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Mustapha Hadni, coordinateur du PLD, au Temps d’Algérie : «L’Armée doit accompagner le processus de transition»

Le Parti pour la Laïcité et la Démocratie (PLD) est l’un des partis qui était parmi les premiers à appeler à une transition démocratique, bien avant tous les autres partis de l’opposition qui ont signé la plate-forme du Mazafran en 2014. Dans cet entretien, le coordinateur national du parti, Mustapha Hadni, a bien voulu répondre à nos questions sur les manifestations qui se déroulent dans le pays depuis un mois, et les propositions de sortie de crise de sa formation. La priorité pour lui, devrait être donnée à la dissolution des institutions (Sénat, APN, APW, APC), ainsi qu’à celle des syndicats et associations «maison» (UGTA, UNPA, UNEA, UNFA, …), puis suivra la désignation d’un gouvernement de combat républicain pour gérer la transition, ensuite l’adoption d’un projet d’une nouvelle Constitution, afin d’aboutir à la définition d’un projet de société consacrant l’Algérie République démocratique, moderne, sociale et laïque, et enfin, l’organisation des premières élections libres et démocratiques (législatives, communales et présidentielle).

Entretien réalisé par : Karim Aimeur
Le Temps d’Algérie : L’Algérie vit depuis quelques semaines au rythme des manifestations contre le système politique. Êtes-vous surpris par ce mouvement inattendu ?

Mustapha Hadni : C’est tout à fait surprenant et prodigieux en même temps ! Les Algériennes et les Algériens ne sont pas sortis en masse pour dénoncer le seul cinquième mandat ! La protestation va bien au-delà ! Il suffit de passer en revue les mots d’ordre lancés pendant les marches, pour saisir rapidement que les manifestants ne sont pas dans la courte vue, et ne s’arrêtent pas aux symptômes de la crise. Leur colère s’adresse aux causes du mal. Plus qu’un homme, il s’agit pour les citoyens de dégager un système, d’en déraciner les pousses que celui-ci a eu le temps de faire croître dans les profondeurs de la société, avant de s’engager dans la voie du redressement et l’édification d’une Algérie libre et démocratique. Ce que vit le pays est à inscrire dans la continuité du volcan algérien qui gronde, est en éruption cyclique depuis l’indépendance et qui, depuis, ne s’est jamais éteint. Les secousses, principalement les insurrections socio-politiques de 1980, 1988, le mouvement citoyen de 2001 puis les décennies de terrorisme islamiste, ont laissé de profonds stigmates dans la conscience populaire. Ce qui avait manqué par le passé, c’est le mouvement d’ensemble auquel nous assistons aujourd’hui, et qui a enflammé tout le pays. Une étape qualitative nouvelle vient d’être franchie par le peuple en ce mois de février. La digue de la peur a cédé, libérant un fleuve majestueux par sa puissance, sa maturité politique, sa force tranquille, sa mixité, sa jeunesse, sa cohésion, sa détermination et un aplomb à couper le souffle ! De surcroît, les gens ne sont pas dupes et comprennent que le système est toujours dans la langue de bois. C’est pourquoi ils refusent l’étirement ubuesque du quatrième mandat et les modalités de la transition tels que le pouvoir les a configurées. Il y a une réelle prise de conscience qui préfigure l’éclosion d’une nouvelle ère politique en Algérie.

Le peuple, à travers les manifestations pacifiques, a donné des leçons au monde entier et à ceux qui avaient des pensées négatives sur lui. Que pensez-vous de sa mobilisation inédite ?
Après un long mutisme, des murailles sont tombées. Celle de la peur et du silence. Des millions d’Algériennes et d’Algériens aspirent aujourd’hui à vivre libres, comme tous les citoyens de la planète. En occupant pacifiquement la rue et en donnant un caractère festif aux manifestations, les Algériennes et les Algériens ont, non seulement fait preuve d’une haute conscience politique, mais ont démenti avec une superbe élégance, tous les clichés et les visions essentialistes qui en faisaient un peuple enclin au désordre et à l’anarchie, voué à la violence, et au bout du compte non éligible à la modernité et à la démocratie. Ce qui est impressionnant est que le peuple uni comme les doigts d’une main, défile massivement tous les jours en assumant sa pluralité et sa richesse culturelle, mû par un objectif unique : dégager le système et son corollaire : la République bananière ! Ce n’est que justice ! Le système a affaibli, anémié, dévitalisé, mis à genoux l’Algérie et cassé l’épine dorsale de son économie, à un point tel qu’elle est livrée pieds et poings liés aux intérêts financiers étrangers. Sinon, comment expliquer sa vulnérabilité et sa dépendance extérieure ?
Mes pensées, en ce moment historique que traverse l’Algérie, sont entièrement tournées vers la mémoire de Hachemi Cherif, fondateur du MDS, lequel avait compris il y a déjà 30 ans, que dégager le système et l’islamisme politique, c’était l’antidote à la crise multiforme que vit le pays, et en même temps la solution unique qui permettrait à l’Algérie de s’arrimer à la modernité et de prendre son essor politique. Seul un homme politique de la trempe de Hachemi Cherif pouvait anticiper avec une telle justesse sur les événements, car comme l’affirmait un grand philosophe : «Un révolutionnaire se doit d’entendre l’herbe pousser !» C’est cette idée cruciale, d’une brûlante actualité, que le peuple a comprise, et que Hachemi Cherif avait théorisée sous le concept de la double rupture, rupture à double détente ayant pour but de liquider et le système rentier et bureaucratique et l’idéologie totalitaire de l’islamisme politique. Hachemi Cherif aurait été heureux de voir son peuple ressusciter sous ses yeux, et marcher pacifiquement vers un avenir meilleur ! Paix à son âme !

