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Mythe ancien du secret…

Par définition, le secret suggère parfois des fautes, des dérives et manquements à ne pas révéler. Il attire l’attention, intrigue, étonne et invite à la curiosité. La volonté de le soustraire aux yeux des gens charrie pas mal d’échos négatifs, et c’est l’éveil des imaginations. L’envie de voir ce secret éventé se fait jour, afin que des énigmes soient découvertes, que des mystères soient percés… Au niveau des rouages de l’Etat, il est évident que les James Bond du cinéma ont fini par susciter de nombreuses vocations, ici comme ailleurs. Chez nos citoyens lambda, aussi. La méfiance, le dégoût et la fascination semblent ancrés dans l’inconscient collectif. C’est ainsi qu’entre attirance et rejet, le monde opaque des services secrets n’a pas fini de faire parler de lui. Pendant ce temps, pour y voir clair, la justice choisit souvent de s’aveugler.
Elle redoute les sonorités, feutrées et rugueuses à la fois, de la vérité qui peut conduire à la désobéissance civile, à la révolte même. Certains secrets apparaissent ainsi dangereux, au motif qu’ils dévalorisent les institutions et l’ordre établi pour veiller à la chose publique. Les avocats, le syndicat de la magistrature, les droits de l’Homme auront beau ferrailler de manière récurrente contre ces secrets, rien n’y fera : les forces institutionnelles restent chevillées à l’impénétrable. Le «circulez, y a rien à voir» s’entend, se voit à la porte de Pandore. Cette porte semble verrouillée, cadenassée, du moins pour l’avocat du désormais feu Dr Kamel-Eddine Fekhar. Ce défunt client lui avait dit que sa mort était programmée. La vidéo, postée sur la page Facebook de l’avocat, parle d’elle-même. Les accusations y sont sidérantes. Du fait même de la non-prise en charge médicale au pavillon carcéral de Ghardaïa, à la détention jugée arbitraire, tout semble clair comme de l’eau de roche. La non-assistance à personne en danger saute aux yeux, à moins que certains aient choisi de regarder ailleurs.
Un ailleurs qui scrute déjà l’émotion, mêlée d’indignation, qu’a suscité la mort du Dr Kamel Eddine Fekhar. La marche de demain, la dernière sous le sceau ramadhanesque, sera sûrement l’occasion de lui rendre hommage, après que partis politiques, associations de défense des droits de l’Homme et simples citoyens, aient été unanimes à lui reconnaître son combat de militant intègre, sans secrets pour personne. Sa famille, ses enfants, ses amis proches et des milliers d’anonymes, auront l’intime conviction d’avoir été volés, privés d’une vérité, toute nue. Mais, le mythe ancien du secret à garder restera un modèle de curiosité néfaste.
Celui qui ose l’éventer est montré du doigt, discrédité, tenu responsable des douleurs et des détresses humaines… Pourtant, la curiosité, l’envie de découvrir ne font-elles pas avancer le monde ? Tant d’énigmes encore à résoudre, tant de secrets nous hantent, et nous font regretter l’absence de  transparence à n’importe quel étage des institutions gouvernantes. La curiosité permet de se poser des questions, de les résoudre et de progresser, n’en déplaise aux barbouzes mal embouchés des années de plomb. Heureusement que de nos jours, ce mythe du secret a pris du plomb dans l’aile. Presque tout se sait grâce aux nouvelles technologies de l’info, et l’être humain, toujours en quête de secrets et de mystères, ne se pose pas tant de questions sur le monde qui l’entoure…
M. N.

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