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Mois du patrimoine: Les Algériens boudent les musées

De nouveau, le mois du patrimoine nous rappelle que malgré tous les efforts consentis par le ministère de la culture, les nombreux musées se trouvant à travers toutes les villes d’Algérie n’attirent toujours pas les visiteurs. Pourtant, les solutions existent.

Qu’ils se trouvent à Alger, Oran, Constantine, Annaba ou dans les villes de l’intérieur telles que Tiaret, Djelfa ou Médéa, nos musées sont boudés par le public qui ne trouve toujours pas de motif pour les visiter. Le motif pour visiter un musée, c’est le sujet le plus important qui a été négligé par les différents ministres de la culture qui se sont succédés depuis l’indépendance de notre pays.

La bonne foi ne suffit pas à elle seule

Ces ministres et gestionnaires de notre culture qui ont, souvent, agi de bonne foi, ont consacré tout leur temps à construire des musées, acheter, récupérer des pièces archéologiques, des tableaux etc… Ces ministres ont réussi à placer à la tête des musées des conservateurs diplômés, à créer des lois et à les appliquer pour la protection de ces pièces, mais n’ont toujours pas réussi à ramener le citoyen vers ces musées.
Dans les plus grands musées d’Algérie dont Le Bardo, le musée des antiquités ou ceux de Cherchell, Tipaza et ailleurs, l’ambiance y est froide et à l’entrée, on est souvent tenté de demander ou de se demander si l’accès n’y est pas interdit. Si le principe de faire payer les gens pour la visite des musées est bon, cela n’a eu d’effet, ni sur l’augmentation du nombre de visiteurs ni sur les rentrées d’argent trop maigres pour les réinvestir dans la restauration ou l’achat de nouvelles œuvres artistiques ou de pièces archéologiques. Le grand problème réside dans l’information et le motif pour attirer les visiteurs qui doivent se sentir bien dans ces espaces culturels.
Bien qu’à Alger, il y a plusieurs musées intéressants tels que Dar Khdaouedj El âmia, Le Bardo, ou celui des Beaux arts, les gens n’osent pas y aller car rien ne les attire à cause de l’absence d’idées et de médiatisation de certaines activités. L’ancien directeur du musée Emir Abdelkader de Médéa qui dirige aujourd’hui, le Palais des Raïs avait bien réussi en organisant quelques activités telles que la fête du pain qui invitait les visiteurs à une sortie aérée à Benchicaou tout en offrant en Bonus, la visite de l’infrastructure qu’il dirige. Les musées qui descendaient dans la rue et qui s’ouvraient au public durant une nuit étaient aussi de bonnes idées à rééditer. L’organisation de conférences au niveau des musées pourraient également jouer un rôle au cas où ces conférences sont diffusées sur les chaînes de télévision.

De petits musées bien gérés

Il existe des exemples de bonne gestion des musées, mais à cause du manque de médiatisation, les gens n’y vont que rarement. C’est le cas du petit musée communal de Djelfa. Dans le hall, une tente est dressée pour nous plonger directement dans la vie bédouine de Djelfa. Divers objets tel que le Rha (moulin de pierre) qui servait autrefois à moudre le blé et l’orge, la chekoua (peau de chèvre) pour préparer le petit lait tout en extrayant le beurre et Mehrez (mortier en pierre). A gauche sont dressés un Mensedj (métier à tisser) et des Burnous tissés en laine et en Wber (poils de chameau). Dans l’espace réservé à la préhistoire, des armes millénaires sont exposées notamment les fléchettes en os et en pierre. On reconnaît le stand de la civilisation ottomane et ses fusils décorés par de jolis dessins. Des jarres ornent l’espace de l’époque romaine. Dans une grotte traditionnelle de Djelfa, nous nous retrouvons dans une maison bédouine recouverte d’un grand tapis tissé. Dans un coin, on remarque une marmite en terre cuite posée sur un feu de bois allumé. On s’approche pour nous réchauffer quelque peu les mains tout en regardant la Chekoua posée dans l’autre coin. Le visiteur de ce musée pourra faire connaissance les jeux traditionnels tels que la Kherbga (jeu algérien ressemblant au Go), le Sig qui se joue avec des morceaux de roseau, la Zlibha ou Hniech (jouée avec 3 pierres pour chaque joueur) et la Tellouma, l’ancêtre du Golf. La direction de ce musée pourrait bien organiser en partenariat avec l’apc de Djelfa un tournoi de Kherbga ou de Sig en plein et inviter les participants et spectateurs à visiter le musée.
Celui de Lalla Fatma Nsoumer qui se trouve sur les hauteurs de Tablat dans la wilaya de Médéa est également une petite merveille mais l’Apc du tout petit village ne pourrait pas se permettre d’organiser seule des excursions à partir d’Alger, Blida et villes avoisinantes. En visitant ce musées, où chaque salle est animée, des l’entrée du visiteur par de la musique où des chants religieux, on ressort avec de nouvelles connaissances sur l’histoire de Lalla Fatma Nsoumer, de Boubeghla etc…

Les mentalités ne changent pas

Il y a quelques années, au sujet de l’absence de visiteurs au niveau des musées, un cadre du ministère de la culture nous avait déclaré «les mentalités doivent changer pour que les gens y viennent». Ce cadre s’est trompé. Les gens boudent toujours les musées car on ne peut changer les mentalités. Par contre, on peut changer les comportements en traçant un vrai programme de formation des gestionnaires et en cherchant des solutions pour attirer les citoyens et habituer les enfants à ces visites, notamment par le biens des écoles. La gestion doit également être revue tout comme le budget des conservateurs qui n’arrivent même pas à payer le personnel dont les gardiens.
D’ailleurs, c’est surtout pour ce motif que les musées ferment entre midi et treize heures. On se demande en outre, si un conservateur a les moyens financiers et le droit d’acheter des œuvres sans consulter le ministère de la culture car la bonne gestion, c’est aussi l’autonomie. Enfin, on sait bien qu’il y a une volonté d’attirer les visiteurs tout au long de l’année et pas seulement durant certaines occasions telles que «le mois sur le patrimoine», mais la volonté et la bonne foi ne suffisent pas. Au fait, a-t-on fait appel à des spécialistes en management ? Ces derniers ont la solution.

Bari Stambouli

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