partenariat avec «Médecins sans frontières». Il n’en était pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà récupéré une centaine de personnes à la dérive depuis le début de l’année. Bref, il a été relaxé, au même titre que les marins qui l’accompagnaient dans cette mission humanitaire. Un humanitaire qui répond présent contrairement au silence assourdissant de l’Europe et l’inaction coupable de ses dirigeants. C’est donc d’une crise politique dont il s’agit, quand le populisme crie à qui veut l’entendre qu’il n’hésitera pas, désormais, à criminaliser les ONG et la société civile. En témoigne l’interminable errance de l’Aquarius, sur le point de devenir un bateau fantôme, après que le Panama ait cédé aux pressions de l’Italie pour qu’il lui retire son pavillon. Comme si «Le Bon, la Brute et le Truand», le célèbre western germano-hispano-italo-américain réalisé par Sergio Leone en 1966, faisait un remake dans une actualité à couteaux tirés. Finalement, la brute panaméenne arrange le truand italien, mais qui voudra bien être le bon européen, humanitaire ? Motus et bouche cousue à l’heure du populisme… En fait, ce 21e siècle est celui des migrations et des mobilités. Ce n’est ni un accident de l’histoire, bien que celle des colonisations ait sa part de responsabilité, ni une crise politique, à régler par des élections populistes, pour ne pas dire racistes. Aux leaders européens de proposer une politique digne de ce nom, et d’offrir une réponse aux défis que pose cette mutation globale dans l’histoire des civilisations. Car rien n’empêchera les rêveurs d’un monde laissé pour compte, le tiers-monde de ce siècle, de venir chercher la possibilité d’un avenir d’ailleurs où ils sont nés. On les a vus partir à la mer comme on part à la mort. Et pour eux, plutôt la mort que l’absence d’espoir. C’est malheureux, mais c’est comme ça…

M. N.

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