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Mon enfance à Oran de Jean -Paul Morro: Douces réminiscences oranaises

A travers son ouvrage Mon enfance à Oran, Jean-Paul Morro raconte avec délicatesse et aménité un pan de sa vie d’enfant qu’il garde enfoui dans sa mémoire.

Paru aux éditions ‘Casbah’, le livre «Mon enfance à Oran» de Jean-Paul Morro est une tendre autobiographie qui raconte une époque révolue qui a compté énormément pour l’auteur. De souvenirs affectueux, de confessions intimes, de révélations familiales, Jean- Paul Morro raconte avec nostalgie et bonhomie son enfance à Oran dans ce quartier de la Marine qui l’a vu naître. Un quartier populaire où les premières et secondes générations d’émigrants italiens, corses, maltais et français vivaient en une cohabitation harmonieuse. Tous unis par ce ciment de la pauvreté de cette classe des démunis et des petites gens. Des prolétaires en quête d’une vie meilleure à qui le gouvernement français de l’époque leur avait promis des terres.

Les moments de tendresse

Le narrateur relate la saga familiale d’origine italienne par sa mère les Gustavino et espagnole par son père les Morro. Il relate leur petite vie de pauvres émigrants comme bien d’autres venus pour la richesse de ce pays considéré comme le prolongement de la France. Son père, ses grands pères et arrières grands pères tous oranais, ont été des travailleurs acharnés. L’auteur relate les douces réminiscences de son enfance, ses jeux d’enfants, ses balades à la montagne des lions, ses sorties à Canastel et à la plage des genêts avec sa famille, les flâneries à Kristel, les agapes avec les tantes, oncles cousins et cousines. Tante Alice nous racontait de belles histoires, se souvient-il. «Ces moments, hélas trop rares, baignés de tendresse, comptent parmi les plus doux et les plus chaleureux de mon enfance», dit il. De belles journées aux plages de Ain el Turk, le cap falcon, la fontaine des gazelles, les dunes des Andalouses, la pêche et la pêche sous marine et l’incontournable frita lors de ces sorties avec les membres de la famille élargie restent des instants inoubliables pour l’enfant Morro.

Les racines

De ces souvenirs jaillissent ces balades en vélo avec une bande de copains à Lévignac où il passa chaque année ses vacances en France. Lorsque jean – Paul Morro raconte son enfance, il précise à chaque fois que «Mon Algérie n’a jamais rien eu à voir avec celle des grands propriétaires fonciers. Eux, ou en tout cas leur famille, vivaient à Paris et venaient sur «leurs» terres toucher les dividendes d’un travail que d’autres effectuaient à leur place. Et je n’ai jamais supporté d’être devenu un «rapatrié» qu’on assimile à ces gens-là. De même que je souffre d’entendre, bien qu’il soit malheureusement trop justifié le mot de «colonisation» appliqué à la présence de la France en Algérie. Malgré mon jeune âge, je me sentais moins français dans l’âme qu’algérien. Mes racines s’enfonçaient en Algérie et à Oran en particulier. Et la preuve vivante, indiscutable à mes yeux, en était la présence de mes grands-parents, tous nés sur ce sol» précise t-il. Dans cette narration vivante et agréable des jours heureux de l’enfance, survint l’OAS, les exactions, les explosions de pains de plastic et les rafales de mitraillettes. Mis en évidence, ces événements violents qui redoublèrent d’intensité marquèrent le retour inéluctable en France de cette famille comme tant d’autres. Ce pathétique récit plein de nostalgie, de colère par moments et de grande empathie se déroule comme une bande annonce tant la précision et le souci du détail s’y retrouvent.

Un beau film

Jean-Paul Morro, raconte avec délicatesse et aménité un pan de sa vie d’enfant qu’il garde enfoui dans sa mémoire. A travers une écriture pleine de fraîcheur et d’une certaine impartialité émanant du cœur, l’auteur dit ses moments intimes et ses tendres confessions. Il nous introduit dans une période où dit il «je vivais sans le savoir sur une terre d’injustice. Les miens avaient bâti leur destin, leur vie, leur prospérité sur le malheur des autres en toute bonne foi sans jamais vouloir reconnaître qu’ils n’étaient pas chez eux et sans compter avec l’histoire qui devait, coûte que coûte, faire son œuvre».
L’auteur nous fait revisiter une époque à jamais révolue. Sous la nostalgie se cache une réelle réflexion sur la colonisation et ces petites gens dont certains ont été blousés et d’autres spoliés de leurs terre. Avec ces mémoires, Morro se livre sans fards et se délivre en même temps. Cette autobiographie riche en personnages colorés et en événements divers pourrait être un très beau film.

Kheira Attouche

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