La forte mobilisation populaire a fait fléchir les positions de certains partis politiques et organisations de la société civile. Que pensez-vous de l’adhésion des partis du pouvoir au mouvement populaire ?
La première question que je me pose est la suivante : est-ce que nous avons affaire à de véritables partis ? La scène politique du pays est encombrée de dizaines de partis, en fait des partis qui n’en sont pas, «made in Taiwan» comme aime à les railler le génie populaire. Mais le problème le plus grave, ce n’est pas tant leur nombre que leur vacuité ! Ont-ils un ancrage réel dans la société qui leur permettrait de prendre la mesure des problèmes qui se posent au citoyen ? Défendent-ils l’intérêt supérieur de la nation et l’intérêt général ? Qui, en fait, représentent-ils ? A quoi servent-ils ? Ces coquilles vides sont là uniquement pour jouer l’air de la musique que leur ordonne d’exécuter le bailleur de fonds, à savoir le système en place, et donner l’illusion à la société algérienne et au monde, que l’Algérie vit «démocratiquement» le pluralisme des idées ! Ce qui malheureusement ne colle pas à la réalité, puisque le personnel politique tous courants confondus est dans la génuflexion, l’obséquiosité et l’allégeance au maître. Pire encore, cette classe politique est une nuisance politique et un facteur de blocage pour la construction d’une alternative démocratique, moderne et sociale. Elle est dans son ensemble obsolète. C’est pourquoi elle doit partir, comme d’ailleurs le système qui l’a engendrée, et sans lequel elle n’aurait eu aucune chance de prospérer. Il n’y a qu’à voir comment réagit aujourd’hui la classe politique !
Pendant que les islamistes sont débarqués des marches par les manifestants, les «partis démocrates» volent à leur secours et font tout pour les … remettre en selle dans la vie politique !!?? Ces ralliements, notamment celui du FLN, m’interpellent par leur caractère massif. Comment se fait-il que du jour au lendemain, des contingents entiers, en fait un appareil en totalité, bascule du côté du mouvement populaire, alors qu’il y à peine quelques semaines, le même parti était unanime derrière la candidature de Bouteflika ?
Cette adhésion est purement et simplement un retournement de veste qui en dit long sur le «panurgisme» du FLN. La classe politique algérienne est capable de tous les retournements, fussent-ils au prix de la ruine du pays, l’essentiel étant de continuer à biberonner la mamelle de la rente, et de rester aux manettes du pays ad vitam aeternam. C’est pourquoi tous les partis politiques, y compris les démocrates, doivent être dissous.

Aujourd’hui, tout le monde semble acquis à la nécessité d’opérer une transition démocratique. Comment la concevez-vous ?
L’intérêt suprême du pays n’a pas de préférence partisane. Il transcende tous les clivages politiques. A l’exclusion des islamistes, le salut du pays passera par le rassemblement de tous les patriotes de l’arc républicain, quel que soit, par aill eurs, leur positionnement politique. Cette convergence républicaine et patriotique appelle une transition politique pacifique. Celle-ci pourrait être menée à bien si l’ANP, institution républicaine qui a su défendre la patrie aux heures les plus sombres du terrorisme islamiste, s’engage à l’accompagner jusqu’à sa pleine réalisation. Pour marquer la fin du système et ouvrir une nouvelle ère démocratique, la priorité devrait être donnée à la dissolution des institutions prétendument «élues» ou désignées (Sénat, APN, APW, APC), ainsi qu’à celle des syndicats et associations «maison» (UGTA, UNPA, UNEA, UNFA…), puis suivra la désignation d’un gouvernement de combat républicain pour gérer la transition, ensuite l’adoption d’un projet de nouvelle Constitution, afin d’aboutir à la définition d’un projet de société consacrant l’Algérie République démocratique, moderne, sociale et laïque, et enfin l’organisation des premières élections libres et démocratiques (législatives, communales et présidentielle).

Quelle lecture faites-vous de la mission de Lamamra à l’étranger ?
Qu’il s’agisse de Lamamra, Bedoui ou Brahimi, ces différentes personnalités ne sont plus rien. Elles ne représentent plus rien. Elles ont été désavouées par la vox populi. Leur marge de manœuvre est extrêmement faible, d’autant que le mouvement populaire est non seulement massif, s’est installé dans la durée et revendique nommément leur tête. En fait, Lamamra procède à des consultations pour gagner du temps tout simplement. Et de surcroît, l’accueil à l’étranger semble plutôt froid.

Quel doit être le rôle de l’armée dans la transition ?
Comme l’a souligné le PLD dans ses précédentes déclarations, seule l’ANP, compte tenu de la situation politique du pays, est objectivement un acteur majeur dans la vie politique en Algérie. Grâce à son implantation à l’échelle nationale et à sa puissante organisation, elle est la colonne vertébrale du pays. C’est pourquoi elle est en mesure d’accompagner le mouvement de masse actuel, et de faire aboutir les revendications qu’il porte dans le cadre d’une transition nationale républicaine. Par les slogans qu’il a scandés tout au long de ce mois de manifestations, force est de constater que le peuple a de fait plébiscité le rôle de l’Armée. Elle est ainsi devenue un partenaire incontournable, dans son aptitude à jouer un rôle central dans les pourparlers politiques à venir, et à être la garante du processus de négociation qui sera mis en place.
K. A.

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