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Nordine Grim, économiste, écrivain et journaliste : «Le politique ne doit pas interférer dans l’économique, ni influencer la justice»

Le climat des affaires dans notre pays, est devenu très délétère. «Le Hirak ne fait pas peur aux investisseurs, c’est l’instabilité juridique qui fait peur».

Les indicateurs économiques sont très mauvais. L’économie algérienne se porte très mal, et il est urgent de prendre des mesures immédiates, mais «judicieuses» pour parer au chaos qui se profile à l’horizon. C’est le constat fait par l’économiste, écrivain et journaliste, Nordine Grim, lors de son passage à l’émission El Hadath, sur Dzair News. M. Grim précise que «Le Hirak n’est pas l’origine de tous ces problèmes économiques que vit l’Algérie actuellement, mais ils sont déjà là bien avant ces mouvements de protestation». Les réserves de change s’amenuisent depuis la chute des prix du pétrole. «Il nous reste à peine 74 milliards de dollars, de quoi tenir une année d’importation. Le taux d’inflation dépasse 4%, et bientôt il va atteindre 5%. L’inflation ressentie est beaucoup plus grande. Les choses vont encore s’exaspérer avec les faibles prix du pétrole et les effets de la planche à billets», dit-il. Le climat des affaires dans notre pays, est devenu très délétère. «Le Hirak ne fait pas peur aux investisseurs, c’est l’instabilité juridique qui fait peur».
La justice doit être autonome
Commentant les déclarations de Gaïd Salah à propos de l’ouverture d’un certain nombre de dossiers de corruption, l’économiste déclare que «c’est ce genre de discours qui ajoute de l’instabilité à l’instabilité qui existe déjà. Ce sont des déclarations qui peuvent nuire à l’investissement. Elles mettent les investisseurs dans une peur et ne bougent pas, et attendent ce qui va se passer», dit-il. «Au lieu de faire des déclarations de ce genre, on devait plutôt déclarer donner une autonomie totale à la justice de faire son travail, mais faites de cette manière avec laquelle elles sont faites, tout le monde va attendre son tour. Cela crée du brouillard», explique-t-il.
Concernant le travail de contrôle et de la justice, cela doit se faire de manière normale. «Les entreprises ont déjà leurs organes de contrôles, tels les commissaires aux comptes, les conseils d’administration. Si ces organes ne font pas leurs travail correctement, la justice doit agir et faire sont travail. Mais ce n’est pas aux organes externes à la justice qui doivent faire ainsi des déclarations intempestives. Comme dans le monde entier, il y a des hommes d’affaires escrocs ou voleur, mais cela est l’affaire de la justice, qui doit faire (son travail) sereinement, et non pas (être) actionnée par le politique. La justice doit être au dessus de tous, et ne doit surtout pas être influencée par le politique. Quand le politique s’incruste dans l’économie, il n’y a plus de lecture possible». «On ne sait plus si c’est le ministre qui doit agir, si c’est le juge, ou c’est carrément la rue qui doit se faire justice. Tout ça crée une tension mauvaise, à la fois pour les entrepreneurs qui ont fait correctement leur travail, et aussi pour l’investissement proprement dit. Cette situation provoquera des retombées négatives sur l’emploi, et sur le PIB qui va certainement connaître une chute cette année», prévient l’économiste.
Transparence…
Pour Nordine Grim, il ne faut pas en vouloir au Peuple de confondre entre les hommes d’affaires, et les entreprises créatrices d’emploi et de richesse. «On a tellement mis ce peuple en situation de souffrance, d’injustice, de privation et de chômage, si bien qu’il demande à ce que des têtes tombent. Le peuple demande le départ de tous ceux qui sont responsables de nos malheurs, mais qui ne sont pas tous identifiés. Ils ne sont identifiés que de rares personnes qu’on a voulu qu’elles soient identifiées, et ce n’est que sur ces personnes que les regards sont braqués maintenant», dit-il. M. Grim explique que cette fausse image qu’ont les algériens des hommes d’affaires a toujours collé à ces derniers à tord, depuis l’indépendance du pays. «C’est une sorte de loi en Algérie ; les entrepreneurs, les politiques et les citoyens n’ont jamais fait bon ménage. Le politique à toujours peur que les entrepreneurs s’enrichissent tellement qu’ils risquent d’influer sur le politique. Cette méfiance est ancrée depuis Benbella. A son époque, certains hommes d’affaires ont été écartés, et d’autres encore carrément chassés. C’est ce qu’à fait Benbella avec les Benchico, Hamoud Boualem, Mehri, etc. A l’époque de Boumediene, il ne voulait même pas d’hommes d’affaires, notamment avec la fameuse charte de 1976, où le privé été pratiquement interdit. Le Peuple a tellement été formaté par cette charte de 1976, qu’il voit en chaque entrepreneur un voleur ou un escroc potentiel. Donc, quand vous êtes dans un pays où le politique et le citoyen se méfient de l’entrepreneur, comment voulez-vous créer de l’emploi et la richesse ?» s’interroge-t-il. A cela s’ajoute le fait que «chez nous, on a toujours transformé les affaire économiques en affaires politiques. On a toujours mis la justice de côté, et cela crée tout un brouillard autour».
Cabale contre l’ETRHB, une entreprise citoyenne
Apportant son témoignage sur la famille Haddad et leur entreprise l’ETRHB, qu’on a tendance a jeter à la vindicte populaire et médiatique, l’économiste, qui a connu bien cette entreprise, rappelle que la famille Haddad est connue à Azeffoun, sa région natale, comme des gens qui se lèvent très tôt et travaillent dur. Dans les années 1990, au très fort du terrorisme, très peu d’entreprises acceptaient des projets dans la Chiffa, ou dans les montagnes infestées de terroristes, pour désenclaver les villages et les villes intérieures. «Ali Haddad et ses frères y allaient faire ces projets, c’est ainsi que l’ETRHB a commencée à faire son chemin», témoigne Nordine Grim. «Ali Haddad avait déjà une vision nette en s’associant à de grandes entreprises étrangères», dit-il. Concernant son passage à la tête du FCE, «le fait qu’il soit président du FCE et sa proximité avec le pouvoir a permis de régler un grand nombre de problèmes, dont souffraient les investisseurs algériens de tout horizon, et ça, personne ne peut le nier. C’est ce que n’ont pas pu faire les précédents chefs du FCE. Ce forum, qui était juste à Alger, est devenu sous sa présidence, présent dans toutes les wilayas du pays, et négocie et signes des accords avec de grandes organisations patronales au niveau international».
Arezki Ibersiene

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